Riche et Chrétien ? Partie 2
Clément Blanc

Partie 2 : Qu’est-ce que Dieu veut dire au riche ?

Dans la première partie de cet article sur nos richesses, nous avons vu comment Dieu nous met solennellement en garde concernant les risques qu’il y a à accumuler des biens mais nous ne sommes pas penchés sur ce qui justifie ces mises en gardes. Comme pour tout ce qui peut nous éloigner de Dieu, sa volonté peut être résumée avec : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu [et] Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Mt 22.37-40). Fondamentalement, c’est aussi vrai pour l’argent, il peut entraver notre amour pour Dieu et pour notre prochain. 

« Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu »

Loin d’être neutre, la Bible présente l’argent comme une idole en concurrence dans nos cœurs avec Dieu : « Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon » (Mt 6.24). Les richesses ont la capacité d’être des « ronces » qui étouffent la Parole de Dieu en nous (Lc 8.14). Comme toute « bonne » idole, elle nous promet toujours plus et réclame toujours plus de nous. C’est le propre de la publicité de nous promettre une vie d’éternel plaisir à condition que nous soyons prêts à en payer le prix. Les appels réguliers de Jésus à la grande générosité sont un test. L’accro ne réalise vraiment à quel point il est accro que lorsqu’il essaye d’arrêter. On peut prétendre que l’argent n’est pas une idole pour nous et affirmer fièrement : « accumuler des biens, j’arrête quand je veux », mais qu’en est-il quand il faut passer à l’acte ?

L’argent entre aussi en « concurrence » avec Dieu lorsqu’il crée en nous l’illusion que nous n’avons pas besoin de Dieu. Grâce à nos biens nous devenons des adultes, libres, indépendants et dangereusement orgueilleux. Même pour Israël qui recevait sa richesse directement de Dieu, la mise en garde est claire : « Attention ! Ne laisse pas ton cœur s’enorgueillir et n’oublie pas l’Eternel, ton Dieu. C’est lui qui t’a fait sortir d’Egypte » (Dt 8.14). Moïse explique même que la manne avait pour rôle de rappeler à Israël sa dépendance à Dieu (Dt 8.16). Lorsque Jésus dit « Gardez-vous avec soin de toute soif de posséder » (Lc 12.15) il explique qu’il est fou de mettre sa confiance dans ses « greniers » et il nous encourage à nous séparer de nos biens pour réaliser notre dépendance à Dieu qui veut prendre soin de nous (Lc 12.22-34). Là encore, nous pouvons affirmer être libre mais qu’en est-il lorsque Dieu nous demande de nous séparer de ce qui fait notre « sécurité » financière ?

Tu aimeras ton prochain comme toi-même

La Bible ne se limite jamais au théorique, c’est une chose de dire que l’argent ne doit être ni une idole, ni notre ultime sécurité, mais c’est difficile de savoir ce qu’il en est si on ne parle que de notre relation avec Dieu. C’est lorsque l’on parle de notre relation avec notre prochain que tout s’éclaire (ou s’assombrit). Au risque de simplifier à l’excès, on peut résumer l’idée de générosité dans la Bible comme fondée sur un principe d’égalité qu’on retrouve en 2 Corinthiens 8.13-15 :

En effet, il ne s’agit pas de vous exposer à la détresse pour en soulager d’autres, mais de suivre un principe d’égalité : dans les circonstances actuelles votre abondance pourvoira à leurs besoins, afin que leur abondance aussi pourvoie à vos besoins. C’est ainsi qu’il y aura égalité, conformément à ce qui est écrit : Celui qui avait ramassé beaucoup n’avait rien de trop et celui qui avait ramassé peu ne manquait de rien.

C’est l’économie de la manne : Dieu pourvoit abondamment, et ceux qui ramassent au-delà de leur besoin partage pour que ceux qui n’ont pas assez ne manquent de rien. C’est le modèle que nous recevons avec l’Eglise de Jérusalem : « Personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils mettaient tout en commun. […] Il n’y avait aucun nécessiteux parmi eux » (Ac 4.32-34).

Dans l’économie de la manne, j’aime d’abord mon prochain en ne laissant pas mon frère être dans le besoin (1 Jean 3.17-18). Mais ça va au-delà. Si mon objectif est de répondre aux besoins de celui qui est dans la difficulté, je serai contraint d’être généreux. Et choisir d’être généreux, c’est passer du « accumuler des biens, j’arrête quand je veux » à « aujourd’hui j’arrête ». Et c’est là qu’on peut voir si l’argent est une idole ou ma sécurité. Est-ce que je suis capable de dire à mon idole : « j’arrête de t’offrir des sacrifices en croyant que tu me rendras heureux » et de dire à mon compte épargne : « tu ne seras plus la source de ma sécurité ? »

Tout ceci pourrait se résumer en une prière : « ne me donne ni pauvreté ni richesse, mais accorde-moi le pain qui m’est nécessaire ! Sinon je risquerais, une fois rassasié, de te renier et de dire : « Qui est l’Eternel ? » ou, après avoir tout perdu, de voler et de m’en prendre au nom de mon Dieu. » (Pr 30.8-9) La Bible ne fait pas l’apologie de la pauvreté, elle reconnaît au contraire que nous avons des besoins. A l’autre bout du spectre la mise en garde est sévère : mon envie de posséder entre naturellement en « compétition » avec Dieu. Mais un remède existe ! la générosité. Si les circonstances de la vie font grossir mes revenus comme des champignons, pas d’inquiétudes, une dose d’économie de la manne et le problème est réglé ! 

 

Pour aller plus loin

  • BLOMBERG, Craig, Ne me donne ni pauvreté ni richesse, col. Terre Nouvelle, Cléon d’Andran, Excelsis, 2001.
  • ELLUL, Jacques, L’homme et l’argent, Lausanne, Presse biblique universitaire, 1979.
  • FARELLY, Hélène, « Argent », Alain Nisus, Luc Olekhnovitch, Louis Schweitzer, sous dir., Vivre en chrétien aujourd’hui, Romanel-sur-Lausanne, La Maison de la Bible, 2015, p. 455-514.
  • SIDER, Ronald, Rich Christians in an Age of Hunger : Moving from Affluence to Generosity, Nashville, Thomas Nelson, 2005.

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