La triste réalité du divorce

Quand un couple se marie et se promet fidélité, assistance et amour, les époux ne savent pas encore de quoi leur chemin commun sera fait. Le mariage est un pas de foi vers l’avenir dans un monde où le couple est fragile. Les mariés, amoureux, s’engagent dans une alliance, avec l’espérance de tenir dans le temps – en quantité et en qualité. Tous les couples espèrent que leur route sera faite du « meilleur » en envisageant souvent avec optimisme qu’ils feront face aux difficultés de la vie.

Malheureusement, les chiffres sont sans appel : si les conditions actuelles se maintiennent, à peu près 45% des mariages d’aujourd’hui pourraient se terminer par un divorce. C’est non seulement la triste réalité de la société contemporaine, mais aussi malheureusement celle de nombreux couples chrétiens. Malgré l’actualité de ce thème, le divorce n’est pas un sujet récent : il en est déjà question dès les premiers livres de la Bible (Nb 30.10), dans la bouche de Jésus (Mt 5.27-32 ; 19.3-10 ; Mc 10.2-12 ; Lc 16.18) et sous la plume de l’apôtre Paul (1 Co 6.15-16 ; 1 Co 7.11)

Le mariage est bon

La Bible affirme que le mariage est précieux aux yeux de Dieu. L’image du couple est si importante que Dieu l’utilise même pour parler de son amour envers son épouse, l’Église. En se mariant, l’homme et la femme deviennent « une seule chair » (Gn 2.24). Ils laissent tomber les barrières de leur intimité physique, émotionnelle, psychique, économique, sociale, spirituelle et intellectuelle pour devenir une unité à part entière.

L’image du couple est si importante que Dieu l’utilise même pour parler de son amour envers son épouse, l’Église.

Dans l’évangile de Matthieu (19.3-10), Jésus précise que c’est Dieu lui-même qui unit, et que l’homme ne doit pas briser cette alliance. Face à l’insistance sur le sérieux de l’union conjugale et l’appel à ne pas la rompre, les disciples en concluent même dépités qu’il n’est pas avantageux de se marier. Le mariage n’est pas obligatoire, ni souhaité pour tous, mais il est bon et exigeant.

La dureté des cœurs

Cette belle unité formée par un homme et une femme peut être mise à mal par la réalité du cœur humain. Moïse, puis Jésus et Paul accordent la possibilité de divorcer à cause de la « dureté des cœurs » (Mt 19.8). Devant la complexité des situations conjugales, la Bible prévoit des portes de sorties. Jésus admet le divorce pour cause d’adultère (Mt 5.32 ; 19.3). L’apôtre Paul donne son avis pour une situation précise en 1 Corinthiens 7.12-16 : un conjoint chrétien doit laisser partir l’autre qui n’est pas chrétien si c’est le souhait de ce dernier. La Bible reconnaît en quelque sorte les impasses dans lesquelles une relation peut se trouver.

Pendant des centaines d’années, et jusqu’à la Réforme du XVIème siècle, l’Église dans son ensemble considérait le mariage comme indissoluble parce qu’il représente l’alliance éternelle entre Dieu et son peuple. À partir de la Réforme, une partie de l’Église admet qu’il y a parfois une telle escalade de mal dans une famille qu’un divorce peut être la « moins pire » des solutions. Les réformateurs, Luther et Bucer divergeaient cependant entre eux. Certes, le mariage est un lien de grande valeur et une institution voulue de Dieu, mais à quel moment considère-t-on qu’un couple divorce ? Est-ce lors de la rupture du lien juridique comme le soutenait Luther ? Ou bien lors de la rupture de la « communauté d’amour et de partage » comme le soutenait Bucer ? En d’autres termes, est-ce le contrat ou la relation qui compte entre un homme et une femme ? Alors que, pour Luther, le divorce brise le mariage, Bucer considère que le mariage est déjà brisé quand le couple en arrive au divorce. Retenons que la séparation s’opère sur deux niveaux, celui de l’engagement formel et celui de la relation. Il est souvent difficile de déterminer le moment précis de la rupture. Elle a lieu dans les cœurs bien longtemps avant d’être inscrite sur du papier.

Le potentiel du couple

Le couple a un incroyable potentiel de construction et de destruction. Des mots comme sécurité, amour, fidélité prennent un sens nouveau au sein de l’intimité conjugale. Cette intimité peut être belle et porteuse de vie. Quand une relation conjugale va bien, elle donne à goûter quelque chose de l’amour inconditionnel qui dit : « je t’aime tel que tu es avec tes qualités et tes défauts ». Cet amour permet d’envisager l’avenir avec confiance.

Le couple a un incroyable potentiel de construction et de destruction.

Pourtant, cette vulnérabilité qui permet de faire germer la vie met chacun des conjoints dans une position de fragilité l’un vis-à-vis de l’autre. Quand la relation est en souffrance, les conjoints s’exposent dans ce qu’ils ont de plus fragile : la capacité à avoir confiance en eux-mêmes et en l’autre, la possibilité de se donner à l’autre, le besoin d’aimer et de se sentir aimé. Le divorce est bien plus que la rupture d’un contrat établi sur la base d’un consentement mutuel. C’est un aveu d’échec personnel et relationnel enraciné au plus profond des besoins de toute personne. Divorcer, c’est être mis face à son incapacité à aimer et à la douloureuse réalité de ne pas avoir été aimé.

Quand Dieu dit par la bouche du prophète Malachie « qu’il déteste le divorce » (Mal 2.16), c’est justement parce qu’il sait que cela détruit le cœur de ses enfants, petits et grands. Dieu le permet parfois, pour éviter l’injustice, et à cause de « la dureté de cœur », mais ce n’est pas dans son plan d’amour et de vie pour les alliances conclues sur cette terre. Le bonheur comme le malheur se construisent au jour le jour dans les petites communions et les petits divorces du quotidien. Dans le domaine du couple, la grâce, l’amour et le pardon de Dieu ainsi que le soutien et l’aide d’autres personnes sont plus que jamais nécessaires.

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