Le Père Noël, Jésus et mon fils

Le Père Noël, Jésus et mon fils
Timothé Daniel

Nous sommes début décembre, la période de Noël va bientôt arriver avec son lot de joie, de festivités, et de bons moments en famille et entre amis. Le froid qui s’installe nous rappelle l’imminence de ce moment, et nous pouvons profiter, chacun à notre manière de ce temps de l’avent. Cette période de l’année est une de mes préférées, mais cette année elle est également teintée d’un petit questionnement : quid du Père Noël ?

En effet, il y a un peu moins d’un an mon épouse et moi avons eu l’immense joie d’accueillir dans notre foyer un petit garçon qui nous comble de joie et que nous efforçons d’élever de notre mieux. C’est donc tout naturellement que nous avons à cœur de lui montrer déjà, malgré son jeune âge, le sens de Noël, le vrai, tel que nous le comprenons à la lumière de la Bible. Mais dans cette démarche, quelle place donner (ou ne pas donner) au Père Noël ?

La base de la foi

Lorsque l’on parle du Père Noël, en réalité il est question de foi. Le Père Noël, qui « débarque » souvent accompagné de ses acolytes le lapin de Pâques et la petite souris dans la vie des enfants, est le sujet de leur foi. Les enfants qui croient au Père Noël, y croient avec une foi forte et inébranlable : ils sont persuadés que le Père Noël existe et que les cadeaux qu’ils reçoivent à Noël viennent de lui.

Cette foi est aussi pure et solide que la foi d’un enfant peut l’être, et pourtant, elle est basée sur une fable. Cet aspect peut paraître anecdotique et l’on pourrait se dire que le fait de croire au Père Noël permet aux enfants de se construire tout un imaginaire autour de Noël, qui participe au fait d’attendre et d’aimer cette fête.

Mais je me demande si nous avons besoin du Père Noël pour fournir à l’imaginaire de l’enfant un matériel « de qualité ». L’histoire biblique de Noël, telle que relatée dans les évangiles ne suffit-elle pas ? Nous y découvrons une jeune femme qui tombe enceinte miraculeusement et qui en est avertie par un ange, un autre ange qui rend visite à des bergers pour leur annoncer la nouvelle, des mages qui suivent une étoile jusqu’au lieu de la naissance, et pour finir, cette naissance précisément : le fils de Dieu lui-même qui naît sur Terre pour changer à jamais l’Histoire. N’y a-t-il pas là tout ce qu’il faut pour construire et alimenter tout un imaginaire ?

De plus, j’aimerais poser une question que les parents préfèrent peut-être éviter : que se passe-t-il lorsque l’enfant apprend que le Père Noël n’existe pas ? Il pourra, je pense, au mieux le prendre très bien, au pire se sentir trahi. Mais une chose demeure : ses parents lui ont fait croire dur comme fer à quelque chose qui n’existe pas. Quelle différence alors entre ce que ses parents lui ont appris sur le Père Noël et ce qu’ils lui ont appris sur Dieu ? Cette foi si pure et si solide dont je parlais plus haut ne risque-t-elle pas d’en sortir « abîmée » ?

L’apprentissage de la reconnaissance

Le Père Noël nous pose aussi la question de la reconnaissance. Comme tous parents je pense, nous avons le désir d’apprendre à notre fils la reconnaissance.

Mais comment lui enseigner cela lorsqu’en ouvrant ses cadeaux il s’écriera : « Merci Père Noël » et non pas « Merci Mamie » quand la mamie en question se trouve juste à côté de lui après avoir écumé tous les magasins (ou les sites web) pour trouver LE jouet précis qui se trouvait sur sa liste de cadeaux, dans LE coloris précis évidemment ?

On pourrait m’opposer qu’il s’agit bien de reconnaissance dans la réaction que je décris. Oui, c’est vrai, mais je me pose aussi la question de l’attachement : à qui mon enfant s’attache-t-il, et suis-je en accord avec cela ? De manière automatique nous nous attachons aux personnes qui nous manifestent leur attention et leur amour, parfois par le moyen de cadeaux.

En l’occurrence, suis-je d’accord avec le fait que mon enfant s’attache à un personnage fictif, en l’encourageant à croire que ce personnage est réel ? J’aurai, il est vrai, d’autres occasions pour enseigner la reconnaissance à mon fils, mais pourquoi ne pas déjà tirer profit de celle-ci ?

Apprendre la reconnaissance, c’est apprendre à dire merci, à le faire vraiment. Parfois en déposant un bisou sur la joue d’un oncle alors que sa barbe pique, parfois en appelant une tante dont on sait qu’elle va nous tenir la jambe pendant une heure au minimum… Bref, dire merci, être reconnaissant c’est aussi s’impliquer. Mais je me vois mal enseigner cette implication dans la reconnaissance à mon fils s’il est persuadé que son cadeau lui vient d’un personnage lointain et inaccessible, d’autant plus s’il pense que ses cadeaux lui sont « dus » parce qu’il a été sage.

L’apprentissage de la grâce

Et pour finir, que nous dit le Père Noël sur la grâce ? Eh bien précisément rien ! L’histoire que l’on raconte aux enfants pour leur faire croire au Père Noël met en avant un système où les enfants sages sont récompensés par le Père Noël qui leur offre des cadeaux, tandis que les enfants qui ne sont pas sages soit ne reçoivent pas de cadeau, voire même sont punis par le Père Fouettard, selon les versions.

Un système où chacun ne reçoit donc que ce qu’il mérite, c’est littéralement l’inverse de la grâce. Pourquoi alors substituer cette histoire à la vraie, celle de la Bible, lorsqu’au contraire, la vraie histoire m’offre un magnifique tremplin pour expliquer la grâce à mon enfant ? Je pourrai alors lui expliquer que contrairement au Père Noël qui ne fait de cadeaux qu’aux enfants qui le méritent, Jésus nous a fait le plus beau des cadeaux en se sacrifiant pour nous alors que nous ne le méritions pas et que c’est pour célébrer cela que nous nous échangeons des cadeaux à Noël même si bien souvent nous ne les méritons pas.

Conclusion

Faut-il alors chasser complètement le Père Noël de nos foyers ? Bien sûr que non ! Ces réflexions sont les miennes et ne sont en aucun cas normatives. Mais au moins réfléchir à la question, quelle que soit au final la réponse que l’on choisit d’y donner, me semble important.

On pourrait aussi plaider pour une position intermédiaire, qui tenterait d’allier la tradition du Père Noël aux objections que cet article soulève, ou le fait de conserver cette histoire avec son aspect fictif, sans chercher à la présenter comme vraie… Les bonnes idées et les solutions ne manquent pas j’en suis sûr, et elles pourront nous apporter un équilibre nécessaire, tout en étant attentif à agir par conviction, comme Paul nous invite à le faire en Romains 14.23: « Tout ce qui ne provient pas d’une conviction de foi est péché. ».

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