La Première épître aux Corinthiens : clés de lecture

La Première épître aux Corinthiens : clés de lecture
Christophe Paya

La Première épître aux Corinthiens est un véritable manuel de vie chrétienne, et plus précisément même de vie d’Église, puisque les questions qu’elle soulève sont des questions de vie communautaire ou de rapport de l’Église au monde. Mais les problèmes, réflexions, questions et débats qui apparaissent au fil de la lecture sont tellement nombreux qu’on finit par se demander quelle est la logique d’ensemble de la lettre. Chaque partie est fascinante pour le lecteur qui s’intéresse à l’éthique, au culte, aux relations entre chrétiens, aux dons spirituels, à la gestion des conflits, à ce que le corps devient au-delà de la mort, et à bien d’autres choses. Mais le lecteur qui prend un peu de recul se demande quelle peut bien être cette Église qui soulève tant de questions et quel est le message global, s’il existe, de cette lettre aussi riche que variée.

Trois clés de lectures peuvent aider à s’y repérer, à condition bien sûr que l’on garde conscience que d’autres angles de lecture existent et que la Première épître aux Corinthiens est une serrure à clés multiples…

Clé n°1 : Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié, est au cœur de la vie et du message chrétien

La formule de 1 Corinthiens 2.2 est bien connue : « Je n’ai pas estimé devoir vous apporter autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. » Qu’y aurait-il d’autre, en effet, pour des chrétiens et des Églises qui se réclament du Christ ? Mais en pratique, il y a beaucoup d’autres « choses ». En fait, dès que l’occasion se présente, les Corinthiens (ou certains d’entre eux) se détachent de ce point central de leur vie individuelle et collective, pour gérer les choses à leur manière.

C’est Jésus-Christ qui donne la « forme » qui convient à la vie de l’Église

Au fil de la lecture, on pourra donc se demander ce que 1 Corinthiens 2.2 signifie. Dire « rien d’autre que Jésus-Christ » ne signifie pas que le champ des discussions se réduit à un seul sujet, mais cela veut dire qu’on peut parler de tout à la lumière de Jésus-Christ et de son œuvre à la croix. C’est Jésus-Christ (et Jésus-Christ crucifié) qui donne la « forme » qui convient à la vie de l’Église, aux relations entre chrétiens, aux repas collectif (et bien sûr à la Cène), aux cultes, et plus généralement à la vie d’Église et à la vie chrétienne. En pratique : comment l’Évangile est-il visible dans tous les aspects et toutes les dimensions de la vie et de l’action de l’Église ?

Clé n°2 : « Il n’y a plus ni riche ni pauvre… »

Non, en fait, 1 Corinthiens ne contient pas le fameux slogan de Galates 3.28 (ou de Colossiens 3.11) : « Il n’y a plus ni Juif ni non-Juif, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme. » Mais le message est là quand même, ce qui n’étonnera pas ceux et celles qui pensent qu’il y a, dans le Nouveau Testament, une unité d’ensemble. Les fameuses tensions corinthiennes, qui opposaient les chrétiens les uns aux autres (voir par exemple 1.11-12), étaient justement liées à la négation de ce principe d’égalité. À Corinthe, le message est : « Il y a des riches et des pauvres, etc. ; il y a toi et il y a moi, et nous ne sommes pas pareils ; en fait, je suis même très différent de toi… »

À Corinthe, le message est : « Il y a des riches et des pauvres, etc. ; il y a toi et il y a moi, et nous ne sommes pas pareils ; en fait, je suis même très différent de toi… »

Au fil de la lecture, on pourra chercher les indices de ces tensions : ils nous permettront de comprendre la manière dont l’inégalité revient dans l’Église si l’on oublie l’égalité fondamentale des croyants devant Dieu, en Jésus-Christ. Chercher les indices de tension peut paraître une quête négative, mais on cherchera parallèlement à comprendre la manière dont l’apôtre Paul fait sa contre-proposition. Une « contre-Église », si l’on veut (mais c’est en fait la version corinthienne qui était en contradiction avec l’Évangile). Positivement, on cherchera ce que change l’égalité entre les chrétiens en Christ en matière de cheminement spirituel (voir les « forts et les faibles », chap. 8), de conflits relationnels, de pratique des dons, etc. Et c’est évidemment l’amour du chapitre 13 qui est le tableau le plus abouti de cette nouvelle communauté que Paul propose aux Corinthiens.

Clé n°3 : La liberté est une responsabilité

Enfin, on peut difficilement passer à côté de la grande question de la liberté quand on lit la Première épître aux Corinthiens. La liberté, cette fameuse question philosophique, que certains ont été contraints de traiter le jour du bac…

On cherchera tout d’abord, au fil de la lecture, les traces de la conception corinthienne de la liberté. Pour certains Corinthiens, la liberté, c’est plus ou moins « tout est permis » (6.12 ; 10.23). Cela ne veut pas dire que les Corinthiens faisaient n’importe quoi (sauf quelques-uns quand même…) ; mais cela veut dire qu’ils définissaient la liberté indépendamment de l’orientation générale de la vie chrétienne, une orientation constructive.

L’apôtre ne nie pas la liberté. Il l’oriente.

Positivement, on cherchera à comprendre ce que Paul et ses lecteurs ont en commun, sur cette question de la liberté, et ce qui les différencie. Car l’apôtre ne nie pas la liberté. Il l’oriente. Il affirme la liberté chrétienne, il affirme sa propre liberté. Oui la foi en Christ rend libre. Sa réponse n’est pas le légalisme. Mais il fait remarquer que la liberté n’est pas une valeur absolue : elle va forcément dans une direction, elle est forcément inscrite dans un contexte. Selon la direction qu’elle prend, elle peut se changer en esclavage, ce qui est quand même incroyable ! Et selon le contexte, Paul appelle à ce que la liberté se manifeste de diverses manières, en tenant compte des autres.

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