Le pardon en trois dimensions

Le pardon en trois dimensions
Nicolas Engel

« J’ai vraiment du mal à lui pardonner » ; « Pardonner ce n’est pas oublier » ; « C’est bon, c’est pardonné, n’en parlons plus ! » : toutes ces phrases, et bien d’autres encore, vous les avez certainement déjà entendues. En effet, le pardon est au cœur de notre vie chrétienne ; pourtant, ses contours semblent parfois incertains.

En m’inspirant librement du livre de Jacques Buchhold, Le pardon et l’oubli, et en m’appuyant sur cette parole de l’apôtre Paul, « Pardonnez-vous réciproquement comme Dieu vous a pardonnés en Christ » (Ep 4.32), j’aimerais ici relever trois notions-clés attachées au modèle du pardon divin.

L’offense

L’offense est une réalité objective. C’est à la fois une infraction à la norme divine, une dette que l’offenseur contracte à l’égard de l’offensé et une atteinte à leur relation.

La Bible nous montre sans équivoque que les êtres humains ont offensé Dieu en choisissant de vivre de manière autonome puis finalement comme si Dieu n’existait purement et simplement pas (Rm 3.23).

Cette réalité objective de l’offense fait mal. Dieu souffre de voir cette humanité qu’Il a créée, qu’Il aime, choisir de vivre sans vraiment tenir compte de lui (Gn 6.5, 6) ; et cette douleur engendre de la colère : Dieu est en colère contre les êtres humains, et sa colère est légitime, sainte, juste (Rm 1.19).

Pour qu’il y ait pardon, il faut qu’il y ait au préalable une offense, une réalité objective qui fait mal.

Ainsi, dans le modèle divin que nous sommes invités à suivre, pour qu’il y ait pardon, il faut qu’il y ait au préalable une offense, une réalité objective qui fait mal. Il ne s’agit donc pas pour nous de pardonner « à tour de bras », pour la moindre contrariété ou pour des questions de susceptibilité mal placée : cela risquerait de dénaturer le pardon. Et puisque l’offense est objective et douloureuse, il est légitime qu’elle nous mette en colère. Les chrétiens sont parfois les champions de l’enfouissement ; ce n’est pourtant pas ce que préconise l’apôtre Paul : « Mettez-vous en colère » écrit-il aux chrétiens d’Ephèse (4.26a) en citant le psaume 4. La colère, l’indignation face à l’offense, face au péché est juste. Bien sûr, il poursuit en complétant « Mettez-vous en colère mais ne commettez pas de péché » (4.26). Parce que, si la colère de Dieu accomplit toujours et parfaitement sa justice, ce n’est pas forcément le cas de la nôtre (Jc 1.20). C’est pour cela, me semble-t-il, que cette colère, c’est à Dieu qu’il convient de l’exprimer plutôt qu’à notre offenseur.

La repentance

Dieu offre son pardon à tous les êtres humains, mais Il ne l’accorde, Il ne l’octroie qu’à celles et ceux qui se repentent, qui reconnaissent leurs torts, leur statut de pécheur, d’offenseur.

La repentance (metanoia) dans sa complétude biblique, c’est à la fois la prise de conscience de sa faute (ou de son état), la confession et le renoncement à celle-ci.

Dans le modèle divin, il n’y a pas de pardon sans repentance.

Dans le milieu chrétien, on met parfois en avant des histoires de personnes gravement offensées qui pardonnent à leur offenseur alors que ce dernier ne s’est pas absolument pas repenti. Oui le pardon peut être offert ; mais l’exigence du modèle divin nécessite la repentance de l’offenseur pour que celui-ci soit pleinement pardonné, pour que sa dette soit effacée. Offrir son pardon libère l’offensé, les sciences humaines le prouvent, demander pardon libère l’offenseur, les textes bibliques l’affirment !

La réconciliation

Le pardon et la réconciliation ne doivent pas être confondus, ce sont deux notions que les textes bibliques distinguent. Le pardon est une réalité juridique : la dette est effacée ; la réconciliation est une réalité relationnelle : c’est l’inimitié, l’hostilité entre l’offenseur et l’offensé qui est supprimée. Pour autant, ces deux réalités distinctes ne peuvent être dissociées : l’apôtre Paul notamment les lie fortement (Rm 5.8-11). En Jésus-Christ, Dieu nous pardonne et nous réconcilie avec lui. Cette réalité relationnelle est également exigeante, elle implique des engagements de part et d’autre : réparation et promesse pour l’un, oubli et foi pour l’autre.

En effet, la repentance de l’offenseur doit s’accompagner du désir de réparer, de remédier au mal infligé. Zachée, touché par la grâce, en est un bon exemple : « Si j’ai causé du tort à quelqu’un, je lui rends quatre fois plus » (Lc 19.9).

Elle doit aussi s’accompagner d’une promesse solennelle : celle de ne pas recommencer. Cet engagement peut être verbalisé voire symbolisé, comme nous le faisons par exemple à l’égard de Dieu lorsque nous nous faisons baptiser.

De son côté, l’offensé s’engage à oublier. Dieu lui-même oublie nos fautes (Es 43.25 ; Jr 31.34). Cet oubli, ce n’est pas de l’amnésie. Oublier du point de vue biblique, ce n’est pas effacer de sa mémoire, mais c’est choisir de ne pas tenir compte. La faute pardonnée n’est plus considérée.

La faute pardonnée n’est plus considérée.

L’offensé se doit aussi de prêter foi aux paroles d’engagement de son offenseur. Jésus l’a fait de manière admirable avec Pierre, lui accordant à nouveau sa confiance après avoir été cruellement trahi (Jn 21.15-19).

Dans le modèle divin, pardon et réconciliation sont indissociables. C’est aussi ce que nous sommes encouragés à viser. Néanmoins, les textes bibliques invitent également à faire preuve de réalisme et donc de prudence dans la construction de la nouvelle relation entre l’offenseur et l’offensé. L’histoire de Jacob et Esaü (Gn 33) en est une bonne illustration : après avoir pardonné à son frère, Esaü l’invite à venir vivre près de lui. Poliment mais fermement, Jacob refuse à deux reprises la proposition. Le maintien d’une certaine distance, géographique en l’occurrence, aura été une mesure empreinte de sagesse, de prudence réaliste.

Conclusion

Offense, repentance, réconciliation : le chemin du pardon est exigeant mais tellement libérateur qu’il vaut la peine d’être emprunté, non pas seul mais avec celui qui le premier nous a pardonnés !

Alors oui, pardonnons-nous les uns aux autres, comme Dieu nous a pardonnés en Christ. 

Pour aller plus loin :

Buchhold Jacques, Le Pardon et l’oubli, 3e éd. augm., Vaux-sur-Seine Cléon d’Andran, Edifac Excelsis, Terre nouvelle, 2002.

1 Commentaire

  • Maignan 26 novembre 2020 9 h 42 min

    Excellent ! Merci. Le faux pardon est pire que la colère .

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