La laïcité, une liberté ?

La laïcité, une liberté ?

Depuis décembre dernier, le « projet de loi confortant le respect des principes de la République » dans le cadre de la loi contre les séparatismes a provoqué des remous dans le monde chrétien. À l’origine, il a pour objectif de lutter contre les dérives communautaires religieuses. Mais quand on s’y penche, on voit qu’il limite beaucoup la liberté de culte : contrôle, contrainte, surveillance, intrusion dans le fonctionnement religieux… Cette situation est peut-être l’occasion de reconsidérer le principe de laïcité auquel la France est si attachée. Au fond, est-ce une liberté ?

Les origines de la laïcité

Il existe une idée reçue selon laquelle la laïcité s’est construite à l’encontre de la religion, comme si elle était là pour la contrôler. Pourtant, l’histoire nous apprend que la laïcité est un héritage chrétien. Le concept a été inventé au XVIIème siècle par un chrétien en Amérique, Roger Williams. Lors de la fondation de l’État de Rhode Island, le puritain parlait d’un « mur de séparation » entre l’Église et l’État, cette distinction étant essentielle dans la conception de la laïcité. C’est l’essence de la sécularisation. Même si la volonté de Williams n’était pas partagée par tous les chrétiens, il a aidé à ce que les choses évoluent dans le temps pour aboutir progressivement à une liberté pour toutes les religions, y compris l’absence de religion. L’idée d’un État laïque était inédite pour une région où la religion chrétienne était la religion officielle depuis Théodose en 381.

Des fondements bibliques

Ces origines s’expliquent notamment parce que le principe de laïcité comme liberté est déjà présent dans la vision chrétienne. On le voit sous plusieurs formes. La Bible présente une vision où le monde des humains est distinct de Dieu. Dans la nature, il n’y a rien de sacré. La créature est certes issue du créateur mais elle ne détient pas sa nature divine. Dieu est entièrement différent de l’être humain, il est transcendant. Cette distinction est importante à maintenir. D’elle découle une ébauche du principe de séparation. De même, dans l’État d’Israël, les pouvoirs politiques étaient séparés des pouvoirs religieux. Les commandements divins tels que l’interdiction d’entrer dans le sanctuaire ou la pureté du culte sacré exprimaient une séparation entre le rôle du roi et celui du prêtre, entre le politique et le religieux. Israël se distinguait alors des autres nations voisines chez qui le pouvoir politique était absolu et souvent divinisé comme par exemple, le pharaon en Égypte.
Dans le Nouveau Testament, la liberté d’expression a toujours été revendiquée par les chrétiens dès le début du christianisme. Quand des chrétiens étaient arrêtés et qu’on leur demandait de ne plus parler de leur foi, ils répondaient : « Nous ne pouvons pas garder le silence sur ce que nous avons vu et entendu » (Ac 4.20). La liberté de religion et de non religion est présente dans la Bible en ce que la foi chrétienne est un choix libre et ne doit jamais être imposé par la contrainte. Même si cela s’est parfois fait dans l’histoire, ce n’est pourtant pas le message biblique.

La liberté de religion et de non religion est présente dans la Bible en ce que la foi chrétienne est un choix libre et ne doit jamais être imposé par la contrainte.

Une liberté !

La laïcité est donc plus une liberté qu’une contrainte. L’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 montre qu’elle a pour mission de protéger la liberté de religion : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. » Elle doit aussi garantir la liberté de conscience, le droit d’avoir des convictions, et la liberté d’expression, le droit de communiquer sa pensée. Elle permet également la liberté d’exercice des cultes.

Deux types de laïcité…

Malheureusement, la laïcité en tant que liberté n’est pas toujours retenue en France. On observe un autre modèle qui s’installe : on parle de laïcité de combat (ou de laïcité stricte). C’est une laïcité restrictive, qui limite le religieux strictement à la sphère privée. La religion n’a pas à jouer le moindre rôle dans les débats de société. Ce rejet a ses racines dans l’histoire de la France où l’Église avait une mainmise sur l’État pendant longtemps et cela a entraîné des dérives. En effet, l’Église en tant qu’institution a commis des erreurs dans son parcours. Ses faux pas ont été retenus dans la mémoire des Français. Quand ils ont vu la liberté qu’offrait la modernité en les délivrant de l’attachement à l’Église vécu comme un joug, ils ont rejeté en bloc la religion. D’où cette réaction vers l’autre extrême. Ce type de laïcité devient une valeur anti-religieuse.

Dans une laïcité ouverte, il y a la place pour le débat et toutes les convictions ont le droit de s’exprimer.

Pourtant, il est possible d’avoir un modèle de laïcité fidèle à ses origines. On parle d’une laïcité ouverte (ou libérale). Dans ce modèle, il y a la place pour le débat et toutes les convictions ont le droit de s’exprimer. Tous les discours sont légitimes et il n’y a de favoritisme pour aucune philosophie, idéologie ou religion. Certains voisins européens vivent une laïcité moins stricte que la nôtre, voilà pourquoi on parle de la laïcité « à la française » afin d’exprimer son caractère exceptionnelle.

Cette laïcité de combat peut être le signe d’un mauvais présage pour nos libertés. Face aux idées reçues, aux mauvais usages ou aux contresens liés à la laïcité, il est important d’essayer de rappeler à nos contemporains l’essence de la laïcité : c’est une liberté !

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