Doctrine

Dieu… difficile à dire

La Bible est le moyen principal de notre connaissance sur Dieu. Elle le présente comme le grand créateur de l’univers, tout puissant et infaillible. Mais, si Dieu est si transcendant, est-ce vraiment possible de le comprendre en tant qu’être humain ? Est-ce que son caractère infini ne le rend pas pour nous incompréhensible et inconnaissable au point de ne plus pouvoir rien dire sur lui car nos descriptions ne peuvent pas approcher ce qu’il est ? C’est ce à quoi certains penseurs chrétiens se sont résolus avec la théologie négative. En voici un aperçu.

La théologie négative

Loin d’être un portrait pessimiste sur Dieu, la théologie négative (ou théologie « apophatique ») considère qu’on ne peut rien dire sur Dieu car il est transcendant et infini. On ne peut l’atteindre que par la négation, c’est-à-dire la description de ce qu’il n’est pas. Notre idée de Dieu est inadéquate car il est au-delà de tout ce que l’on peut penser. Dieu est ineffable, indicible : on ne peut pas l’exprimer ou le dire avec des paroles. Rien ne peut être affirmé sur lui. C’est par l’inconnaissance et l’ignorance que nous connaissons qui il est vraiment. L’opposé de cette approche est la théologie positive (ou théologie « cataphatique ») qui préfère les affirmations sur Dieu en dénombrant ses multiples attributs.

Une synthèse possible ?

Le Pseudo-Denys, auteur chrétien du VIème siècle, est le père de la théologie négative. Pour lui, les affirmations et les négations ne sont pas contradictoires, il faut les dépasser. « Nous n’affirmons rien et nous ne nions rien, car la Cause unique est au-delà de toute affirmation et la transcendance au-delà de toute négation. » (Théologie Mystique, V).


Dieu est ceci, il n’est pas cela et il est au-delà de tout cela.

Au XIIIème siècle, le théologien dominicain, Thomas d’Aquin, propose quant à lui une autre synthèse : la théologie négative corrige la théologie positive. Les négations disent les limites de notre description sur Dieu et les affirmations montrent la perfection que l’on veut exprimer. Tout cela est utile pour percevoir les attributs sur Dieu tout en montrant qu’il est bien au-delà de ce que nous concevons (Thomas d’Aquin, Somme contre les gentils, I, 14). Autrement dit, Dieu est ceci, il n’est pas cela et il est au-delà de tout cela.

L’expérience mystique

Les mystiques s’appuient sur la théologie négative pour dire qu’on ne peut atteindre et contempler Dieu que par une expérience mystique indicible qui dépasse l’intelligence. Sans cela, la théologie négative ne mène nulle part. Selon Maître Eckhart, un dominicain allemand du XIIIème siècle, il s’agit de l’expérience de la « nuit » où l’homme ne sait plus rien de Dieu. Il perd tous ses repères, il est vide et dépouillé pour donner toute la place à Dieu. Les « nuits obscures » de Jean de la Croix, prêtre espagnol du XVIème siècle, reprennent cette idée en parlant d’une purification des sens et de l’esprit qui détruit nos fausses représentations sur Dieu, nos désirs personnels et nos imperfections pour laisser Dieu développer la foi en nous. Cette expérience vise l’union mystique avec Dieu où l’on est affranchi de ce que l’on pense et même de ce que l’on ressent. C’est une déification mais pas dans le sens de « devenir » Dieu, mais c’est plutôt une rencontre transformatrice avec Dieu. Pour Eckhart, la divinisation est simplement l’œuvre de Dieu qui nous transforme à l’image du Christ, la sanctification en « langage protestant ». Sans cet acte divin, c’est l’expérience mystique qui est vaine…

