L’Évangile de Luc : clés de lecture

L’Évangile de Luc : clés de lecture
McTair Wall
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Pour bien comprendre l’univers de l’Évangile de Luc, voici quelques clés de lecture indispensables :

Clé n°1 : Le dessein de Dieu se trouve au cœur de l’Évangile de Luc

Luc s’est donné pour but de raconter comment Dieu a réalisé son plan pour l’humanité à travers la vie, la mort et la résurrection de Jésus le Christ et, par la suite, l’envoi des disciples en mission. Dès le début de son œuvre, l’auteur révèle son intention : donner un « compte-rendu ordonné » de l’intervention de Dieu dans son récit (Luc 1.1-4). L’auteur fournit donc au lecteur une feuille de route qui définit le programme qu’il entend suivre dans ses deux ouvrages : l’Évangile de Luc et le livre des Actes.

L’accomplissement du plan du salut promis par Dieu dans l’Ancien Testament s’inscrit au cœur du récit de Luc. En ce sens, Luc est l’homme de la continuité, aussi va-t-il se servir des Écritures, de schémas, d’allusions et de citations pour montrer comment Dieu a mis en œuvre son plan de rédemption. Dès les premiers chapitres de son Évangile, dans un langage typique de l’Ancien Testament (Luc 1-2), l’auteur témoigne d’une attente forte de l’intervention de Dieu en faveur d’Israël son peuple. Luc met en lien tous les événements de la vie de Jésus avec les desseins scripturaires de Dieu (Lc 3.1-6 ; Lc 4.18 et suivants).

À la fin de son Évangile, Luc insiste sur le fait que le sacrifice de Jésus était l’accomplissement du plan de Dieu pour l’humanité : « Il faut que le Fils de l’homme soit livré… Il fallait que s’accomplisse tout ce qu’il est écrit à mon sujet… » (Lc 24.7, 26, 44). Le lecteur est donc invité à lire chaque épisode de ce récit en reconnaissant le plan de Dieu qui se déploie à travers la personne de Jésus, le Messie de Dieu. Si Luc pose la question de savoir comment Dieu a agit dans le monde, c’est aussi pour permettre au lecteur de se positionner par rapport à l’œuvre de Dieu.

Clé n°2 : Luc s’intéresse particulièrement à la personne de Jésus, Sauveur et libérateur

Si la thématique centrale de l’Évangile porte sur le plan de salut de Dieu, on ne devrait pas s’étonner du rôle prépondérant que joue Jésus dans le récit de Luc. Car l’évangéliste souhaite avant tout démontrer que Jésus est bel et bien l’envoyé de Dieu, le porteur du salut, le libérateur du peuple de Dieu en tant que Messie davidique.

Zacharie loue Dieu, « parce qu’il est intervenu en faveur de son peuple et l’a délivré. Il a fait apparaître un puissant sauveur, pour nous » (Luc 1.68). De même, Siméon attendait la consolation et la rédemption du peuple d’Israël, lorsque Dieu lui a montré son salut en la personne de Jésus (Luc 2.25-32). À la fin de l’Évangile, les disciples, sur le chemin d’Emmaüs, font écho à cette attente du peuple de Dieu en parlant de Jésus comme d’un puissant prophète en paroles et en actes, et comme le libérateur d’Israël (Luc 24.20-21).

Dans la suite du récit, Jésus va replacer, dans cette perspective, sa mort et sa résurrection, et le pardon des péchés (Luc 24.44-49). Luc présente Jésus comme celui qui pardonne les péchés, qui guérit les malades et libère des puissances du mal (Luc 5.17-26). Si ce salut est de nature spirituelle, Luc veut également démontrer qu’il touche la personne dans son intégralité. On entrevoit  déjà ce message dans le sermon de Jésus à Nazareth : le salut influe sur toutes les dimensions de la vie humaine (Luc 4.18-19). Le récit de voyage, qui occupe une place importante dans l’Évangile, témoigne de la détermination de Jésus de se rendre à Jérusalem pour accomplir l’œuvre du salut de Dieu par sa mort à la croix (Luc 9.51-19.44 ; Luc 9.22 ; Luc 22.37). Le lecteur est donc appelé à accueillir ce sauveur et libérateur dans toutes les dimensions de sa vie.

Clé n°3 : Le salut de Dieu est pour tous

Luc insiste sur le fait que le projet de salut de Dieu est pour le monde entier. Il le fait en reliant l’histoire de ses personnages principaux avec celle de l’histoire au sens plus large.

La naissance de Jésus s’inscrit dans le cadre d’un recensement romain (Luc 2.1-3), et le ministère de Jean-Baptiste et de Jésus se déroule au cours de la quinzième année du règne de l’empereur Tibère (Luc 3.1-2). La généalogie de Jésus remonte à « Adam, fils de Dieu » (Luc 3.38).

Le langage du salut s’inscrit au cœur de l’Évangile de Luc, plus que dans les autres écrits du Nouveau Testament. Ce salut est destiné aux Juifs et aux non-Juifs (Luc 2.32). Luc est le seul à marquer une insistance sur la citation d’Ésaïe 40.5 : « Toute chair verra le salut de Dieu » (Luc 3.6). Jésus rappelle qu’aux temps d’Élie et d’Élisée, Dieu a montré une générosité toute particulière à l’égard de la veuve de Sarepta et du lépreux, Naaman, le général syrien, tous deux non-juifs (Luc 4.25-27). Jésus admire la foi exemplaire d’un centurion romain (Luc 7.1-10).

Il semble que c’est dans cette perspective qu’il nous faut comprendre l’importance que Luc accorde aux marginalisés et aux faibles de la société. Luc montre que les femmes (Luc 13.10-13), les bergers, les pauvres (Luc 14.12-14) et les pécheurs (Luc 15.1-2) sont des bénéficiaires de la grâce de Dieu, car ils représentent ceux qui manifestent leur dépendance vis-à-vis de Dieu, contrairement aux « riches » et aux « puissants » qui symbolisent l’autosuffisance. L’évangéliste Luc met tout particulièrement l’accent sur ce renversement de situation.

Il termine son récit en indiquant que le message de ce Dieu qui souhaite renverser nos situations par son salut en Jésus-Christ, sera annoncé aux extrémités de la terre dans la dépendance du Saint-Esprit (Luc 24.47-49). Pour Luc, il s’agit là de l’annonce d’une « bonne nouvelle », formule très appréciée par l’évangéliste (Luc 4.43 ; Luc 8.16 ; Luc 16.16).

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