La persécution fait “la une”

La persécution fait “la une”

Depuis les premiers siècles, la persécution a frappé l’Église universelle. Encore aujourd’hui, dans plusieurs régions du monde, les chrétiens risquent leur vie pour leur foi. L’affaire Asia Bibi a été l’étendard de cette situation lors de l’année 2018. Une affaire au retentissement mondial et couverte par tous les médias. Analyse.

L’affaire Asia Bibi relayée dans le monde

L’affaire Asia Bibi remonte à 2009, dans la région du Pendjab au Pakistan. Asia Bibi, chrétienne et mère de cinq enfants, est trouvée dans son village d’Ittan Wali en train de boire l’eau d’un puits, supposé être réservé aux musulmans. Prise à parti par les femmes qui l’accusent d’avoir salit l’eau, Asia Bibi répond et défend sa foi. Elle est accusée de « blasphème », accusation passible de la peine de mort au Pakistan, où l’islam est religion d’État. S’ensuit un long séjour en prison pour la mère de famille, condamnée à la pendaison en 2010, mais qui clame son innocence. Elle fait appel à la Cour suprême du Pakistan et le 31 octobre 2018, la Cour acquitte en appel Asia Bibi. Une décision confirmée finalement le 29 janvier 2019. Aujourd’hui, malgré ce verdict, Asia Bibi est toujours au Pakistan, sous étroite surveillance, en attendant que la tension retombe… En danger dans son pays, elle et sa famille ont recherché l’asile politique. Le Canada et l’Allemagne ont accepté de l’accueillir.

Dans le monde, les médias se sont emparés de cette affaire. Les mots-clés « blasphème », « liberté religieuse » et « droits de l’homme » ont entraîné de vives réactions. En France aussi, les quotidiens nationaux suivent l’affaire de près. Ils relèvent, entre autres, le contexte fondamentaliste et le fanatisme au Pakistan ainsi que le séjour d’Asia Bibi en prison. La presse régionale (le Parisien, Ouest-France, Sud-Ouest, le Dauphiné Libéré, la Dépêche du Midi, etc.) relaie les informations sur cette affaire au carrefour des thèmes de la religion, la géopolitique et la liberté d’expression. Les médias religieux couvrent évidemment l’affaire. À titre d’exemple, l’hebdomadaire protestant Réforme livre une belle réflexion sur la liberté religieuse. Tandis que des organisations chrétiennes comme Portes Ouvertes transmettent l’appel à la prière pour Asia Bibi et sa famille.

Pourquoi un tel impact ?

Alors que de nombreux cas de persécutions peuvent être relevés dans le monde, pourquoi celui-ci a-t-il eu un retentissement si grand ? « Ce qui a attiré au niveau international, c’est le fait qu’Asia Bibi soit la première femme condamnée à mort pour blasphème au Pakistan » appuie Clémence Martin, responsable des relations presse au sein de l’organisation chrétienne Portes Ouvertes. Effectivement, il s’agit du premier cas de ce type au Pakistan, où la loi sur le blasphème existe depuis 1986. Dans ce pays, plus d’un millier de personnes ont été accusées de blasphème (la commission justice et paix de la Conférence des évêques catholiques avance à ce jour le chiffre de 993 victimes de cette loi). La peine de mort n’a jamais été appliquée (à l’exception d’un soldat en 2008), mais plus d’une trentaine d’hommes soupçonnés de blasphème ont été par la suite assassinés, selon le Figaro. Aucun femme accusée… jusqu’à Asia Bibi.

Asia Bibi est la première femme condamnée à mort pour blasphème au Pakistan

Clémence Martin, responsable des relations presse chez Portes Ouvertes

D’autre part, l’histoire touche par sa simplicité. « Il s‘agit d’une femme, issue d’une minorité chrétienne et analphabète. C’est une mère de famille, privée de ses enfants, emprisonnée à tort, pour une histoire de verre d’eau » soupire Clémence Martin. Et ce caractère anodin de la faute peut également choquer. « Quand on ne connaît pas le contexte au Pakistan, cela peut sembler venir d’une autre planète. Mais c’est malheureusement ordinaire dans ce pays. D’ailleurs, dix-sept chrétiens seraient encore en prison actuellement pour blasphème » soulève Clémence Martin.

Anne-Isabelle Tollet est véritablement devenue la porte-parole d’Asia Bibi en France.

Clémence Martin

Mais ce qui a fait basculer les choses en France, c’est le rôle d’une journaliste. « En France, on ne parlait pas beaucoup d’Asia Bibi dans un premier temps. Jusqu’à ce qu’un grand reporter pour France 24 à Islamabad, publie le livre « Blasphèmes » sur l’histoire d’Asia Bibi en 2011. Anne-Isabelle Tollet est véritablement devenue la porte-parole d’Asia Bibi en France » explique Clémence Martin. En co-écrivant avec Asia Bibi, la journaliste raconte l’histoire de la pakistanaise. « Les deux femmes ont communiqué pendant cinq mois. Asia Bibi transmettait ses messages depuis sa cellule sans fenêtres de la prison de Sheikhupura, où elle est enfermée en attendant son jugement en appel. Le manuscrit a été lu à Asia Bibi et validé page par page par son avocat », précise l’Express. La France a dès lors fait la rencontre d’Asia Bibi. Depuis, le gouvernement français a reçu son mari et sa fille en 2011. Et depuis 2015, Asia Bibi a été faite citoyenne d’honneur de la ville de Paris.

