Qui sont les évangéliques ? Recul critique sur le dossier du journal Libération

Qui sont les évangéliques ? Recul critique sur le dossier du journal Libération

Quand la presse française lance un dossier sur les évangéliques, on peut s’attendre à tout. Mais au-delà de la critique des raccourcis et d’autres erreurs, il est possible d’en retirer une autocritique constructive. C’est l’approche de cet article qui veut nous interpeller sur notre théologie et nous faire réfléchir sur l’Église universelle. 

La polémique des médias… vraie ou fausse ?

Les premières réactions évangéliques légitimes à l’encontre des articles du dossier « Évangéliques » publiés par le journal français Libération le 16 mai 2019 ont dénoncés les raccourcis et amalgames présentés médiatiquement au public. La réflexion qui suit propose de prendre du recul afin de dégager quelques éléments d’interpellation actuels pour le monde évangélique francophone. En effet, la presse ne tire que rarement ses sujets polémiques du néant, ce qui devrait déboucher à une autocritique honnête et sérieuse des milieux évangéliques afin de répondre aux problématiques qu’ils rencontrent en leur sein.

Un dossier très chargé… qui ne parle pas de la France

Bien que le dossier « Évangéliques » ait tenté de réunir ses divers articles sous le label de la foi en politique (la laïcité est un thème très vendeur en France !), les sujets présentés sont très variés : l’influence des évangéliques dans les élections et votations aux USA, l’essor sociétal des mouvements néo-charismatiques de Corée du Sud, l’organisation de voyages pro-Israël dans des colonies juives, ou encore les pratiques animistes controversées de l’Église du Christianisme Céleste en Centrafrique. Il serait par conséquent très long de critiquer chaque sujet séparément pour en relever les approximations ou les erreurs, comme l’affirmation de l’immunité fiscale sud-coréenne en matières ecclésiales alors que le pasteur Cho a été condamné pour fraude ou encore l’assimilation de l’Église du Christianisme Céleste en Centrafrique aux Églises évangéliques.

Les reportages créent un amalgame entre les mouvements évangéliques extérieurs à l’Europe et les mouvements français très divers dans leurs pratiques.

La critique principale à faire au dossier « Évangéliques » ne relève toutefois pas des faits, vrais ou faux, mais de la pertinence de l’information par rapport au contexte français, puisque le média s’adresse essentiellement à un public résidant dans l’Hexagone. En effet, les reportages ne traitent aucunement de l’évangélisme en France et créent un amalgame entre les mouvements évangéliques extérieurs à l’Europe et les mouvements français très divers dans leurs pratiques (il n’est fait référence au CNEF que dans l’édito de Bernadette Sauvaget, et ce, sans lui donner de place pour s’exprimer).

Ce qui dérange davantage le lecteur évangélique c’est la réalité du monde évangélique si divers dont il fait partie, et dont certaines dérives ne sont pas toujours aussi loin qu’on aimerait pouvoir le dire.

Évangélisme d’ailleurs et évangélisme de France…

Il est temps de relever ce qui dérange davantage le lecteur évangélique. Il s’agit de la réalité du monde évangélique si divers dont il fait partie, et dont certaines dérives ne sont pas toujours aussi loin qu’on aimerait pouvoir le dire… Certes les excès ou les doctrines particulières ne trouvent pas un soutien massif dans tous les milieux évangéliques, mais il ne faut pas non plus se leurrer : un certain nombre de paroissiens peut adhérer à des pratiques et croyances erronées, parfois même en grande majorité. N’y a-t-il pas en fin de compte certains responsables d’Église qui tendent aussi, dans nos propres dénominations, à l’une ou l’autre des théologies controversées présentes dans les articles de Libération ?

Cet article se focalise sur l’expansion des théologies apportées par une immigration souvent issue de contextes animistes. Cette dernière constitue une force vive pour l’Église d’Occident dans une société matérialiste post-chrétienne (particulièrement en matière d’évangélisation, de connaissance biblique orale, de piété ou d’expérience charismatique), mais peuvent aussi apporter certaines théologies originales.

Que propose-t-on pour remplacer les schémas animistes ?

