Pentecôte juive, Pentecôte chrétienne

Pentecôte juive, Pentecôte chrétienne
Antony Perrot
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La Pentecôte n’est pas une fête strictement chrétienne. Cette fête trouve son origine dans l’Ancien Testament. Une lecture cursive du récit de la Pentecôte en Actes 2 ne suffit pas pour retrouver le lien unissant la fête juive à la fête chrétienne. Et pour cause, cette fête d’institution mosaïque a subi des changements au fil du temps qu’il est impératif de mettre en lumière pour mieux comprendre la Pentecôte chrétienne.

1. La Pentecôte juive

a. Une fête agricole

La fête d’institution mosaïque est une fête agricole, célébrant Dieu pour les premiers fruits du travail. La fête est tout d’abord attestée en Exode 23.16 sous l’appellation « fête de la Moisson ». Quelques chapitres plus loin (Ex 34.22), cette même fête est intitulée « fête des Semaines » (shavuʿot). Si cette appellation semble obscure, elle trouve tout son sens dans la description de Lévitique 23.15-22. Pour savoir quand les Israélites devaient commencer à célébrer cette fête, le texte indique qu’il fallait compter « sept semaines entières » (Lv 23.15), soit cinquante jours après la Pâque (Lv 23.16), au début du troisième mois. Ces cinquante jours sont d’ailleurs à l’origine du nom « Pentecôte » (d’après la traduction grecque de l’Ancien Testament).

À la lecture de Lévitique 23.15-22, on peut souligner que la célébration de la fête de la Pentecôte est une fête de réjouissance durant laquelle on offre à Dieu les prémices de nos récoltes, mais aussi une fête durant laquelle on rappelle la libération d’Égypte. Cette deuxième facette de la fête est renforcée dans la dernière description en Deutéronome 16.9-12.

b. Une fête d’alliance

Avant de passer en revue les textes de la littérature intertestamentaire, un dernier passage de la Bible hébraïque mérite d’être étudié. En 2 Chroniques 15.10-15, le roi Asa (9e siècle avt. n. ère) fait rassembler tout le peuple à Jérusalem durant le troisième mois de l’année, soit très certainement durant la fête de la Pentecôte. Après avoir offert des sacrifices, « ils contractèrent une alliance en s’engageant à chercher le Seigneur » (2 Ch 15.12). La fête agricole des semaines, la Pentecôte, est célébrée au 9e siècle aussi comme une fête d’alliance, une fête des serments. À l’origine de ce double caractère de la fête réside probablement une raison sémantique : en hébreu « une semaine » se dit shavuaʿ et « un serment » shevuʿa.

La littérature intertestamentaire met elle aussi en avant le double caractère de cette fête. Dans sa tentative de réécriture de l’histoire biblique, le livre des Jubilés s’ouvre en plaçant la révélation de Dieu à Moïse sur le mont Sinaï… durant la fête de la Pentecôte (Jubilés 1.1). Au chapitre 6 de la même œuvre, il nous est dit que l’alliance faite avec Noé doit être célébrée lors de « la fête des Semaines, en ce mois-ci, une fois par an, pour renouveler l’alliance, chaque année ». Elle insiste finalement en indiquant que « cette fête est double et a un double caractère ». À Qumrân aussi, les membres de la communauté avaient pour ordre de se réunir « le troisième mois » et de maudire « ceux qui s’éloignaient de la Loi vers la droite ou la gauche » (Document de Damas).

2. La Pentecôte chrétienne (Ac 2.1-11)

De prime abord, le célèbre passage de la Pentecôte de Jérusalem (Actes 2.1-11) n’est en rien connecté aux éléments évoqués précédemment. En effet, on ne relève aucun écho à la Pentecôte en tant que fête agricole : il n’y a ni récoltes, ni sacrifices. On ne relève pas non plus le langage typique de celui d’un traité d’alliance.

Pour autant, plusieurs éléments textuels d’Actes 2.1-11, et plus généralement du contexte d’Actes 1-2, rappellent la théophanie du Sinaï et le don de la Loi à Moïse (Ex 19 ; 24) [voir tableau ci-dessous]. De plus, différents commentaires du célèbre passage de l’Exode par des exégètes juifs des débuts de notre ère, utilisent des motifs communs à ceux de Luc dans sa description de la Pentecôte. En somme, en Actes 1, l’ascension de Jésus fait écho à l’ascension de Moïse au Sinaï et, en Actes 2, l’effusion de l’Esprit rappelle la théophanie et l’alliance au Sinaï (Ex 19-20, 24).

Révélation au Sinaï Actes 1-2
40 jours Moïse au mont Sinaï (Ex 24.18) Apparitions de Jésus (Ac 1.3)
Ordre d’attente Aux anciens (Ex 24.14) Aux apôtres (Ac 1.4)
Les 12 Tribus, symbolisées par les pierres (Ex 24.4) Apôtres, à nouveau 12 par l’ajout de Mathias (Ac 1.26)
Unité du peuple Ex 19.8 Ac 2.1
Théophanie (« bruit » ; « vent ») Ex 19.16 Ac 2.2
La théophanie englobe tout Le Sinaï est tout en fumée (Ex 19.18) Toute la maison est remplie du bruit (Ac 2.2)

Pour reprendre les mots du commentateur Jacques Dupont (Nouvelles études sur les Actes, p. 501) : « L’Esprit Saint est venu sur les apôtres lors de la fête par laquelle le judaïsme commémorait la promulgation de la Loi et la conclusion de l’Alliance entre Dieu et son peuple réuni en ‘assemblée’. La Pentecôte chrétienne se présente ainsi comme une fête de la Nouvelle Alliance, constituant en l’Église un nouveau peuple de Dieu ».

Pour aller plus loin

  • Jacques Dupont, Nouvelles études sur les Actes des Apôtres, Paris, Cerf, 1984.

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