Un scandale avant l’heure

Un scandale avant l’heure

« Euh, qu’est-ce qui se passe là ? » « Mais attends, qu’est-ce qu’il fait ? » « Quoi ?! » Voilà le genre de réactions que les disciples de Jésus auraient pu avoir à la vue de ce qu’il a fait juste avant la fête de la Pâque : il leur lave les pieds (Jn 13.1-17). Un geste riche de sens, une bonne raison pour s’y pencher en cette période de Pâques.

En état de choc

En lavant les pieds de ses disciples, Jésus fait quelque chose d’inhabituel et même de choquant pour son entourage. En effet, dans l’Antiquité, le lavement des pieds était une pratique courante mais réalisée par des personnes de condition inférieure comme des esclaves. C’était clairement un travail ingrat : il fallait enlever la poussière, la boue et autres déchets des pieds qui avaient voyagé en sandales. Bref, c’était assez humiliant comme service. Le fait que Jésus fasse cela perturbe tout le monde. Jésus était un enseignant, un maître, et le Fils de Dieu. Son attitude est donc inattendue pour quelqu’un de son statut. Ici, Jésus inverse les rôles et bouleverse les conventions sociales de l’époque. Mais, quand on y pense, c’est dangereux de faire cela. En tout cas, les disciples étaient mal à l’aise.

Jésus inverse les rôles et bouleverse les conventions sociales de l’époque.

Mais en fait, Jésus utilise ce jeu de rôle : il fait exprès d’utiliser une méthode choquante pour éveiller l’attention de ses disciples et leur enseigner quelque chose d’essentiel. Il donne un nouveau sens à ce geste banal. Mais alors qu’est-ce que ce geste symbolise ?

Un symbole de salut

Dans ce contexte de la Pâque, il est dit que l’heure de Jésus s’approchait (v.1). Dans Jean, cette fameuse heure, c’est le moment où Jésus accomplit pleinement sa mission : sa mort sur la croix. Dire cela juste avant le lavement des pieds, c’est faire de ce geste une métaphore de la croix. Jésus nous annonce donc ce qu’il va accomplir. Dans le lavement des pieds, on voit le salut qu’il nous offre. On voit Jésus qui nous lave de nos péchés et qui nous purifie de toute saleté. Ce qui est en jeu ici c’est notre salut et notre éternité avec Dieu.

Ce qui est en jeu ici c’est notre salut et notre éternité avec Dieu.

En fait, Jésus donne une image très juste de la croix. Le lavement des pieds, c’est un scandale avant l’heure. La croix, c’est un acte encore plus choquant que le lavement des pieds ! Pour les matheux, la croix, c’est le lavement des pieds en puissance exponentielle ! C’est Dieu fait homme qui meurt pour sauver des pécheurs. Comme le dit Paul : « Le Christ crucifié : c’est un message scandaleux pour les Juifs et une folie pour ceux qui ne le sont pas. » (1 Co 1.23) Le lavement des pieds aide donc à percevoir la folie de l’amour de Dieu manifesté à la croix pour les êtres humains coupables. Un amour qui était aussi offert gratuitement à Judas.

Un symbole du pardon des péchés quotidiens

Mais il n’y a pas que cela. Le verset 10 nous fait apercevoir autre chose : « La personne qui a pris un bain n’a plus besoin de se laver, sinon les pieds, car elle est entièrement propre. » Le lavement des pieds ferait donc référence au pardon des péchés après la conversion. C’est le symbole du pardon de Dieu qui vient effacer nos fautes quotidiennes à cause du sacrifice de Jésus à la croix.

Car comme l’explique bien Jean, le chrétien est encore concerné par le péché, c’est une réalité qu’il ne peut nier (1 Jn 1.8). Certes, il ne vit plus dans le péché, dans le sens où il lutte contre lui. Le péché est à considérer comme une anormalité dans la vie du chrétien car c’est incohérent avec sa nouvelle nature (1 Jn 3.6, 9). Pourtant, il tombe encore. Le péché nous affecte même s’il n’a pas sa place dans notre vie. À cela, Dieu a une solution : son pardon.

Ce qui est en jeu ici c’est notre salut et notre éternité avec Dieu.

Bien sûr, ces symboles étaient difficiles à percevoir à ce moment-là. C’est pour cela qu’on comprend la réaction de Pierre. Il y a un réel malentendu entre lui et Jésus (v.6-9). Mais Jésus ne cherche pas à convaincre Pierre, il lui dit seulement qu’il lui manque les bonnes lunettes de lecture : la Pâques. C’est seulement après la résurrection que les disciples se sont souvenu de ce geste, et qu’alors, ils ont compris. On appelle cela le souvenir post pascal ou l’anamnèse.

Un exemple atypique à suivre

Après un moment de mystère, Jésus explique clairement ce qu’il veut dire par son geste (v.12-17). Jésus demande à ses disciples de reproduire le sens du lavement des pieds. L’exemple du maître est bien atypique. C’est un appel au service, à la vulnérabilité et à l’authenticité. Jésus s’apprête à quitter ses amis et il veut leur montrer l’importance de la communauté. Il veut que chacun prenne soin de l’autre dans l’Église. La foi inclut l’amour et le service mutuels. Cette vision des choses a des conséquences concrètes. Elle implique un changement de valeurs où mon intérêt n’est plus la priorité, un véritable changement de vie en fait. Avec cette nouvelle attitude, quoique choquante et à contre-courant de ce qu’on retrouve dans la société, les chrétiens pourront alors être de bons représentants du Christ sur la terre.

La foi inclut l’amour et le service mutuels.

Et aujourd’hui ?

Dans l’histoire de l’Église, le lavement des pieds a fait l’objet de grands débats. Il n’a perduré que dans quelques milieux. Malgré son abandon, la pratique du lavement des pieds s’avère être un excellent rappel des enseignements de Jésus. Faire le geste ne fait pas oublier son sens, bien au contraire, il le rappelle. Même si se laver les pieds les uns aux autres n’est plus une pratique pertinente pour nous aujourd’hui, il est difficile de trouver un équivalent pour notre contexte qui soit aussi riche de sens. Personnellement, je pense que Jésus n’a pas présenté le lavement des pieds comme une pratique à perpétuer dans l’Église. Toutefois, l’expérimenter permet de remettre en perspective son enseignement. Autrement dit, vivre une expérience inhabituelle pour se souvenir d’un choc historique. 

Pour aller plus loin :

Oyer Linda, Dieu à nos pieds: une étude sur le lavement des pieds, Montbéliard, Editions mennonites, 2002.

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