Noir et blanc ?

Noir et blanc ?
Gérald Bray
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C’est en 2020 que la mondialisation, déjà annoncée (et parfois dénoncée) depuis des années, est finalement devenue une réalité incontestable. Pour la première fois depuis la création de l’humanité, le monde entier se trouve réuni, du fait de la Covid-19, dans une prison universelle où la solidarité imposée par la peur commune de la mort crée de nouvelles alliances parmi les victimes. Une de ces alliances est celle des « damnés de la terre », des peuples opprimés et défavorisés qui font enfin entendre leur voix. Le sort de George Floyd, un Afro-Américain tué par la police à Minneapolis, a produit une réaction extraordinaire à travers le monde. M. Floyd n’est certes pas la première victime de la brutalité policière, un phénomène qui aux États-Unis fait partie de la culture de violence qui caractérise ce pays, mais la réaction que sa disparition a provoquée est sans précédent. 

Une vague de contestation a inondé les grandes villes, non seulement en Amérique, mais aussi en Europe et même en Australie. Les minorités culturelles, et surtout les minorités de couleur, interrogent les sociétés occidentales sur les discriminations qui remontent à l’époque de la colonisation et de l’esclavage pratiqués par des civilisations dites « chrétiennes ». Même si l’esclavage a depuis longtemps disparu, la mémoire est toujours présente dans la population concernée qui n’hésite pas de critiquer la cécité et l’ignorance – voulues ? – de la majorité blanche. Les chrétiens, impliqués historiquement et politiquement dans l’affaire, ne peuvent pas se taire, mais comment répondre à un mouvement qui est à la fois enraciné dans des émotions existentielles et influencé par certaines idéologies hostiles à la foi ? Dans ces conditions, pouvons-nous arriver à un dialogue rationnel et conséquent ?

Il n’existe pas de formule magique qui puisse faire disparaître le fléau séculaire du racisme mais les chrétiens disposent de certains principes bibliques qui doivent guider notre pensée et qui peuvent être appliqués dans les circonstances dans la vie quotidienne. Considérons les points suivants …

Principes clés

Le genre humain est un. La Genèse nous enseigne que nous sommes tous les fils d’Adam et Ève, et que nous partageons leur substance humaine à part entière. Il n’y a pas d’humains inférieurs aux autres à cause de leur création car nous sommes tous créés en image et à la ressemblance de Dieu. Les différences de langue, de culture, de couleur, et même de sexe sont réelles – mais secondaires. Devant notre Père céleste nous sommes tous égaux.

Les hommes sont tous pécheurs. Le « bon sauvage » imaginé par le philosophe Jean-Jacques Rousseau et d’autres n’existe pas – la Polynésie traditionnelle n’était pas un paradis protégé contre les maladies de la civilisation. Le mal n’est pas externe mais interne, car le péché n’est pas un défaut dans la composition de la création mais le fruit de la désobéissance de l’être humain qui a rompu ses liens spirituels avec le Créateur.

Il n’y a pas de solution pour le péché dans le monde matériel. Ni la législation, ni les subventions économiques ne sauraient résoudre les injustices qui résultent de la chute de l’être humain. Cette chute fut le résultat d’une duperie satanique, mais les remèdes proposés par les savants de ce monde sont également décevants. Un problème spirituel ne peut être résolu que spirituellement, ce qui implique la nécessité d’une intervention divine.

Dieu nous a offert la guérison de notre maladie spirituelle dans l’incarnation de son Fils unique, Jésus-Christ, qui est venu dans le monde afin d’accomplir la justice divine. Cette justice exige l’expiation définitive du péché qui est intolérable aux yeux de Dieu. Par sa vie terrestre, le Fils a démontré qu’une vie sans péché est possible – ce qui rend l’homme pécheur encore plus coupable – et par sa mort sacrificielle cet homme parfait a payé la dette de nos transgressions. La justice que nous ne pouvons pas obtenir par nos propres efforts nous a été octroyée par sa grâce, ce qui rend le pécheur « juste ». Ce paradoxe – résumé admirablement par la phrase passée à la postérité de Martin Luther simul iustus et peccator (à la fois juste et pécheur) – est le fondement non seulement de la vie chrétienne mais de la vie tout court. Sans le pardon obtenu par la grâce divine, l’être humain, aussi brillant, doué, riche, puissant soit-il, n’est qu’un cadavre à la recherche de sa sépulture. Nous pouvons construire des tombeaux élégants et impressionnants, mais même la Grande Pyramide ne peut que gratter le ciel sans pouvoir y entrer. Le Fils de Dieu en revanche est entré dans la gloire céleste où il est assis à la droite du Père qui nous pardonne par le sang versé par son Bien-Aimé.

