Et ceux qui n’ont pas entendu l’Évangile ?

Et ceux qui n’ont pas entendu l’Évangile ?

Jésus dit : « C’est moi qui suis le chemin, la vérité et la vie. Personne ne vient au Père sinon par moi. » (Jn 14.6). Amen. Il n’y a pas d’autres moyens de salut si ce n’est en Jésus-Christ. Amen. Jusqu’ici, on est d’accord. Mais, creusons un peu plus : faut-il croire explicitement en Jésus pour être sauvé ? Ceux qui n’ont jamais entendu parler de Jésus peuvent-ils être sauvés ? Quelqu’un peut-il avoir la foi en Jésus sans avoir connu le message de l’Évangile ? Autrement dit, que faut-il savoir sur le Christ pour que la foi soit vraiment authentique ? Que de questions !

Pour clarifier, une distinction

Attention, il ne s’agit pas de remettre en question le fait que seul Jésus sauve. Le Solo Christo est bien caractéristique du christianisme. Jésus est l’unique sauveur de tous les hommes. Il est le seul médiateur qui permet d’accéder au Père (1 Tm 2.5). Son sacrifice à la croix est amplement suffisant pour notre rédemption. Il y a ici une distinction à faire entre le moyen de salut – Jésus – et le chemin qui mène au salut. C’est sur ce dernier point que la difficulté se pose. Découvrons ensemble les différents avis sur le sujet.

Les voies à bannir

D’abord, on peut rejeter l’universalisme qui affirme que, comme Jésus est mort pour le monde entier, tous les hommes seront sauvés, peu importe l’objet de leur foi. Cette vision des choses ne tient pas compte de la possibilité d’une perdition pour ceux qui rejettent le salut de Dieu. Selon la Bible, il y a bien un lieu de tourment (2 Th 1.8-10), une séparation éternelle d’avec Dieu (Mt 7.23).

Le pluralisme (ou le relativisme) ne semble pas non plus satisfaisant. C’est l’idée selon laquelle Dieu se révèle dans toutes les religions ou idéologies. Il y aurait donc plusieurs moyens de salut possibles, ce qui enlève le caractère exclusif de l’œuvre de Jésus. Cela va à l’encontre de l’Évangile et pousse vers un syncrétisme religieux qui mélange la foi chrétienne aux autres croyances.

L’exclusivisme

L’autre voie, généralement reconnue par les chrétiens évangéliques, explique que l’on ne peut être sauvé que si l’on confesse explicitement sa foi en Jésus. Il faut croire (Jn 3.16) et confesser (Rm 10.9). Christ est mort pour tous les hommes, mais seuls ceux qui acceptent ce sacrifice seront sauvés par lui (on appelle ça aussi l’« universalisme hypothétique »). Autrement dit, tous ceux qui sont morts sans avoir connu l’Évangile sont forcément perdus.

Question : les croyants de l’Ancien Testament n’avaient pas de foi explicite en Jésus, est-ce que cela remet en question leur salut ? Les défenseurs de l’exclusivisme pensent que ces croyants ont été mis au bénéfice de l’œuvre de Jésus sans le connaître. Ils ont été sauvés par anticipation de la croix. Ils disent aussi que ce système ne peut plus être valable aujourd’hui. D’autres répondent différemment.

Question : les croyants de l’Ancien Testament n’avaient pas de foi explicite en Jésus, est-ce que cela remet en question leur salut ?

L’inclusivisme, mais pas que…

Une autre voie présente des difficultés et des points intéressants : l’inclusivisme. C’est l’affirmation que l’œuvre de Jésus est unique, mais qu’on peut en bénéficier sans avoir forcément une foi explicite en Christ. D’autres religions pourraient alors jouer un certain rôle dans la découverte du salut, ne serait-ce que par leurs limites ou les impasses vers lesquelles elles conduisent parfois, ou par la sensibilisation à l’existence de Dieu, la personne n’étant pas sauvée par elles mais bien par Jésus. Il y a donc la possibilité d’avoir « une foi correctement orientée vers le Christ en l’absence d’une connaissance explicite de sa personne et de son œuvre » (Alain Nisus, Pour une foi réfléchie : Théologie pour tous, La Maison de la Bible, 2011, p.548). Oui, on est sauvé seulement par le Christ, mais des personnes qui n’ont pas entendu parler de Jésus peuvent donc potentiellement être sauvés, toujours par le Christ, sans qu’elles aient confessé la foi en lui.

« Une foi correctement orientée vers le Christ en l’absence d’une connaissance explicite de sa personne et de son œuvre. »

Alain Nisus

Face au problème des croyants de l’Ancien Testament, l’inclusivisme accepte aussi l’idée d’un salut par anticipation mais celui-ci n’est pas limité à l’Ancien Testament. Grâce à la révélation générale, le Saint-Esprit peut aider des personnes à comprendre le salut et à avoir une foi orientée vers Jésus sans le savoir ! William Lane Craig, philosophe, théologien et apologète, propose que Dieu ne juge pas les gens qui n’ont jamais entendu parler de Jésus sur la base de leur foi en Christ (ce qui serait impossible) mais sur la base de la révélation générale. Personne ne peut être sauvé sans Christ, mais les bénéfices de son œuvre peuvent être donnés à des personnes qui n’en ont pas connaissance.

L’apologète va encore plus loin : pour lui, les cas de personnes qui n’entendent pas l’Évangile pendant leur vie et qui l’auraient accepté si elles l’avaient entendu sont très rares (sinon on pourrait demander pourquoi Dieu n’a pas permis à ces personnes qu’elles entendent l’Évangile). En fait, la vision moliniste de Craig, qui met l’accent sur la connaissance totale de Dieu, lui permet de dire la chose suivante : Dieu, dans sa souveraineté et son omniscience, a créé le monde de sorte que ceux qui accepteraient l’Évangile s’ils l’entendaient l’entendent, et inversement, ceux qui le rejetteraient n’y soient pas confrontés. C’est ce qu’on appelle un « exclusivisme décomplexé »…

Pour conclure

Cette réflexion n’a pas pour but de déterminer qui sera sauvé ou non, mais plutôt d’éveiller notre esprit à ce genre de difficulté et aux différentes possibilités qui se présentent. À nous de juger ou de nous abstenir (ce que font les « agnostiques »). L’important demeure : annoncer l’Évangile à tous, car l’évangélisation est le moyen principal qui conduit à la foi (Rm 10.17). Dieu s’occupe du reste…

Pour aller plus loin :

  • Alain Nisus, Pour une foi réfléchie : Théologie pour tous, La Maison de la Bible, 2011, 926 pages ;
  • Henri Blocher, « Le salut face aux religions : une seule voie de salut ? », Convictions et dialogues. Le dialogue interreligieux, Edifac/Excelsis, 2000, p.156-170 ;
  • Christopher Wright, Le salut. Le salut appartient à notre Dieu, Farel, 2011, 224 pages.

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