Découvrir le premier livre d’Hénoch

Découvrir le premier livre d’Hénoch
Ralph Lee
Auteur:

La littérature juive écrite pendant l’intermède entre l’Ancien et le Nouveau Testament est (trop) peu connue des évangéliques. Intéressons-nous à 1 Hénoch, il s’agit d’un livre de 108 chapitres qui fascine les milieux académiques depuis longtemps, notamment depuis que l’explorateur James Bruce a rapporté des manuscrits éthiopiens de cette œuvre en Europe en 1773. Depuis lors, des traductions sont devenues disponibles, dont plusieurs de bonne facture datant du siècle dernier.

Pourquoi s’y intéresser en tant qu’évangéliques ?

L’intérêt de ce livre pour les chrétiens est multiple  : il est cité en Jude 14-15, ce qui semble donner une certaine autorité au moins à cette citation. Par ailleurs, 1 Th 2.13 et 2 P 3.15 pourraient faire allusion à l’ouvrage. De plus, le bref récit de Genèse 6 sur les « filles des hommes » se mariant avec les « fils de Dieu » semble recevoir une longue explication dans 1 Hénoch, à travers cela il offre une explication des origines des mauvais esprits qui semble similaire à ce qui se trouve derrière le Nouveau Testament. Il faut également noter que ce livre était lu par les Juifs à l’époque du Christ et qu’il a été commenté et cité par les Pères de l’Église . Il s’agit donc, à tout le moins, d’une œuvre qui peut nous apprendre des choses importantes sur ce qu’étaient certaines parties du judaïsme à l’époque du Christ.

Il s’agit d’un livre de 108 chapitres qui fascine les milieux académiques depuis longtemps

Que savons-nous de 1 Hénoch ?

Bien que 1 Hénoch  prétende avoir été écrit par Hénoch, le septième descendant d’Adam, nous n’avons aucun moyen de connaître le lien entre le texte que possédons et l’époque primordiale. Le seul texte complet qui nous est parvenu est en langue éthiopienne, une version qui a été traduite du grec en éthiopien probablement au début du Vème  siècle après J.-C., mais qui a été éditée depuis, les plus anciens manuscrits connus d’Éthiopie n’étant pas antérieurs au XIIIème siècle. La version grecque est encore connue par des fragments de la mer Morte et est elle-même une traduction de versions araméennes qui datent de la période du Second Temple, pour lesquelles nous disposons de quelques fragments de Qumran. D’après les spécialistes, il est raisonnable de supposer que la version araméenne a été écrite entre 300 et 100 avant J.-C., même si une certaine incertitude demeure. Cette date de rédaction correspondrait à celle des livres intertestamentaires, parfois appelés « Apocryphes ». Ce terme, qui signifie « caché », est à bien des égards très peu utile car il a fini par signifier « indigne de confiance ».

Quel est le contenu du livre ?

D’après la version éthiopienne, il contient 5 parties :

Le livre des veilleurs (ch. 1-36) : ce livre décrit la chute des « veilleurs », un autre nom pour les anges qui ont engendré les Nephilim (Gn 6.1-4). Hénoch a une vision dans laquelle il intercède pour les anges déchus, et leur sort ultime est expliqué. Le livre raconte ensuite les voyages d’Hénoch à travers la terre et le séjour des morts, au cours desquels les noms et les rôles des sept archanges sont expliqués. Les chapitres 24-25 présentent une vision de sept montagnes, avec au centre l’arbre de vie d’Eden, qui doit fournir de la nourriture aux élus de Dieu pour l’éternité.

Le livre des paraboles (ch. 37-71) : ce livre semble présenter un développement ultérieur des idées du livre des Veilleurs. Le titre de « Fils de l’homme », que l’on trouve également dans Daniel et dans les Évangiles, y est utilisé à plusieurs reprises, ainsi que ceux de « Juste », « Élu » et « Messie ». Certains pensent que ces choix de mots ont influencé les premiers écrits chrétiens.

Le livre d’astronomie (ch. 72-82) : ce livre décrit le mouvement des corps célestes tel qu’il a été révélé à Hénoch par l’archange Uriel. Le calendrier qui découle de cette section se trouve également dans le livre des Jubilés et était utilisé par la secte associée aux manuscrits de la mer Morte. L’année compte 364 jours, soit exactement 52 semaines.

Le livre des rêves (ch. 83-90) : ce livre semble présenter une vision de l’histoire d’Israël jusqu’à l’époque des Maccabées. Il faut noter la deuxième vision, aux chapitres 85-90, dans laquelle l’histoire d’Israël est expliquée à l’aide de figures animales.

L’épître d’Hénoch (ch. 91-105) : elle se compose de trois sections, à commencer par l’Apocalypse des Semaines, qui divise le temps en 10 semaines, 7 dans le passé et 3 dans le futur. Le point culminant est la 7e semaine qui entrevoit l’apparition d’un nouveau ciel et d’une nouvelle terre, compris dans l’Église éthiopienne comme représentant l’établissement de l’Église. Les autres épîtres sont en général des exhortations à mener une vie juste.

Il faut ajouter à cela deux appendices,

La naissance de Noé : décrit le déluge et la vie de Noé qui naît sous l’apparence d’un ange.

L’admonition eschatologique (ch. 108) : contraste entre la « génération de la lumière » et les ténèbres destinées aux pécheurs.

La réalité est plus complexe, et le livre contient au moins 19 traditions littéraires différentes.

1 Hénoch et le canon

L’une des choses qui rendent 1 Hénoch intéressant est qu’il s’est retrouvé dans le canon éthiopien de l’Écriture, depuis au moins le IVème siècle de notre ère. Nous savons que 1 Hénoch était lu avant cette période dans diverses Églises chrétiennes, mais il n’a pas été reçu dans le canon ailleurs, et est tombé en désuétude dès le Ve siècle. Des questions sérieuses ont été soulevées concernant les idées trouvées dans 1 Hénoch – notamment l’idée que ce sont les anges déchus qui ont apporté le péché dans le monde, ce qui exonérerait les humains – mais on pourrait lire le texte autrement.

Le défi le plus important soulevé par 1 Hénoch concerne peut-être la vision chrétienne de l’Écriture et de son inspiration. Nous disons souvent que les Écritures sont « inspirées par Dieu », mais ce que cela signifie réellement n’est pas souvent précisé. Certains points de vue sur ce que cela signifie se rapprochent de façon alarmante d’une approche islamique de la dictée divine, où la part humaine dans la rédaction  de l’Écriture est presque rejetée. L’influence d’Hénoch sur le Nouveau Testament et ses brèves citations pointent plutôt vers une coopération entre les serviteurs de Dieu et le Saint-Esprit qui permet à l’auteur d’exprimer sa créativité, sans supprimer l’influence et les conseils divins.

Nous savons que 1 Hénoch était lu avant cette période dans diverses Églises chrétiennes

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