À la suite de l’expiation de nos péchés, le Fils de Dieu nous a envoyé son Esprit afin de créer une nouvelle humanité. Le vieil Adam subsiste toujours en nous, mais il est transformé. La nouvelle humanité est une famille spirituelle dans laquelle nous sommes frères et sœurs. Juifs et Grecs, hommes et femmes, esclaves et maîtres – peu importe. Ces distinctions n’existent plus qu’au niveau terrestre. Dans le royaume spirituel du Fils, elles ne comptent pour rien. La fraternité est un idéal humaniste mais les humanistes ne reconnaissent pas le Père qui a engendré les fils-frères. La vraie fraternité n’est réalisée qu’au sein de l’Église, qui est le don offert au Père par son Fils unique. Voici le principe qui doit nous guider dans la situation actuelle. Le scandale du racisme américain se voit surtout dans l’existence en parallèle des Églises « blanches » à côté des Églises « noires ». Les causes de cette anomalie théologique sont historiques, bien sûr, mais cela ne saurait la justifier. Nous pouvons nous réjouir du fait qu’en Europe nous avons évité ce type de division, au moins jusqu’à présent, mais le futur n’est pas garanti. La fraternité interculturelle n’est pas assurée par la nature – comme toute fraternité réelle, elle est un don de l’Esprit pour lequel nous devons prier et que nous devons protéger avec vigilance.

Il n’y a pas d’humains inférieurs aux autres à cause de leur création car nous sommes tous créés en image et à la ressemblance de Dieu

Une visée à maintenir

L’Église ne gagnera pas seule la lutte contre le racisme, mais nous ne devons pas oublier le fait que nous sommes appelés à devenir le sel de la terre et la lumière du monde. Les principes de base qui pourront nous aider à discerner la volonté de Dieu dans nos communautés chrétiennes doivent être mis au service de la société plus large, qui ne trouvera pas d’autre solution. Certes, la perfection n’existe pas dans ce monde et il y aura toujours des échecs et des malentendus qu’il faudra confesser dans un esprit de repentance et de réconciliation. Mais comme l’apôtre Paul l’aurait dit, dans le royaume de Dieu, il n’y a ni noir ni blanc. Nous sommes tous un en Christ, le seul Juge et la seule source de notre justice et de notre salut. Que cela soit notre témoignage évangélique – individuel et collectif – face aux défis sociaux de notre temps.

Comme l’apôtre Paul l’aurait dit, dans le royaume de Dieu, il n’y a ni noir ni blanc.

1 Commentaire

  • Bourgois 5 novembre 2020 10 h 13 min

    Question esclavage, les blancs sont-ils plus responsables que les noirs sur la question de l’esclavage ? Les chrétiens plus que les animistes ou les musulmans ? Il faut être vraiment partiel et adopter un point de vue politique ethno-centré pour se permettre de trancher. Les tords sont partagés. Si en tant que chrétien nous voulons demander pardon pour les fautes de nos ancêtres, c’est une attitude juste devant Dieu, mais si nous faisons un pas de réconciliation parce que notre conscience nous y appelle nous pensons en retour que cet acte appelle une réciproque. Les noirs du nouveau continent s’ils dénoncent les blancs, ils le font à juste titre mais la bonne mesure serait aussi qu’ils dénoncent les noirs du continent africain de la même façon, car ils les ont vendu, et que dire des noirs venus en France où ils ont épousé la cause des blancs. Ah mais peut-être que ceux-là diront qu’ils ne sont pas concerné par la faute des blancs ? Mais alors sont-ils vraiment français ? Epousent-ils vraiment la citoyenneté française ? Et les français d’origine allemande ou russe ou d’ailleurs encore doivent-ils aussi être mis en cause ? Vous voyez l’imbroglio d’une telle démarche. Les fautes de mon pays ne sont pas mes fautes, mais comme chrétien à l’image de mon modèle, Jésus, par lui et en lui je porte les fautes de mon pays mais je réfute toute accusation d’esclavage qui me serait faite ou qui serait faite à ma génération. Et je dénonce comme infondée toute accusation qui me serait faite à titre individuelle ou collective, l’accusation de la fable du loup et de l’agneau est beaucoup trop facile, “si ce n’est toi, c’est donc ton frère – je n’en ai point – c’est donc quelqu’un des tiens ! L’esclavage et le mépris ont été le fait de certains mais pas de tous, la domination coloniale a peut-être brisé des vies elle en a exalté d’autres. Dans ce domaine comme dans bien d’autre la règle c’est que l’amalgame est à proscrire. Il est pratique si on veut des boucs émissaire, mas il n’y en a qu’un pour le Chrétien, Jésus le Nazaréen !

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