La PMA pour tous ? Partie 2 – Réflexions éthiques et pastorales

La PMA pour tous ? Partie 2 – Réflexions éthiques et pastorales

Si nous pouvons rejoindre les positions et les arguments adoptés sur l’autoconservation ovocytaire et sur la GPA (Gestation pour autrui), l’avis favorable rendu pour l’extension de l’IAD (insémination artificielle avec donneur) aux couples de femme et aux femmes seules heurte les convictions évangéliques, tant le cadre du couple et son caractère hétérosexuel sont conçus dans cette perspective comme des fondements intouchables à la parentalité. Mais au-delà d’une opposition claire à ces trois pratiques, il nous semble utile de proposer quelques remarques éthiques et pastorales.

Si vous n’avez pas lu le premier article de cette série, c’est par ici : Partie 1 – les différentes techniques de PMA

Remarques éthiques

« PMA pour toutes, GPA pour tous »

Si le dispositif législatif français s’avère pour l’heure assez préservateur, il ne faudrait pas être naïfs sur les évolutions à venir. En effet, l’avis du CCNE est certes consultatif mais il compte politiquement, et l’extension de la PMA fait partie des promesses et de l’agenda gouvernemental. Plus profondément, nous ne pouvons que constater la pression sociale qui s’exerce depuis la fin des années 1960 pour la promotion d’une liberté-indépendance, liberté-droit de faire ce que je veux. Or il y a aujourd’hui un cocktail dangereux entre ces dérives de l’individualisme libéral et les potentialités techniques de maîtrise du vivant. Tout l’intérêt des lois bioéthiques est d’essayer d’encadrer les progrès techniques par un jugement éthique. Mais nous constatons leur tendance à s’assouplir de plus en plus, au nom d’un désir individuel tendant à devenir quasiment un droit. Dans la Bible, la fécondité n’est pas un droit mais un don de Dieu (Gn 1.28). L’appel à la fécondité n’est pas contredit par la chute (Gn 9.1), mais la stérilité semble faire partie des conséquences de la chute. Les enfants sont ainsi reçus comme une bénédiction (Ps 127.3-5), et la stérilité vécue comme une tragédie (Sara, Anne, etc.). Si l’enfant est une grâce, il est donc assez aisé pour nous de justifier l’absence d’un droit à l’enfant. Mais, dans une vision du monde individualiste, sur quel principe l’enfant pourrait-il être plus important que le désir du parent ? Sur quel principe légitimer la souffrance de l’infertilité quand la technique permet d’y remédier ?

Le CCNE dénonce largement, et à juste titre, la marchandisation de la vie humaine.

La pression du marché procréatif pousse également à faire tomber les barrières législatives. Le CCNE dénonce largement, et à juste titre, la marchandisation de la vie humaine et les injustices sociales qu’implique le marché de la GPA. En revanche, il ne mentionne pas les mêmes phénomènes impliqués par l’extension de la PMA : le stock de gamètes, dans un système de gratuité du don, est insuffisant, et il faut soit renoncer à la gratuité, soit acheter des gamètes à l’étranger. Or ce sont les pauvres qui donnent leurs gamètes, comme ils prêtent leur utérus. La PMA et la GPA vivent de la pauvreté. La dénonciation de l’oppression sociale est vive dans l’Écriture : c’est un point clé sur lequel nous sommes appelés à ne pas lâcher.

Craindre l’avènement d’une société de « fabrication d’enfants » est-il d’un pessimisme excessif ? Je ne le pense pas, tant la Bible prend au sérieux l’esclavage du péché et la puissance du désir de maîtrise de l’être humain. Il y a ainsi selon nous un « effet domino » difficile à stopper à partir du moment où certaines barrières éthiques tombent (comme le critère du couple et de l’hétérosexualité de celui-ci pour l’accès à la PMA). L’expérience des pays étrangers appuie cette thèse. On peut ajouter le poids dans notre pays d’une certaine conception « progressiste » de l’égalisation des droits. Enfin, si la PMA et la GPA ne sont pas encore autorisées par la loi, elles le sont déjà en pratique car un couple peut aller à l’étranger, revenir, et faire une démarche d’adoption pour le parent non biologique.

Ne vaut-il mieux pas encadrer une pratique par la loi pour mieux la contrôler ?

Il n’est pas en soi illégitime bibliquement qu’une loi humaine autorise le mal pour « minimiser les dégâts ». On peut penser à la loi de Moïse sur la répudiation dont Jésus dit : « c’est à cause de la dureté de vos cœurs que Moïse vous a donné ce précepte » (Mc 10.6). On pourrait prendre plus généralement l’exemple du système de lois sociales données par Dieu au peuple d’Israël comme modèle-type de lois adaptées à un monde corrompu.