Une alternative : l’analogie

Le langage humain est bien limité pour parler de Dieu. Même si nous pouvons dire des choses justes sur Dieu, notre langage ne peut pas correspondre entièrement avec ce qu’il est. Toutefois, Dieu s’est révélé aux hommes pour que nous le connaissions. Dieu nous a donné des mots que nous pouvons utiliser pour exprimer, pour dire ce que nous comprenons de lui et ainsi lui rendre gloire. Nous pouvons reconnaître notre incapacité à le connaître pleinement. Mais nous pouvons avoir recours au processus de l’analogie, dans son sens général. L’analogie aide car elle fait le rapprochement entre deux réalités similaires mais différentes. Elle compare et fait des métaphores. Nous connaissons beaucoup de choses par association ou par contraste. Lorsque l’on parle de Dieu, on peut utiliser l’analogie pour le décrire dans nos propres termes et concepts sachant qu’ils ne dépeindront pas entièrement ni parfaitement ce que l’on évoque. Mais, un sens est communiqué de façon fiable. On vise à préciser ce qui appartient à Dieu par quelque chose de plus proche de notre compréhension. L’analogie, c’est comme le reflet d’un objet sur l’eau : le reflet n’est pas l’objet lui-même mais il en donne une bonne image.

A prendre ou à laisser

La théologie négative pure et dure peut rapidement être rigide et fermée : Dieu parait méconnaissable et inaccessible. Il faut prendre la théologie négative dans son ensemble et notamment avec l’apport des penseurs mystiques et leur expérience. La morale de l’histoire est alors plus parlante : la connaissance sur Dieu n’est pas limitée à nos facultés intellectuelles. Voilà pourquoi il y a quelques avantages à avoir une certaine dose de théologie négative dans notre foi.

Dieu est indicible mais la théologie négative ne consiste pas à se taire. Toutefois, attention aux contradictions qui guettent cette théologie. La théologie négative met en évidence l’inadéquation de nos idées sur Dieu par rapport à sa réalité. Il s’agit de ne pas prétendre avoir des idées sur Dieu qui coïncident avec lui. Même l’image la plus grande et la plus belle sur Dieu n’est rien comparée à qui il est. Nos concepts ainsi que nos expériences ne doivent pas devenir d’autres dieux.


Même l’image la plus grande et la plus belle sur Dieu n’est rien comparée à qui il est.

Notons que la théologie négative est différente de l’anti-intellectualisme. Elle rappelle simplement que l’intelligence ne fait pas tout – l’expérience non plus d’ailleurs. On peut comprendre les choses et les concepts mais être loin de Dieu. De plus, l’importance de l’ignorance ne vise pas l’agnosticisme ou le refus de connaître Dieu. Son but est d’élever l’esprit vers les réalités spirituelles qui intègrent mais ne se limitent pas aux facultés intellectuelles. C’est une théologie contemplative.

Une connaissance certaine

De tout cela ressort une chose : qu’on le décrive avec des termes positifs ou avec des termes négatifs, il n’en reste pas moins qu’il y a bien une connaissance de Dieu, car même dans la négation on affirme tout de même quelque chose. Il faut reconnaître le savoir dans un non savoir.

Dieu est « incompréhensible, mais cependant connaissable »

Louis Berkhof

Malgré nos approximations, nous pouvons vraiment connaître Dieu par la foi et parce qu’il a choisi de se faire connaître lui-même. Jésus est l’expression ultime et parfaite de la révélation de Dieu aux êtres humains. Dieu a tant voulu être en relation avec sa création qu’il s’est rendu accessible. En voilà une belle expression de son amour ! Louis Berkhof, théologien réformé américano-néerlandais du XXème siècle, le dit bien, Dieu est « incompréhensible, mais cependant connaissable » (Le Dieu trinitaire et ses attributs, 2e édition, Aix-en-Provence ; Cléon d’Andran, Éditions Excelsis, 2006). C’est un mystère. Nous pouvons donc nous fier à ce que la Bible nous dit de lui en attendant l’accomplissement de notre espérance. Même si sa grandeur dépasse notre intelligence et va au-delà de ce que l’on peut expérimenter, nous pouvons nous réjouir de ce que nous savons sur lui pour l’adorer et le servir avec révérence.

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Après avoir fait une école biblique aux États-Unis ainsi qu’un stage dans une ONG au Canada, Emmanuelle a décidé de se former à la Faculté Libre de Théologie Évangélique en vue d'exercer un ministère en France. Elle aime occuper son temps libre en écoutant du Gospel et manger des plats pimentés.

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