Sécularisme… et sécularisation dans nos Églises

Sécularisme… et sécularisation dans nos Églises
Marc Deroeux
Auteur:

La plus grande menace pour la foi chrétienne, c’est le sécularisme… et la sécularisation dans nos Églises !

Sécularisation et sécularisme

Le sécularisme, fruit de la sécularisation, tend à évacuer la conscience religieuse, non seulement de l’espace public mais aussi de la sphère privée. Après avoir connu de nombreux sens possibles, la sécularisation peut être envisagée comme la conception d’une société, non pas sans Dieu, mais sans Église. Dans un sens plus précis, la sécularisation libère la société de la tutelle des religions, c’est-à-dire, en définitive, de leurs organes d’autorité, les Églises en tant qu’institutions.

Le sécularisme, c’est la version « dure » de la sécularisation ; on peut voir derrière ce terme la religion du non-religieux ! Mais c’est aussi une opportunité, qui ouvre un nouvel espace à la spiritualité.

Nous constatons que nos contemporains sont en quête de spiritualité, sous la forme d’une recherche de bien-être intérieur, d’une recherche de Dieu et de sens à l’existence. Peut-on ici parler d’authenticité dans l’idée de sincérité et non de vérité indubitable ? D’une attirance vers des spiritualités nouvelles, hors des sentiers traditionnels que sont les religions conventionnelles et établies comme le christianisme ? Si c’est une déconvenue pour le christianisme, c’est en fait une chance pour les chrétiens !

Réformisme

Le conservatisme et le progressisme trouvent leur équilibre dans le réformisme ? Ce réformisme est central dans la pensée protestante, avec le fameux « Ecclesia semper reformanda est » (« L’Église est toujours à réformer »), popularisé en 1947 par le théologien Karl Barth reprenant une citation de Saint Augustin.

Le président français actuel, Emmanuel Macron, a été un disciple du philosophe protestant Paul Ricoeur. Ricoeur a travaillé en particulier sur la philosophie morale et politique, s’inspirant de Max Weber pour développer une éthique de responsabilité et une éthique de conviction. L’exemple et l’enseignement de Jésus lui-même n’ont sûrement pas été étrangers aux discours de ces deux penseurs.

On peut peut-être comprendre pourquoi Macron refuse les vieux clivages gauche/droite et cherche à amener le débat politique, et donc économique et social, vers l’opposition progressisme/conservatisme. On pourrait s’attendre ici à percevoir quelques échos de la théorisation du progrès social chez Hegel !

Cependant, entre progressisme et conservatisme, le chemin de la responsabilité se dessine. Chemin dans lequel le baptisme trouve toute sa légitimité. Basé sur la liberté de conscience, laissant à chacun la responsabilité de se positionner face à la vérité sur Dieu, le baptisme ouvre un chemin de foi vers des communautés de croyants authentiques.

Un glissement s’est opéré de l’idée de sécularisation vers la reprise de l’opposition chère à Karl Barth entre foi et religion, et vers la désacralisation de la religion. Une désacralisation pour plus de sainteté, c’est-à-dire d’authenticité de vie ?

L’histoire du baptisme en France, mais aussi ailleurs dans le monde, est traversée par l’équilibre à maintenir entre progressisme et conservatisme, et par le choix du réformisme qui consiste à accepter le changement sans renier le fondement.

Baptisme doctrinal et baptisme social

Dans les années 1920, un schisme a fracturé en deux grandes familles le baptisme français, dont les balbutiements datent du début du 19e siècle dans le Nord de la France comme en Bretagne. Ce schisme a mis en relief les deux tendances caricaturales du baptisme : un baptisme doctrinal et un baptisme social. Pourtant l’un et l’autre sont complémentaires et non contradictoires.

Le premier défend un témoignage basé sur la doctrine et sur sa stricte obédience, pour une foi pure. Le second promeut une expression de foi impliquée dans la société, ouverte sur le monde et coopératrice pour l’avancement du Royaume de Dieu, pour une foi offerte.

Mais cette tension devrait être prolifique, si nous voulons que nos contemporains soient mieux invités à suivre le Christ, non seulement comme croyants mais aussi comme disciples, et non seulement comme disciples mais aussi comme témoins.

Et le baptême est le rappel fort et publique de cette conscience que la foi en Christ est transformatrice en moi et à travers moi !

La communauté des croyants est le lieu privilégié où s’encourager pour vivre cette foi que l’on souhaite authentique. Le baptisme, dans son ecclésiologie, insiste sur cette dimension communautaire et non communautariste, avec l’idée de congrégation.

La sécularisation a gagné trop de chrétiens dans les Églises baptistes elles-mêmes. La sécularisation des communautés évangéliques est d’ailleurs devenue le plus grand obstacle à l’expansion de l’Évangile.

Nous pouvons relever ce défi par l’éducation et la formation des chrétiens de nos communautés, en misant non seulement sur le savoir, mais aussi sur le savoir-faire et surtout le savoir-être ; en s’appuyant notamment sur la pensée d’Éphésiens 4.15, où amour et vérité sont les deux vecteurs d’ajustement, jour après jour, de notre chemin, certes chemin de crête mais chemin d’une vie authentique et d’une foi qui donne envie de la Vie.

Pour cela, il nous faut accepter de changer notre langage, sans dénaturer le message de l’Évangile. Comment parler de Dieu à une société pour laquelle ce mot même a perdu son sens ? Telle est l’interrogation cruciale d’Harvey Cox, théologien américain du 20e siècle, dans son ouvrage paru en 1965 The Secular City. Interrogation à laquelle il répond, tant bien que mal, par une transformation du langage, qui devient sécularisation du langage religieux. Le Dieu annoncé à la cité séculière ne peut l’être que par la médiation de l’action sociale et politique de ceux qui en apportent et en portent le témoignage.

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