Le mouvement évangélique en France – Partie 2 : les premiers pas (1792-1830)
Franck Belloir

Cette période est marquée par l’organisation d’un cadre légal des cultes. Très libre sous la Révolution, le culte est formalisé plus rigidement par les articles organiques [1]que Napoléon accorde aux seuls réformés et luthériens français. Cette disposition va forcer les nouveaux mouvements à constituer une « organisation souterraine » parallèle à l’Église officielle.

Cette disposition va forcer les nouveaux mouvements à constituer une « organisation souterraine » parallèle à l’Église officielle.

Et,  dans le même temps, des évangéliques issus de  l’Église réformée choisissent, pour différentes raisons, de constituer des groupes indépendants, donnant naissance à une pratique qualifiée, un peu rapidement et péjorativement, de « séparatiste ». La vitalité du mouvement de Réveil entraîne un développement conséquent des évangéliques tant à l’intérieur de l’Église officielle qu’à l’extérieur. Cet essor s’accompagne de réelles difficultés de cohabitation, tant avec les réformés qu’entre les évangéliques eux-mêmes. Malgré ce contexte, la vigueur évangélique contribue au foisonnement d’œuvres multiples et variées.

Première partie : une expansion lente et diversifiée

Les moraves continuent un travail de revitalisation des Églises protestantes. Toutefois, certains groupes de frères choisissent, bientôt, l’indépendance comme celui de Massilargues (Hérault) qui, en 1820, rejoint les méthodistes de Montbéliard. Ils fondent même de nouveaux groupes, comme celui fondé en 1824, par Jean-Jacques Mérillat – l’unique missionnaire morave en France dans cette période – à Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard).

Les méthodistes, de leur coté, continuent leurs efforts en Normandie, notamment avec deux gentilshommes bretons alors qu’Amice Ollivier évangélise Cherbourg, où il célèbre son premier culte officiel en septembre 1819. Enfin, Charles Cook fait plusieurs voyages missionnaires en France, en 1819 et 1820, avant de s’installer à Congénies en 1825.

La fin de l’Empire permet l’implantation d’un travail d’origine étrangère (anglo-saxonne et suisse). Plusieurs jeunes gens viennent de Suisse : Henri Pyt travaille en Picardie puis dans la région de Bayonne jusqu’en 1830 ; Antoine Porchat, vers 1821, évangélise la Somme et la Beauce ; Ami Bost se rend en Alsace de 1819 à 1822 ; Felix Nef devient l’apôtre des Hautes-Alpes de 1823 à 1829. Tous sont issus du Réveil genevois dans lequel l’écossais Robert Haldane, homme aux convictions baptistes et revivalistes, s’est très impliqué. En réaction au rationalisme de la compagnie des pasteurs de Genève, ce dernier a réuni, autour de la lecture de l’épître aux Romains et de la prière, pasteurs et étudiants en théologie, qui se convertissent les uns après les autres.

Dans le même temps, le baptisme, issu du monde anglo-saxon, touche le Nord, dès 1810-1811, avec Jean Devisme notamment. En 1832, on dénombre six assemblées autour du premier groupe de Nomain.

Notons encore le travail des Monod : Adolphe à Lyon,  Guillaume à Saint-Quentin, Jean et Frédéric à Paris. Cette entreprise de concert avec le pasteur Grandpierre découche bientôt sur la création de la chapelle Taitbout à Paris en 1830.

Seconde partie : cohabiter

Cette vitalité missionnaire bouscule quelque peu le paysage religieux. Certains pasteurs accueillent favorablement les nouveaux groupes. Ici c’est le pasteur Jean-André Gachon qui soutient l’installation des moraves à Saint-Hippolyte-du-Fort ou le pasteur Olivier Desmont, président du consistoire de Nîmes, qui rassure le préfet de Nîmes au sujet du dynamisme des moraves. Là, c’est Charles Cook qui est accueilli, en 1818, par le pasteur Martin-Rollin. On voit même les premiers baptistes échangeant volontiers leurs chaires avec les pasteurs réformés.

Mais ce nouvel élan rencontre aussi de fortes résistances, tant des pasteurs que des curés, ou des autorités civiles. Pyt est ainsi contraint de quitter Valenciennes en raison de l’hostilité du pasteur de Lille. Le premier culte d’Amice Ollivier voit son assistance considérablement réduite à causes des menaces d’excommunication annoncées par les prêtres contre les éventuels assistants. Il est même contraint, pour éviter la police, de tenir ses réunions à des heures sans cesse différentes et de congédier les assistants « un ou deux à la fois » seulement pour ne pas éveiller les soupçons… Quant à Guillaume Monod qui œuvre à Saint Quentin, il est accusé et condamné à payer une amende, tout comme le Pasteur Porchat, pour avoir organisé des réunions illicites.

Troisième partie : des œuvres

Le réveil permet, directement ou indirectement, la création de nombreuses œuvres et sociétés qui sont autant des fruits que des outils au service d’une plus grande expansion de la Bonne Nouvelle. À la suite de la Réforme, la préoccupation de l’écrit et de la diffusion de la Bible domine. C’est ainsi qu’en 1818, dans une période jusque-là marquée par une « disette de Bible », la création de la Société biblique permet à tous, petit à petit, d’acquérir une Bible à prix modique.

la création de la Société biblique permet à tous, petit à petit, d’acquérir une Bible à prix modique.

On commence à offrir la Bible aux mariés. Dans le même ordre d’idée, la Société des traités religieux, créée en 1822, souhaite faire connaître les vérités de l’Évangile via de petits écrits à bas prix ou gratuits. Par exemple, son offre d’un Almanach (calendrier) évangélique remporte un véritable succès, car c’est par excellence « le livre du peuple et surtout du paysan » : 6000 exemplaires sont édités en 1826. Robert Haldane et Henri Drummond fondent la Société continentale d’évangélisation en 1818. Celle-ci ne se rattache à aucune Église et sert essentiellement à financer des convertis dont le ministère n’est pas établi dans l’Église officielle. Ce soutien permet à ces jeunes pasteurs de sillonner la France en propageant à la fois l’Évangile et leur expérience de conversion. Enfin, le réveil – comme « matrice du mouvement missionnaire » en général – entraina la création de la Mission de Paris en 1822[2].

 

Petite bibliographie :

  • Sébastien Fath, Les baptistes en France, Excelsis, 2002.
  • Samuel Mours, Un siècle d’évangélisation en France, Tome 1, 1963.

[1] Ce texte, signé en avril 1802, permet que les desservants réformés et luthériens soient salariés par l’État. En contrepartie, l’organisation de l’Église est modifiée et surveillée par l’État.
[2] Jean-François Zorn, Le grand siècle d’une mission protestante, Karthala, 2012, p.10.

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