Les Proverbes, un projet de formation de la personne

Les Proverbes, un projet de formation de la personne
Robin Reeve
Auteur:

Une piété sans vertu? Si bien des croyants sont attachés aux pratiques de la piété (prière, louange, méditation de la Bible, vie d’Église), ils présentent souvent des lacunes quant au développement des vertus promues par les Écritures : manque de loyauté, de discipline, de bon sens, de persévérance, de patience, de courage, d’humilité. C’est parfois le simple savoir-vivre qui fait défaut : saluer, demander, remercier, présenter des excuses.

Connaissance, action, relation

Au-delà de la belle diversité culturelle de l’humanité qui implique différents codes sociaux, la révélation biblique propose de développer un comportement suivant des références universelles.

Le livre des Proverbes nous enseigne la sagesse. Celle-ci n’est pas une simple accumulation de savoir : elle vise à donner à la personne la capacité d’agir et d’entrer en relation avec la société, en développant une attitude intérieure marquée par l’amour et la bonté. Comme l’explique l’excellent spécialiste de la littérature de sagesse Bruce Waltke : « En tant que cours et source de la sagesse biblique, le livre des Proverbes demeure le modèle du curriculum de l’humanité, pour apprendre comment vivre selon Dieu et au sein de l’humanité[1]. »

[La sagesse] vise à donner à la personne la capacité d’agir et d’entrer en relation avec la société, en développant une attitude intérieure marquée par l’amour et la bonté

Commençant par une série d’enseignements d’un père à son fils, « le livre des Proverbes est aussi un livre de vertus, d’abord écrit pour des jeunes[2]. » Pourquoi n’essaie-t-on pas de développer une formation aux vertus à partir, notamment, des neuf premiers chapitres des Proverbes ? Ne serait-ce pas prendre au sérieux le propos premier de ce texte inspiré ? Un groupe de jeunes ne pourrait-il pas tirer bénéfice des enseignements des Proverbes ? Ébauchons ici quelques pistes pour redécouvrir le projet de formation de la personne de ce livre négligé.

Le livre des Proverbes est aussi un livre de vertus, d’abord écrit pour des jeunes

Les chemins de l’apprentissage

La variété des moyens pédagogiques présentés dans les Proverbes peut inspirer nos stratégies d’enseignement : la correction mesurée (Pr 19.18-19) ; le reproche instructif (Pr 9.8) ; l’apprentissage par cœur (Pr 7.2-3); l’exercice du discernement à partir de valeurs morales intégrées (un verbe et ses dérivés évoque tout particulièrement la capacité à faire la différence entre deux réalités, à porter un jugement moral) ; la capacité d’observer la vie, dont les animaux (Pr 30.18-19) …

Les trois formes de savoir réunies

En pédagogie, on évoque souvent le savoir, le savoir-faire et le savoir-être. La sagesse biblique les intègre et les exprime. Et, en annonce de son projet de formation, le livre des Proverbes présente l’interrelation entre ces dimensions dans ses premiers versets (Pr 1.1-7). Là où certains commentateurs n’y voient qu’un empilement peu organisé de vertus (l’accumulation pouvant porter en elle l’expression de la richesse et de la diversité de la sagesse), le théologien William Brown y perçoit au contraire, non seulement « une déclaration d’intention générale[3] », mais « une structure concentrique serrée et ouvragée[4] » qui précise son but de formation aux vertus.

En pédagogie, on évoque souvent le savoir, le savoir-faire et le savoir-être. La sagesse biblique les intègre et les exprime

Son observation a beaucoup de mérite et je propose que nous conduisions notre réflexion à partir d’elle.

Encadrant la structure, sont placées les vertus intellectuelles (sagesse et instruction – v. 2a et 7) accompagnées de leur expression littéraire (paroles de discernement, sentence, parabole, paroles de sages et leurs énigmes v. 2b et 6) ; puis les vertus instrumentales (instruction pour réussir, sagacité, connaissance et prudence, perspicacité, art de diriger – v. 3a et 4-5), qui peuvent être développées pour le meilleur comme pour le pire ; enfin, et c’est le cœur de la présentation, les vertus morales servant la communauté (justice, droit et intégrité v. 3b). Ainsi le savoir doit être accompagné de savoir-faire, ces deux dimensions servant au développement du savoir-être, qui place la personne au service du bien des autres.

La crainte de YHWH, point d’orgue épistémologique

« La crainte de YHWH est commencement de connaissance ». Cette révérence est la référence de base pour toute la formation. Commencement chronologique de la sagesse, elle présente une dimension rationnelle : elle implique une instruction divine (une torah, faite d’instructions et de lois) qu’on peut enseigner, mémoriser et appliquer. Mais elle a aussi un côté non rationnel, étant une réponse affective de respect, d’amour et de confiance – le Deutéronome relie ainsi amour et crainte de YHWH (par ex. Dt 5.29, Dt 6.2 et Dt 6.5). Enfin, l’on peut voir derrière cette prémisse l’œuvre de l’Esprit saint, qui inspire au croyant le respect pour Dieu, qui éclaire son intelligence, qui guide son action.

Enfin, l’on peut voir derrière cette prémisse l’œuvre de l’Esprit saint, qui inspire au croyant le respect pour Dieu, qui éclaire son intelligence, qui guide son action

Alors, qui se lancerait dans l’organisation d’une telle formation ? Ce petit mot pourrait, devrait – rêvons un peu ! – déboucher sur l’organisation d’une formation de la personne, en particulier des jeunes à la veille de la vie active. Chiche ?

« Écoutez, mes fils, l’instruction d’un père, et soyez attentifs pour connaître le discernement ! » (Pr 4.1).

 

[1] Bruce K. Waltke, The Book of Proverbs. Chapters 1-15, NICOT, Grand Rapids/Cambrige, 2004, p. xxi.

[2] William P. Brown, Character in Crisis. A Fresh Approach to the Wisdom of the Old Testament, Grand Rapids, Eerdmans, 1996, p. 22.

[3] Brown, Character, p. 24.

[4] Brown, Character, p. 25.