Lamentations (2) : La colère de Dieu

Lamentations (2) : La colère de Dieu
Nicolas Farelly

Dans ce deuxième chapitre du livre des Lamentations, Dieu est dépeint comme un Dieu qui a exprimé sa colère envers Jérusalem – et cette colère fut terrible ! Aujourd’hui, cette notion fait peur, déplaît et dérange profondément. Pour beaucoup, elle est même incompatible avec le Dieu d’amour qui est aussi dépeint dans les Écritures. Dès lors, tout l’enjeu est de bien comprendre ce qu’est cette colère divine, au-delà des caricatures.

Colère divine et colère humaine

Quand on parle de la colère de Dieu, c’est bien souvent notre propre colère humaine qui sert de miroir. On pense au fait d’être énervé, profondément irrité ou exaspéré pour une raison x ou y. On pense à une émotion qui devient vite incontrôlable, qui déborde et qui peut s’exprimer de façon violente, verbalement ou physiquement. Une image parlante est celle d’un enfant qui fait un caprice dans un supermarché, parce que sa mère refuse de lui acheter un bonbon. L’enfant n’arrive pas à maîtriser ses émotions (sa déception, ici) et les laisse déborder, se mettant à hurler contre sa mère, à taper du pied, voire à devenir violent.

Ainsi, quand on lit en Lamentations 2 que Dieu laisse éclater sa colère, il est presque automatique que nous imaginions un Dieu qui a du mal à se maîtriser. Un Dieu susceptible, capricieux ou arbitraire, qui explose et qui, comme les humains, commet des ignominies dans sa colère.

Mais non, ce n’est pas cela « la colère de Dieu »… Dans la Bible, la colère de Dieu est avant tout son refus du péché et du mal. Ce n’est pas tant une émotion (comme si le péché rendait Dieu de mauvaise humeur), mais une réponse, une réaction au mal. Dieu déteste le mal et le péché, et il y répond dans sa colère. De plus, dans la Bible – c’est important – cette réaction n’est ni injuste, ni pécheresse, comme c’est si souvent le cas avec notre colère. La colère de Dieu est toujours une juste réponse au péché et au mal. Autrement dit, Dieu ne se met pas en colère pour de mauvaises raisons et il n’exécute pas sa colère de façon inappropriée. Dans sa colère, Dieu reste juste et saint. Sa colère ne va d’ailleurs pas à l’encontre de son amour, elle n’est pas en contradiction avec ce qu’il est. Cela peut nous paraître impossible (parce que nous avons tellement de mal, dans notre expérience, à faire coïncider amour et colère), mais c’est bien le cas pour Dieu. Il peut, dans son amour, exprimer sa colère, et le faire sans lui-même pécher, sans lui-même faire le mal. C’est parce qu’il aime les humains qu’il abhorre le péché.

Colère et patience

En Lamentations 2, la destruction de Jérusalem est due à la colère de Dieu. Mais comment une telle destruction – si totale – pourrait ne pas être imputable à un caprice divin ? Comment serait-elle juste ?

Pendant des années, Dieu avait averti son peuple, il lui avait demandé, par l’intermédiaire des prophètes, de revenir à lui et de se repentir, de cesser son idolâtrie, ses actions mauvaises, ses rébellions… Dieu ne voulait pas – absolument pas – infliger son jugement à Jérusalem. Alors, pendant de nombreuses années, il a rappelé son peuple à lui. Un jour, Dieu a même demandé à Jérémie d’écrire sur un rouleau toutes les prophéties qu’il avait reçues en 23 ans de service et d’en faire la lecture dans le temple. Ces prophéties avertissaient le peuple que la patience de Dieu avait des limites. Mais qu’a fait le roi ? Il a brûlé le rouleau… Nous lisons en Jérémie 36.24 : « Le roi et tous ses officiers avaient bien compris les messages notés sur le rouleau, mais ils n’avaient montré ni crainte ni signe de tristesse ».

Dans ce contexte, « la colère de Dieu » n’est effectivement pas une réaction injuste et capricieuse de la part de Dieu. Celle-ci est le juste jugement de Dieu contre le mal qui gangrenait son peuple depuis fort longtemps. Dieu a su faire preuve de beaucoup de patience et de compassion pour son peuple, mais un jour, il a mis ses avertissements à exécution. Il a exprimé sa colère.

La question de l’excès

Cependant, il faut bien avouer qu’à la lecture de ce chapitre, cette colère semble excessive. Une exégète (Kathleen O’Connor) déclare carrément que Dieu est devenu « fou, hors de contrôle, se déchaînant pour détruire ». Sans lui donner raison, on est forcément déconcertés par la lecture des versets 11 et 20, par exemple :


11Mes yeux s’épuisent à pleurer, l’émotion me brûle, je ne puis retenir mon désespoir devant le désastre qui atteint mon peuple, alors que les nourrissons meurent de soif sur les places de la cité.

20Seigneur, regarde et vois qui tu traites ainsi. Des femmes peuvent-elles aller jusqu’à manger les enfants qu’elles ont mis au monde et choyés ? […]

Quand on écoute cette agonie, on entend que le peuple exprime que la punition excède le crime. La souffrance est trop aigüe, trop profonde. Elle touche trop de personnes, dont des enfants innocents. Certes, la colère est justifiée quand on considère le groupe (le peuple rebelle dans son ensemble), mais au niveau des individus elle donne le sentiment d’être imparfaite.

Et il y a là quelque chose de profondément mystérieux. Pour exprimer sa colère, Dieu a utilisé un instrument : Babylone. C’est l’armée babylonienne qui s’est déchaînée sur le peuple de Dieu. Alors, pour ceux qui ont expérimenté ce déchaînement de haine et de violence, Dieu a paru perdre son sang froid. Le livre des Lamentations reconnaît que la colère de Dieu peut s’opérer à travers des agents humains qui, en exécutant le juste jugement de Dieu, sont eux-mêmes coupables des pires exactions. D’ailleurs, dans d’autres textes de l’Ancien Testament (par ex. És 47), Dieu annonce qu’il va juger Babylone pour ses actes odieux, pour ses meurtres, pour ses vols et ses viols…

Comment nous situer aujourd’hui ?

À la croix, Jésus a subi la colère de Dieu contre le péché. Il a reçu le juste jugement de Dieu contre le péché de son peuple. La colère de Dieu s’est abattue sur lui dans toute sa force. Mais le jugement que Christ a reçu est le jugement qui nous était destiné. Par amour pour son peuple, Jésus est devenu péché et a absorbé toute la colère de Dieu envers le péché. Voilà donc en quoi la colère la plus totale mais aussi la compassion la plus totale de Dieu se rencontrent à la croix : celui qui était sans péché a reçu la sentence du pécheur pour que celui-ci puisse expérimenter une relation apaisée avec Dieu.

Et si, dès lors, la grande question pour nous n’était pas « Comment est-ce que je me situe vis-à-vis de la colère de Dieu ? » mais plutôt « Comment est-ce que je me situe vis-à-vis de la croix ? »


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