Vie chrétienne

Du célibat subi au célibat choisi : un cheminement spirituel

Pour la plupart des célibataires, le célibat est d’abord un célibat subi. Les célibataires désirent trouver un compagnon de route, former une famille. Mais « la » rencontre ne survient pas. Le temps passe. Le célibat dure. Des questions existentielles commencent à se poser, des frustrations naissent aussi. Le célibat est vu comme une réalité injuste. Pourquoi d’autres et pas moi ? Et pourtant, si le célibat dure, et sans fermer définitivement la porte à une rencontre possible, il faut bien parvenir à l’accepter. Et cela passe par un cheminement spirituel. Je voudrais ici détailler quelques éléments de ce cheminement spirituel.

La liberté devant Dieu

Pour le célibataire, des tas de questions existentielles se posent : pourquoi suis-je seul(e) ? Pourquoi personne ne me choisit ? Pourquoi suis-je moins béni(e) par Dieu ? Seigneur je te suis fidèle, pourquoi ne m’accordes-tu pas la grâce d’être en couple et de pouvoir fonder une famille ? Suis-je une femme pleine et entière si je ne suis pas épouse et mère ? Que vaut ma vie si je n’ai pas de famille ? Sur qui compter ? Comment vais-je faire pour affronter la solitude du quotidien ? Comment vieillir seul(e) ? Beaucoup de questions profondes touchant l’identité, et des craintes, des frustrations, voire des colères.

Le célibataire peut, à l’image du psalmiste, compter sur la grande liberté que Dieu lui offre pour lui exprimer toutes ses émotions, ses doutes, ses questions.

Accepter le célibat passe au fond par un processus de deuil : déni, colère, tristesse, acceptation. Il est important de ne négliger aucune phase, de traiter les questions qui nous habitent, et surtout de les porter à Dieu. Et ici, le célibataire peut, à l’image du psalmiste, compter sur la grande liberté que Dieu lui offre pour lui exprimer tout ce qui l’habite, toutes les émotions, toutes les craintes, tous les doutes, toute la colère, toutes les questions. Ne pas les garder pour soi, au risque que la souffrance du célibat devienne amertume, mais parler à son Créateur, à son Sauveur et à son Seigneur. C’est la plus grande sécurité qui soit. Certes, Dieu ne répondra pas à toutes les questions, parfois il se taira, mais le croyant a l’assurance d’être entendu dans sa souffrance, il a l’assurance que Dieu compatit à sa souffrance, que Dieu ne l’abandonnera pas, et c’est déjà beaucoup. La paix qui surpasse toute intelligence peut commencer à poindre.

Trouver son identité et sa bénédiction en Dieu

Le célibataire peut douter de sa valeur et de son identité. Il est alors important pour lui de se rappeler que sa valeur ne dépend pas du célibat ou du mariage, mais qu’elle dépend de Jésus-Christ. Il a besoin de se réentendre dire qu’il est une créature merveilleuse, unique, qu’il est enfant bien aimé du Père en Christ, et que c’est cela qui compte. Il a besoin de se souvenir que dans la nouvelle alliance, la bénédiction est avant tout spirituelle. Oui, il a besoin d’enraciner son identité en Christ. Il a besoin de s’enraciner dans toute la hauteur, la profondeur, la largeur et la longueur de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ.

Communier au Fils fait homme

Le plus grand défi pour le célibataire est sans doute la solitude, une solitude qui se vit au quotidien : n’avoir personne à qui dire bonjour le matin, manger seul, n’avoir personne à qui raconter sa journée, n’avoir personne à qui dire bonne nuit le soir, dormir dans un grand lit vide, partir seul en vacances, etc. Cultiver les amitiés est fondamental pour le célibataire. C’est déjà important pour les couples, mais c’est vital pour les célibataires, car l’être humain n’est pas fait pour être seul. Mais vient toujours un moment où, malgré les amitiés, le célibataire se retrouve seul chez lui. Il me semble qu’au cœur de cette solitude et de la souffrance de cette solitude peut se vivre une profonde communion avec le Christ. Après tout, le Christ n’est-il pas cet homme de douleur habitué à la souffrance ? Le Christ, bien qu’entouré, n’était-il pas profondément seul ? Le Christ n’a-t-il pas été abandonné de ses amis au moment le plus difficile de sa vie ? Oui, il y a une communion au Christ souffrant et abandonné qui peut vivre le célibataire ; le célibataire peut s’entendre dire du Christ : « je comprends, je l’ai vécu », et se sentir alors moins seul, désormais frère ou sœur du Christ en humanité.

Le Christ n’a-t-il pas été abandonné de ses amis au moment le plus difficile de sa vie ?

À cet égard, le célibat peut être vécu par certains comme leur croix. À ne pas vouloir brader son célibat en se mettant en couple avec un non-chrétien, le célibataire porte sa croix et suit le Christ. Il peut alors se rappeler les paroles de l’apôtre Paul qui souffrant d’une écharde dans la chair avait demandé la délivrance à Dieu mais qui reçut pour toute mais suffisante réponse : « Ma grâce te suffit ». Oui, la grâce de Dieu suffit pour porter sa croix au quotidien.

Dépendre de Dieu et se consacrer entièrement à lui

Tout chrétien est appelé à dépendre pleinement de Dieu et à se consacrer à son service. Mais peut-être cet appel résonne particulièrement pour le célibataire. En effet, le célibataire n’a concrètement personne de qui dépendre si ce n’est Dieu, et le célibataire est d’une certaine manière (car déchargé des charges familiales) plus disponible pour servir totalement le Seigneur. À certains égards, tout comme le couple témoigne de l’alliance entre le Christ et son Église, le célibataire peut témoigner de la pleine suffisance du Christ. Oui, le Christ suffit ! Quel témoignage notamment pour des homosexuels chrétiens qui veulent demeurer fidèles à Dieu et n’ont d’autre choix que le célibat !

Entrer dans la fécondité

La question se pose particulièrement pour une femme, mais pour un homme aussi. Quelle est la fécondité de ma vie si je ne suis pas mère/père ? Il est bon ici de rappeler que si la nouvelle alliance n’abolit pas le mandat créationnel de fécondité biologique, elle place la priorité sur la fécondité spirituelle : faire des nations des disciples, porter du fruit, porter les fruits de l’Esprit. La question se pose tout autant pour les couples ayant des problèmes de stérilité. Oui, un couple sans enfants, oui le célibataire, peuvent avoir une vie féconde : plutôt que de se morfondre ou de rester dans l’amertume, Dieu les appelle à la fécondité !

Pour aller plus loin :

 

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Marjorie Legendre est pasteur de l'Eglise protestante évangélique de Gennevilliers et professeure assistante d'éthique à la FLTE.

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