L’unité de l’Église et les dénominations
Thomas Poëtte

« Ce n’est pas seulement pour ceux-ci que je demande, mais encore pour ceux qui, par leur parole, mettront leur foi en moi, afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, pour que le monde croie que c’est toi qui m’as envoyé. » (Jn 17.20‑21, NBS)

Ou encore : « J’entends par là que chacun de vous dit : “Moi, j’appartiens à Paul !” — “Et moi, à Apollos !” — “Et moi, à Céphas !” — “Et moi, au Christ !” Le Christ est-il divisé ? Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous, ou bien est-ce pour le nom de Paul que vous avez reçu le baptême ? » (1 Co 1.12-13, NBS)

Ces textes (et bien d’autres) sont très clairs : le Nouveau Testament comprend l’Église comme une réalité une en Christ, que l’on considère l’Église locale ou l’Église universelle. Mais que penser alors de toutes nos dénominations (de notre « dénominationalisme » dirons certains) ? De notre tendance à créer sans cesse de nouvelles unions ? Ne devrions-nous pas chercher, pour mettre en application les textes bibliques cités plus haut, à (re)devenir une seule Église ?
La question étant très complexe, je n’apporterai pas une réponse définitive ici, mais j’espère que les quelques éléments qui suivent donneront des pistes de réflexion utiles.

L’unité et la diversité

Face à la pluralité d’Églises, il nous faut déjà remarquer ceci : l’unité biblique ne rime pas avec uniformité. L’unité biblique implique la diversité. La Trinité en est l’exemple parfait, le modèle même : nous confessons un seul Dieu en trois personnes, Père, Fils et Saint-Esprit. Chacune des trois personnes divines est Dieu, pleinement Dieu (et non pas seulement une partie de Dieu), et pourtant chacune des trois est un « je » distinct des deux autres. Ainsi, lorsque Jésus ou les apôtres parlent de l’unité de l’Église, il s’agit là aussi d’une unité dans laquelle la diversité a toute sa place. C’est une unité qui permet, nécessite même, une diversité de voix, une diversité de cultures et donc de manières d’exprimer et de vivre l’Évangile, une diversité d’engagement dans la société. Et cette diversité permet donc l’existence de différentes dénominations.

Cependant, notre tendance séparatiste, notre tendance à créer une nouvelle dénomination pour chaque désaccord (même mineur), ne reflète pas la diversité du corps du Christ, mais porte atteinte à son unité. La diversité de l’Église, dans le Nouveau Testament, s’exprime par une pluralité d’Églises locales liées entre elles par des ministères trans-locaux, non pas par la création incessante de nouvelles dénominations. Que faire alors ? Quel chemin tracer vers l’unité de l’Église ?

Quel chemin vers l’unité de l’Église ?

Le premier pas sur le chemin de l’unité de l’Église, c’est de cultiver l’insatisfaction face à la situation présente. Si la fragmentation incessante de nos dénominations porte atteinte à l’unité de l’Église, nous ne pouvons qu’être insatisfaits de cette réalité. Le chemin de l’unité de l’Église est donc aussi un chemin d’humilité.
Ce premier pas doit s’accompagner d’une prise de conscience que l’unité de l’Église est un article de foi, et non une construction humaine (Ep 4.1‑7). Cela signifie que nous avons plus à recevoir et exprimer visiblement cette unité qu’à la bâtir. Et rendre visible l’unité ne signifie pas entrer dans une collaboration tolérante entre différentes sociétés religieuses. Karl Barth, le théologien réformé du 20e siècle, exprime cette idée ainsi : « En effet, lorsque la recherche de la vérité est sacrifiée à celle de l’amour et de la paix, on ne se trouve pas sur la voie qui mène à l’Église une. »

En effet, lorsque la recherche de la vérité est sacrifiée à celle de l’amour et de la paix, on ne se trouve pas sur la voie qui mène à l’Église une. 

Karl Barth, (Dogmatique, IV/1***, p. 42)


Le chemin vers l’unité de l’Église consiste donc aussi à se poser la question de la fidélité de sa confession de foi, de sa tradition d’Église, à Jésus-Christ (et donc à l’Écriture, qui nous révèle encore Jésus-Christ). Qu’est-ce qui, dans ce qui sépare mon Église des autres Églises, est vraiment contraint par le salut et l’Évangile, et que nous devons donc maintenir, malgré la séparation que cela produit ? Mais dans le même temps, se demander aussi : qu’est-ce qui, dans la confession de foi d’une autre Église, pourrait être la voix du Seigneur pour toute son Église ?

En tout cas, je crois que l’Église de Jésus-Christ ne serait que plus belle si nous arrêtions de créer une nouvelle dénomination à chaque désaccord, et si nous réfléchissions à la mise en place de ministères d’unité au sein de, et entre, nos Églises.

Pour aller plus loin

  • Comité théologique du CNEF, L’Église, les Églises et les oeuvres, 2016 (à télécharger ici)