Que penser des exorcismes sur-joués émotionnellement, des discernements d’esprits mauvais derrière chaque problème de vie ou maladie, du combat des esprits territoriaux dont le schéma tire ses principes de l’animisme (spiritual warfare) ? Que penser encore de principes magiques tels que la pensée positive et les rites à effets spirituels directs comme la proclamation créatrice, l’onction d’huile sur des objets, la transmission d’onctions spirituelles d’un serviteur de Dieu à un autre, la venue dans le bâtiment de l’Église (ou vers le pasteur-médiateur) pour expérimenter la présence de Dieu, sans compter l’Évangile de la Prospérité ? Que propose-t-on alors pour remplacer ces schémas animistes tout en répondant aux besoins des populations issues de ces milieux ? Discerne-t-on suffisamment les enjeux qu’impliquent ces visions du monde dans l’évangélisme français (et plus large encore) ? Quelle sera la manière d’y répondre concrètement ?

Le défi des mouvements centrifuge et centripète de l’évangélisme français

Après ces analyses, deux mouvements se dégagent des défis auxquels l’Église française doit faire face. L’un, centrifuge, concerne la diversité culturelle des populations qui migrent et habitent dans l’Hexagone. Est-ce que les Églises évangéliques savent recevoir la richesse des cultures et des théologies du Sud, leur spiritualité chrétienne revigorante qui doit interpeler, et les forces vives qui apportent de l’aide à un Occident matérialiste athée en déclin ? Et en même temps, quel accompagnement spirituel et quelle théologie leur est proposée pour rectifier les éventuels excès ou visions animistes que l’Église d’Occident a su en partie déconstruire à l’époque du paganisme antique ?

L’Église française a un rôle à jouer pour l’Église Universelle, sans pour autant se croire supérieure culturellement.

L’autre mouvement, centripète, rappelle combien l’Église française (et francophone !) a un rôle à jouer pour l’Église Universelle, sans pour autant se croire supérieure culturellement. Si l’ignorance en matière d’hygiène et de santé d’une personne en contexte animiste interpelle lorsqu’elle voit derrière une maladie un démon, une foi pétrie de notions erronées sur Dieu ou la maladie ne démontrent-ils pas le besoin constant de s’engager au loin dans la mission intégrale en collaboration avec les Eglises et pasteurs ou théologiens locaux ? Les impacts pratiques de la théologie dans la société modifieront alors les croyances. Ainsi, l’Église mondiale sera enrichie par des réponses théologiques pratiques, fondées et équilibrées.

La théologie évangélique francophone n’a-t-elle pas les outils, la connaissance suffisante et même une certaine responsabilité pour apporter une réponse ?

L’Église de France n’a-t-elle pas les moyens nécessaires à de tels investissements ? La théologie évangélique francophone, riche de sa diversité culturelle (contrairement à l’évangélisme américain traditionnel), n’a-t-elle pas les outils, la connaissance suffisante et même une certaine responsabilité pour apporter une réponse à ces besoins ? De cette façon, elle ne manquerait pas d’apporter sa pierre – à sa juste place, ni plus ni moins, en respectant la culture de ses Églises sœurs – dans l’édifice de l’Église universelle. Le défi de taille relèvera alors de la coopération, afin de contextualiser les principes théologiques et pratiques nécessaires pour combattre le paganisme, l’animisme et l’ignorance ensemble. Ainsi, confier le travail à des théologiens capables de faire le pont entre deux cultures semble l’un des meilleures avantages que l’Église française possède.

Quelques pistes de réflexions…

Plusieurs questions se posent suite à la mise en lumière de problématiques évangéliques internationales. Quelques pistes de réflexions (ou d’action !) aideront à résumer les besoins relevés dans cet article.

Quels développements théologiques et pratiques propose-t-on en matière d’exorcisme, de compréhension de la présence de Dieu, d’expressions émotionnelles et de charismologie dans l’Église locale ainsi que dans les contextes ecclésiaux interculturels ? Quels outils équilibrés et solides (bibliquement et pratiquement) pourraient être conçus et proposés aux Églises ? Qui pourrait participer à leur mise en place ?

D’une part, s’enrichit-on suffisamment de la spiritualité vivifiante de nos frères et sœurs du Sud qui viennent en France afin de mieux servir Dieu ensemble ? D’autre part, sait-on comment rectifier les théologies défaillantes afin de contribuer à l’édification de l’Église en France et dans le monde ?

Enfin, les Églises évangéliques françaises intègrent-elles des projets d’engagements missionnaires intégraux sans pour autant rendre dépendant leurs frères et sœurs à l’étranger, puisque de tels engagements impactent aussi la théologie des membres d’Églises ?

Face à tous ces objets d’engagement, la théologie évangélique francophone saura-t-elle répondre à ses propres défis et apporter sa contribution à l’Église universelle ?

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