Macron devant les protestants, « vigies » de la République

À l’occasion du colloque organisé les 22 et 23 septembre 2017 à la mairie de Paris pour célébrer l’anniversaire des 500 ans de la Réforme, le président de la République Emmanuel Macron a livré un discours respectueux et honnête. Devant des représentants et membres des différentes Églises, œuvres et mouvements du protestantisme, il a souligné le rôle important des protestants dans les débats d’aujourd’hui.

Interpellé par François Clavairoly

Pour ce colloque « Protestantismes, convictions et engagements » organisé par la Fédération Protestante de France (FPF) et dirigé par l’historien Patrick Cabanel, tout a commencé le samedi après-midi, sous le coup des 14 heures avec une série de trois conférences. Parmi elles, nous soulignerons l’intervention de l’historien Neal Blough sur les anabaptistes dans la conférence intitulée « Diversité des Réformes ». Le soir, la maire de Paris Anne Hidalgo a présenté le colloque comme  « un événement prestigieux, qui a tant de sens à l’occasion de ce 500ème anniversaire de la Réforme ». En citant Martin Luther King et en plaçant quelques formules bien senties (« toute Réforme est chez elle à Paris »), la maire a chaleureusement accueilli les protestants. Devant elle, plus de 600 personnes réunies, dont le Président de la République, Emmanuel Macron, ainsi que le Ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, et le Président de la FPF, François Clavairoly. Celui-ci a ensuite prit la parole en rappelant l’attachement des protestants de France à la laïcité. Le pasteur protestant a profité de cet instant pour rappeler au président Macron et aux responsables politiques qu’ils « tiennent la promesse républicaine (…) sur la question des étrangers ».

« J’attends beaucoup de vous »

Interpellé, le Président s’est exprimé par la suite en insistant sur le fait que « le sang du protestantisme coule dans les veines de la France ». Mais aussi en affirmant le rôle des protestants, « la vigie de la République (…) son avant-garde dans les débats philosophiques, moraux et politiques ». Répondant directement au Président de la FPF, Emmanuel Macron a successivement évoqué des grands thèmes tels que la laïcité, l’Europe, le climat, la bioéthique et, donc, l’accueil des migrants.

Sur la laïcité, il a démontré son respect du principe de 1905 : « La laïcité n’est pas la négation des religions. C’est la capacité à les faire coexister dans un dialogue permanent. » La notion de dialogue, de débat et de confrontation est chère au Président car « la République se nourrit de ces confrontations utiles ». Il s’est montré rassurant sur un sujet de plus en plus épineux : « La République ne vous demande pas de nier votre foi ou de l’oublier. Elle la reconnaît dans sa plénitude. » Le quotidien Réforme a d’ailleurs souligné l’adaptation du Président « qui a parlé durant quarante-cinq minutes au lieu des quinze prévues (…). Sortant de son discours, il a répondu aux différentes interpellations de François Clavairoly sur le sort de la Centrafrique, celui du Tchad et aussi sur l’épineuse question du référendum en Nouvelle-Calédonie. »

La laïcité n’est pas la négation des religions. C’est la capacité à les faire coexister dans un dialogue permanent.

Emmanuel Macron

Mais pas seulement. Sur la bioéthique et le sujet sensible de la Procréation Médicalement Assistée, notamment en ce qui concerne son ouverture à toutes les femmes, célibataires ou en couple, le Président a temporisé en voulant « rassurer les responsables religieux sur la tenue d’un vrai débat » comme l’a indiqué le journal La Croix. Le quotidien Le Monde a d’ailleurs précisé : « Emmanuel Macron a exposé le cadre du débat : des états généraux précédant la révision programmée des lois de bioéthique se tiendront l’année prochaine ».

Tout en insistant sur le rôle des protestants à jouer dans ce débat, le Président a apporté une précision : « La manière que j’aurai d’aborder ces débats ne sera en rien de vous dire que le politique a une prééminence sur vous et qu’une loi pourrait trancher ou fermer un débat qui n’est pas mûr ». Pour finalement mettre la balle dans le camp des protestants : « J’attends beaucoup de vous (…), pour éclairer ce débat, pour le faire vivre » et « construire par ces controverses des consensus féconds ».

Réaliste

Sur la question de l’accueil des migrants, le Président a tenu à faire comprendre son devoir d’être réaliste. En saluant « le travail de la Cimade, sans complaisance avec l’action du gouvernement mais essentiel » il a aussi décrit sa situation et son rôle de représentant de l’État. « Je n’oublie pas dans quelles conditions j’ai été élu par le peuple français. Je n’oublie pas le souffle chaud des extrêmes (…) et je sais que si je portais d’un bloc la totalité de ce que la Cimade propose, je serais rapidement balayé par le réalisme ou l’intolérance de certains. »

Si je portais d’un bloc la totalité de ce que la Cimade propose, je serais rapidement balayé par le réalisme ou l’intolérance de certains.

Emmanuel Macron

Malgré cela, le Président de la République a promis de faire des efforts, notamment dans le temps pour instruire les demandes, avec comme objectif de « faire comme l’Allemagne ».  « L’accompagnement premier est inconditionnel, mais on doit instruire les demandes et accueillir pleinement et dans les meilleurs conditions celles et ceux qui en ont droit et raccompagner dignement celles et ceux qui n’en ont pas le droit » a-t-il conclu sur cette question.

« Respectueux »

Le Président de la République a fini son discours par un appel pressant : « Ne cédez rien, restez tels que vous êtes ». Cette phrase témoigne d’un discours marqué par un respect envers le mouvement protestant, dont il a souligné « la liberté, l’esprit critique, l’indépendance religieuse (…) au nom d’une certaine idée de la foi, de la relation de l’homme à Dieu, de celui qui croit au texte ». « Vous êtes présents dans tous les débats qui font notre vie en société, a rappelé le Président. Et votre avis compte. »

Ne cédez rien, restez tels que vous êtes.

Emmanuel Macron

Matthieu Richelle, professeur d’Ancien Testament à la Faculté Libre de Théologie Évangélique et présent pour l’occasion, a d’ailleurs apprécié l’aspect « respectueux » du discours du Président, « bien adapté au public ». Le professeur a remarqué sa « connaissance du milieu, il a cité le CNEF, la Cimade et le foisonnement intellectuel de l’hebdomadaire Réforme ». Et malgré « des ambiguïtés sur la question de la bioéthique (…) il a fait un effort ». « Il a rajouté des parties, notamment en parlant des réfugiés, souligne Matthieu Richelle. C’était impressionnant. » En deux mots, « Il a été honnête et franc ». D’une manière générale, le chef de l’État a tenu à faire bonne impression, créant un pont avec son auditoire en citant à plusieurs reprises son maître, le philosophe protestant Paul Ricoeur. S’inspirant de sa relation avec le philosophe, le Président de la République a appelé à la confiance, réciproque, mais qui possède un déséquilibre : « Il faut d’abord donner, en sachant qu’on va recevoir ».

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