L’accusation injuste envers Asia Bibi a aussi eu une portée internationale grâce la visibilité donnée par le Pape. En novembre 2010, Benoït XVI a réclamé sa libération. En 2015 et 2018 la famille d’Asia Bibi, a rencontré le pape François et reçu son soutien. La communauté chrétienne mondiale s’est aussi mobilisée.

Une affaire avec des suites tragiques

Mais l’affaire a véritablement mis le doigt sur la tension immense qui règne dans la République Islamique du Pakistan, notamment sur la question de la religion et de la loi sur le blasphème. Suite à son acquittement, les extrémistes réclamaient avec violence l’exécution d’Asia Bibi, tandis que des contre-manifestations s’organisaient contre la loi sur le blasphème. Asia Bibi est devenue ce symbole des tensions qui divisent le pays entre islamistes et libéraux. Et quiconque lui a affiché son soutien est aussi menacé. En janvier 2011, le gouverneur du Pendjab, Salman Taseer, est assassiné par son garde du corps pour avoir défendu Asia Bibi. Le ministre des minorités Shahbaz Bhatti avait également perdu la vie en mars 2011 pour avoir pris sous son aile la mère de famille et affiché son soutien . Ces deux assassinats de personnalités politiques ont mis en avant les fissures de la société pakistanaise et contribué à braquer encore plus la lumière sur Asia Bibi au niveau international. C’est ce qui a amené Anne-Isabelle Tollet à se pencher sur la question.

Asia Bibi est devenue ce symbole des tensions qui divisent le pays entre islamistes et libéraux.

Mais ces deux assassinats ont aussi entraîné un cercle vicieux de violences et de vengeances. L’assassin de Salman Taseer, Mumtaz Qadri, « a été pendu début 2016, ce qui a encore renforcé la colère des conservateurs. Ils exigent depuis la mort d’Asia Bibi comme une forme de revanche » selon l’Express. Clémence Martin abonde dans ce sens : « Il y a eu beaucoup de remous au Pakistan suite à la pendaison de l’assassin de Salma Taseer. Le 26 mai 2017, il y a eu un attentat très violent à Lahore, qui pourrait être un acte de vengeance et donc aurait pu être lié à l’affaire Asia Bibi. C’est devenu un problème d’ampleur nationale. Une grande partie de la population pakistanaise veut la mort d’Asia Bibi, il suffit de voir cela sur les réseaux sociaux ».

La persécution : un sujet qui prend sa place

Avec cet emballement médiatique et la pression sur les chrétiens au Pakistan, l’organisation Portes Ouvertes, porte-parole des chrétiens persécutés dans le monde, s’est retrouvée dans une situation paradoxale. « L’affaire est devenue tellement importante, qu’on a arrêté d’en parler pendant quelques temps pour moins mettre de pression sur le gouvernement » clarifie Clémence Martin. « C’est toujours compliqué pour nous dans ces situations de savoir si on en parle ou pas. » Ne pas parler pour mieux protéger.

Mais parler tout de même, cela reste la vocation de l’organisation. Située à Strasbourg, en France, l’ONG publie chaque année un Index Mondial de persécution, classant les pays en fonction de la liberté ou non des chrétiens de vivre leur foi. Leur méthodologie s’est affinée au fur et à mesure des années pour donner des chiffres fiables, vérifiés, afin de créer un impact. Et ils montrent que cette année, les chiffres sont encore en hausse…

Les médias français sont de plus en plus alertés et publient depuis quelques années des articles à ce sujet, progressivement, certains plus que d’autres. « Même s’il reste quelques forteresses, nous sommes globalement assez encouragés par les retombées presse cette année » reconnaît Clémence Martin. « Nous avons eu une très bonne couverture sur internet. C’est plus que les années précédentes. Nous ne sommes plus dans une niche, beaucoup de personnes ont à cœur d’écrire sur ce sujet. J’y vois vraiment la main de Dieu. » Il s’agit parfois d’individus faisant partie de médias d’influence qui sont touchés par ces sujets et ouvrent des portes, diffusent des reportages, impriment des articles. « C’est parce que telle personne a à cœur ce sujet et que Dieu l’a permis que toutes nos informations peuvent arriver dans les médias » souligne Clémence Martin. Avant de finir par un verset : « Cela me fait penser à ce passage qu’on retrouve dans Proverbes 21 : Le cœur du roi est un courant d’eau dans la main de l’Éternel ; Il l’incline partout où il veut. »

Beaucoup de personnes ont à cœur d’écrire sur ce sujet. J’y vois vraiment la main de Dieu.

Clémence Martin.

Le monde et ses autorités ont entendu parler d’Asia Bibi, de son combat et de sa foi. Les médias ont repris cette affaire et mis en lumière la persécution que vit une Pakistanaise. N’oublions pas l’Église persécutée dans nos prières et prions pour que son cas d’Asia Bibi ne soit plus le seul à être entendu.

Pour aller plus loin

Asia Bibi et Anne-Isabelle Tollet, “Blasphème”, Éditions Oh!, mai 2011.

L’index de persécution des chrétiens publié par Portes Ouvertes.

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