Le lien entre le pardon reçu de Dieu et celui accordé à autrui
Thierry Seewald

Dans plusieurs passages des évangiles, Jésus lie le pardon que nous accordons à autrui et celui que Dieu nous a accordé. Comment perçoit-il ce lien ?

Les passages concernés

Le plus connu de ces textes est le Notre Père : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé » (Mt 6.12, NEG). L’interprétation du « comme » n’est pas facile. Signifie-t-il « autant que » ? Mais notre besoin de pardon est beaucoup plus grand que la mesure avec laquelle nous pardonnons. Est-ce que l’un découle de l’autre ? Si oui, lequel[1] ?

D’autres passages sont plus explicites : « lorsque vous êtes debout faisant votre prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos offenses. Mais si vous ne pardonnez pas, votre Père qui est dans les cieux ne vous pardonnera pas non plus vos offenses » (Mc 11.25-26, NEG ; voir aussi Mt 6.14-15 et Lc 6.37).

Le passage le plus long à ce sujet est la parabole du serviteur ingrat (Mt 18.23-35). Celle-ci suit un échange entre Pierre et Jésus, où Jésus pousse l’exigence de pardon au-delà de tout limite (« 77 fois 7 fois », Mt 18.21-22). Le serviteur ayant vu sa dette immense remise par son maître, refuse de remettre à son tour la dette insignifiante d’un compagnon. Ayant par là attristé les autres serviteurs et choqué le maître, il est livré par ce dernier au bourreau jusqu’à ce qu’il rembourse sa dette.

L’enseignement de ces passages

Jésus, dans ces textes, conditionne le pardon que nous recevons à celui que nous accordons. D’autres textes bibliques évoquent l’importance du pardon accordé à autrui, que Paul fait découler du pardon que Dieu nous a accordé en Christ (Ép 4.32 ; Col 3.13). Mais seul Jésus en fait une condition au pardon que Dieu nous accorde.

Le fait que Jésus formule cette condition à plusieurs reprises nous empêche de la prendre à la légère. D’autant plus que des affirmations sur des thèmes proches, en particulier celui du jugement[2], confortent cette exigence.

Remise en question du salut par grâce ?

Cet accent particulier de Jésus est sans doute en tension avec une compréhension caricaturale de l’assurance du salut, mais pas avec une compréhension qui voit l’assurance du salut « en Christ[3] ». Le prendre à la lettre, est-ce remettre en cause le salut par grâce ? Non, car c’est bien par un acte gracieux que le maître va remettre la dette du serviteur dans un premier temps (Mt 18.27). Mais cela rend la marche avec Dieu, une fois ce pardon reçu, exigeante.

 


[1]     La présence d’un présent chez Luc et d’un parfait chez Matthieu (« comme nous avons remis », harmonisé avec Luc dans le Texte ReçuVersion du texte grec du Nouveau Testament la plus utilisée dans l'histoire) ne simplifie pas la question.

[2]     « C’est avec le jugement par lequel vous jugez qu’on vous jugera » (Mt 7.2 ; voir à nouveau Lc 6.37).

[3]     Pour une étude équilibrée de la persévérance finale, voir I. Howard Marshall, Kept by the Power of God, Carlisle, Paternoster Press, 1995.

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