Cela étant dit, il ne faudrait pas prendre le réalisme des lois bibliques comme un prétexte pour autoriser une pratique où il est question de faire d’un don tel que la vie et d’une structure créationnelle comme la famille des sujets d’expérimentations ! Dire « de toute manière la PMA pour toutes et la GPA existent donc autorisons-les », n’est-ce pas faire preuve d’une forme de démission éthique ? L’institutionnalisation de l’absence de père devrait aussi nous interroger. En effet, en ouvrant la PMA tel que prévu, nous créerons délibérément des familles sans père.

Une éthique chrétienne peut également facilement affirmer l’illusion qui consiste à compter sur la loi pour dompter les sentiments humains.

Une éthique chrétienne peut également facilement affirmer l’illusion qui consiste à compter sur la loi pour dompter les sentiments humains. L’histoire de Sara et Hagar, qui serait le cas biblique se rapprochant le plus d’une situation analogue à une situation de GPA, sonne comme avertissement, tant l’intérêt des personnes en ressort largement mis à mal.

La Bible nous met enfin en garde contre l’inventivité de l’homme pour contourner la loi. Ainsi, croire qu’en autorisant la GPA on parviendra à la maîtriser, à plus forte raison dans le contexte mondialisé dans lequel nous sommes, nous semble assez naïf.

Vaut-il alors la peine de se mobiliser sur ces sujets ?

Je crois que oui. En effet, une loi ne serait a priori que pour 2019. Il est donc encore temps de travailler car il n’y a « ni de GPA ni PMA éthique ».

L’action d’un mouvement comme « la Manif pour tous » et ses différentes ramifications emporte l’adhésion inconditionnelle de certains. D’autres se montrent plus sceptiques, non pas tant pour les positions éthiques défendues que pour son positionnement politique, au sens partisan et de positionnement vis-à-vis du politique. Or nous n’avons pas, à titre dénominationnel ou individuel, les mêmes sensibilités et convictions à ce sujet.

Il me semble en tout cas questionnable de ne rien faire, dans la mesure où les petits et pauvres sont mis en danger par ces évolutions (les enfants et les mères porteuses), et dans la mesure où les fondements de la société sont touchés. La voix de ceux qui sont sensibles aux raisonnements de l’éthique chrétienne peut se faire entendre dans le concert de la société civile, et elle peut se servir des arguments du CCNE qui sont des arguments rationnels audibles par nos contemporains.

Défis pastoraux

Il y a d’abord de manière générale tout le défi que représente pour les Églises évangéliques une juste pastorale des homosexuels. Nous renvoyons ici au document « Aimer mon prochain homosexuel » de la Commission d’éthique protestante évangélique qui nous parait une approche empreinte d’amour et fidèle à la vérité biblique . Cependant, compte tenu de la rhétorique qui tend à faire équivaloir refus de l’extension des droits civils aux homosexuels et homophobie, il faut avoir conscience que nous risquons d’être de plus en plus considérés comme homophobes. L’exhortation de Pierre nous semble ainsi pertinente : « Bien-aimés, je vous encourage, comme des exilés et des étrangers, à vous abstenir des désirs de la chair qui font la guerre à l’âme. Ayez une belle conduite parmi les gens des nations, pour que, sur le point même où ils vous accusent de faire le mal, ils voient vos belles œuvres et glorifient Dieu au jour de son intervention » (1 P 2.11-12). À cet égard, il nous faut, si tel est le cas, savoir nous repentir de ce qu’il y a en nous d’homophobie.

Toute une réflexion quant à l’accompagnement des couples chrétiens stériles nous semble par ailleurs à mener. En effet, il est aujourd’hui plus compliqué d’avoir des enfants et il y a une banalisation du recours aux technique d’AMP, sans toujours l’accompagnement nécessaire en termes de discernement éthique des enjeux de ces pratiques. Nous le croyons : les enfants sont une grâce de Dieu, non un droit. Mais pour l’être humain, chrétien compris, l’absence d’un enfant peut être une grande souffrance, qui peut conduire à ce que le désir d’enfant dépasse le désir de Dieu. Nous pouvons aussi nous interroger sur la manière dont l’Église considère les couples sans enfant. Il peut être une bonne nouvelle de nous rappeler que le mandat créationnel de fécondité biologique demeure dans la nouvelle alliance mais que le mandat donné par le Christ est celui de la fécondité spirituelle (Mt 28.19). Ne pas avoir d’enfant peut être vécu comme la possibilité d’une disponibilité particulière pour le service (1 Co 7.32-35) : une bonne nouvelle pour les couples sans enfants et pour tous les célibataires.

Pour l’être humain, chrétien compris, l’absence d’un enfant peut être une grande souffrance, qui peut conduire à ce que le désir d’enfant dépasse le désir de Dieu.

Il y a enfin un enjeu pédagogique décisif au niveau de l’éducation de nos enfants et jeunes aux questions de sexualité et aux problématiques éthiques mentionnées. Or il ne s’agit pas que de leur donner la « bonne morale » mais il nous faut savoir leur donner le goût de la bonté de la vision biblique à ces sujets. Un défi, pour lequel nous devons compter sur l’Esprit de Dieu.

 

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