Le Saint-Esprit, « option + » de l’Évangile ?

Dans les discussions qui s’engagent en diverses occasions avec des musulmans ou des Témoins de Jéhovah, on en arrive en général assez vite au sujet brûlant de la « divinité » de Jésus. C’est le point habituel de blocage, voire de crispation : si les premiers buttent d’emblée sur l’expression « Fils de Dieu », les seconds peuvent admettre le titre tout en refusant de reconnaître à ce « Fils » la nature divine, incréée. Ces échanges parfois passionnés nous invitent à approfondir notre compréhension biblique de la personne de Jésus.  Il faut évidemment affirmer que l’Évangile dévoile non seulement que Jésus-Christ est « Dieu », mais qu’il est Dieu en tant que Fils du Père. Si « personne n’a jamais vu Dieu », mais que « Dieu, le Fils unique qui vit dans l’intimité du Père, nous l’a révélé » (Jn 1.18, SEM), c’est que la relation particulière entre le Père et le Fils est fondamentale pour l’Évangile dès le départ. Autrement dit, l’Évangile, en exposant la vie, l’enseignement et l’œuvre de Jésus, le présente comme « Dieu le Fils », soulignant le fait que sa divinité est indissociable de sa filiation éternelle. Dieu est fondamentalement un Dieu en relation.

Jésus, Fils du Père… dans la puissance de l’Esprit

Mais il ne faut pas en rester là ! L’Évangile ne nous révèle pas une « binité », mais la Trinité. Et, lorsqu’on est attentif au texte des évangiles, on réalise qu’il ne suffit pas de dire que Jésus est Dieu, ni même qu’il est « Dieu le Fils »… L’Évangile nous présente Jésus-Christ comme Dieu avec le Père « dans la puissance de l’Esprit-Saint ». En effet, c’est l’Esprit qui est déjà à l’œuvre au moment de la conception de Jésus dans le sein de la vierge (Mt 1.18). En Luc (1.35), le statut de Fils de Dieu est associé à la conception très particulière de Jésus du fait de l’Esprit Saint. À l’aube du ministère de Jésus, le récit de son baptême exprime de façon synthétique le fait que la Personne de Jésus se comprend seulement comme le Fils du Père agissant en Son nom dans la puissance de l’Esprit, cet Esprit qui se manifeste publiquement à travers l’action de Jésus à partir de ce moment (Mt 3.16 ; Mc 1.10 ; Lc 3.22 ; Jn 1.32-33). L’Esprit est également actif pour conduire Jésus dans l’épreuve (Lc 4.1). Luc note de son côté que Jésus commence à enseigner « avec la puissance de l’Esprit » (Lc 4.14 ; 4.18). L’Esprit agit avec, par et en Jésus, dans une grande intimité, suscitant par exemple en Jésus une joie intense (Lc 10.21). C’est encore par l’Esprit de Dieu que Jésus chasse les démons (Mt 12.28). Le Fils est, nous dit Jean, celui qui a reçu l’Esprit « sans mesure », totalement (Jn 3.34). À l’inverse, refuser de reconnaître que c’est l’Esprit qui est à l’œuvre dans les délivrances que Jésus opère attire le jugement le plus sévère de Dieu le Père (Mt 12.31 ; Mc 3.28-29 ; Lc 12.10). Enfin, la résurrection de Jésus-Christ elle-même est présentée par Paul comme une œuvre de Dieu par l’Esprit (Rm 1.4 ; 8.11).

L’Esprit n’est pas « l’option + » de l’Évangile, un supplément d’amour ou de puissance, c’est une Personne divine au cœur de l’œuvre terrestre de Dieu en Jésus-Christ. Cet Esprit, dont Jésus promet aux disciples la venue après son propre départ, sera envoyé par le Père au nom de Jésus (Jn 14.26), mais également envoyé par Jésus d’auprès du Père (Jn 15.26). La Personne de Christ est intimement liée au Père et à l’Esprit par leur action conjointe… de sorte qu’il est (ou devrait être) impossible  de ne pas les mentionner dans l’explication de l’Évangile. L’Évangile se dit dans cette tension en Dieu entre l’unité et la distinction, entre la différenciation réelle et l’intimité la plus forte. Parler de l’incarnation selon l’enseignement scripturaire nécessite, d’une manière ou d’une autre, d’enseigner la doctrine trinitaire.

L’Évangile présente Dieu comme le Dieu en communion

Par l’Évangile  de Jésus-Christ, au travers de l’incarnation, Dieu se fait connaître comme le Dieu en communion, une communion de trois personnes distinctes mais qui s’interpénètrent. Dieu n’est pas un être isolé qui avait besoin de la création pour avoir quelqu’un à qui parler, quelqu’un à aimer, ou un objet permettant d’admirer sa propre puissance créatrice. Il est communion en lui-même, tout-suffisant à lui-même dans la relation entre le Père, le Fils, et le Saint Esprit. L’Évangile, dans la réalité de son accomplissement, est une œuvre trinitaire qui nous fait connaître Dieu lui-même comme communion. Or, Dieu désire être en communion avec ses créatures, et il met en œuvre ce qu’il faut pour réaliser ce désir, sans pour autant en dépendre. La gratuité de l’Évangile  désigne le fait que le salut nous est donné gratuitement, mais aussi qu’il est entièrement « libre » de la part de Dieu, sans nécessité pour lui. La doctrine de la Trinité nous fait entrevoir la plénitude de vie et de fécondité en Dieu, et l’Évangile met en lumière la surabondance de grâce qui nous fait entrer par l’Esprit dans cette vie surabondante de la communion trinitaire.