Liberté, égalité, fraternité ?

Liberté, égalité, fraternité ?

Malgré des élans de solidarité en cette période de crise sanitaire, un simple regard aux actualités sociales nous montre que la fraternité est en difficulté. On rejette l’étranger, on refuse la différence, au point de devenir violent. Méfiance, intolérance, harcèlement. Le vivre ensemble semble bien fragile aujourd’hui. La devise française est « Liberté, égalité, fraternité » mais où est la fraternité aujourd’hui ? Ces problèmes ne datent pas d’aujourd’hui, l’acceptation du prochain a toujours été problématique. Dans son rapport à l’autre, Jésus propose une fraternité pas comme les autres, plus radicale, plus authentique finalement. Il la présente par trois enseignements :

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Mc 12.31)

L’amour dont il est question ici n’est pas l’amour sentimental ou amical. Il ne s’agit pas d’être ami avec tout le monde ! Jésus parle ici de la bienveillance : c’est un amour actif et volontaire. C’est une attitude globale positive envers l’autre qui ne soupçonne pas le mal et qui lui veut du bien. Mais ça n’exclut pas la lucidité, la prudence ou les désaccords.
Pour Jésus, cette attitude commence déjà avec soi-même (« comme toi-même »). C’est l’idée d’avoir une juste vision de soi et d’accueillir tout ce qu’on est, à la fois nos forces et nos faiblesses, et sans illusions. Aimer son prochain comme soi-même, c’est aussi mettre l’autre dans nos propres souliers, autrement dit : faire aux autres ce qu’on aimerait que l’on fasse pour nous (Lc 6.31).
Tout cela – aimer autrui et soi-même – n’est possible que si l’on est préalablement aimé par quelqu’un en qui on peut puiser cet amour. Qui d’autre que Dieu comme source intarissable d’amour et de bienveillance ? Et on peut se sentir aimé par Dieu parce qu’il nous a montré son amour parfait et abondant avec Jésus : « Mais voici comment Dieu a prouvé son amour pour nous : le Christ est mort pour nous, et pourtant, nous étions encore pécheurs. » (Ro 5.7-8) Grâce à Jésus, nous pouvons vivre la fraternité avec notre prochain.

La bienveillance […] c’est une attitude globale positive envers l’autre qui ne soupçonne pas le mal et qui lui veut du bien.

La parabole du bon Samaritain (Lc 10.30-35)

Dans cette parabole, Jésus répond à la question : qui est mon prochain ? Comme si on pouvait s’abstenir d’aimer certaines personnes, comme si certaines personnes ne rentreraient pas dans notre sphère fraternelle. Notre réflexe humain, c’est de demander jusqu’où on doit aller pour aimer. Et bien, pour Jésus, il n’y a pas de limites à l’amour. Son histoire est choquante pour l’époque. Le Samaritain, c’est l’ennemi des Juifs, c’est le voisin qu’on n’aime pas, ce n’est pas quelqu’un de bien. Et pourtant, c’est lui le modèle d’amour, de compassion, de solidarité, de fraternité. Ça parle ! Jésus nous interpelle, il nous demander d’aimer, même notre ennemi…

« Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. » (Matthieu 5.39)

Par cette petite phrase, Jésus explique le comment de la fraternité. Il dit que c’est par la non-violence. Jésus est un des plus grands et plus bels exemples de non-violence. La non-violence, c’est la recherche de la paix. C’est recevoir l’agression sans la renvoyer. C’est pour cela qu’il utilise l’image de la joue tendue, parce que notre réflexe naturel c’est de riposter. (Imaginez-vous en situation !) Justement, la non-violence appelle à casser le cycle infernal de la violence en ne rendant pas le mal pour le mal. Cela demande une certaine force. La non-violence est plus puissante qu’elle n’y parait. Ça ne consiste pas à rester passif ou à se laisser marcher dessus. Non. C’est une confrontation active. Tendre l’autre joue, c’est mettre l’agresseur en face de son acte et lui dire qu’on ne le laisse pas nous humilier, qu’on reste un être humain, qu’on peut tenir tête sans entrer dans la logique de la violence.

La non-violence appelle à casser le cycle infernal de la violence en ne rendant pas le mal pour le mal.

La non-violence, c’est aussi une réflexion patiente qui cherche d’autres moyens plus constructifs que la violence. Comme le dit Frédéric De Coninck : « La non-violence, ce n’est pas rester les bras croisés et attendre qu’on nous gifle, c’est tendre l’autre joue de manière créative. » (Tendre l’autre joue ? La non-violence n’est pas une attitude passive, Marne-la-Vallée, Farel, 2012.) En fin de compte, la violence, c’est la facilité, mais ça ne résout pas le problème. En étant non-violent, on montre à l’agresseur qu’on est plus fort que lui et qu’on préfère respecter sa dignité d’être humain au lieu de rentrer dans son jeu. C’est une manière de lui tendre la main. On espère aussi qu’il se remette en question et qu’il développe une attitude plus fraternelle à notre égard.

L’Église, lieu de la fraternité

Jésus nous appelle à manifester l’amour fraternel à notre prochain. Il nous le demande tout particulièrement pour nos frères et nos sœurs en Christ. Car il veut que son Église soit le lieu dans la société où les gens puissent trouver la réconciliation, le pardon. Il veut qu’elle soit un avant-goût de ce qu’on espère pour notre société. Alors face à nos défis relationnels dans l’Église, tournons-nous vers Jésus qui peut nous aider à surmonter le mal par le bien.

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