The Last Reformation : so what?

The Last Reformation : so what?

Courant hérétique pour les uns, retour aux livres des Actes pour les autres, le mouvement initié par Torben Søndergaard intrigue. Ce dernier, issu des Églises luthériennes danoises, est particulièrement critique à l’égard de toute forme d’institution ecclésiale. Lassé par une spiritualité formelle où le rite a étouffé la spontanéité, il a lancé un mouvement qui attire par son dynamisme et se développe dans de nombreuses villes du monde entier où des chrétiens sortent dans les rues et prient pour les passants. L’enthousiasme contagieux du fondateur et les groupes de « kickstartés »[1] qui se multiplient assurent la promotion du mouvement – qui veille à sa communication. L’objectif ? Que tout chrétien vive une vraie vie de disciple.

Panique à bord

Voyant des groupes se former en dehors de toute structure, certains s’émeuvent là où d’autres apprécient le côté désorganisé qui semble étrangement toujours plus authentique. De la même manière, la spiritualité expressive rend le mouvement suspect pour certains et dans le même temps attractif pour d’autres.

La crispation autour de ce mouvement ne tient pas qu’à la forme. Le mouvement de Søndergaard met un accent particulier sur le baptême de l’Esprit et le parler en langues en tant que signe attestant ce baptême. Comme bien des courants évangéliques, il insiste aussi sur la place du miraculeux, du surnaturel et cherche à reproduire ce qui se vivait dans le livre des Actes. En outre, l’approche de Søndergaard est profondément arminienne, insistant sur la dimension humaine de la persévérance nécessaire au salut, avec l’idée que l’on peut le perdre. Ces différentes options théologiques s’accompagnent de bien des polémiques évangéliques et expliquent bien des tensions.

Certains s’émeuvent là où d’autres apprécient le côté désorganisé qui semble étrangement toujours plus authentique

L’accent sur le baptême d’eau comme acte de salut

Par contre, le mouvement se démarque de l’ensemble du monde évangélique par son accent spécifique sur le baptême d’eau. Pour The Last Reformation, le baptême est un véritable acte de salut, un acte indispensable à l’opération même du salut.

Certes, le rôle de Jésus reste central, mais le baptême prend aussi une place essentielle. D’ailleurs, selon Søndergaard, le Saint-Esprit est reçu lors du baptême d’eau, qui est aussi le moment idéal pour chasser les démons (7’10-7’20 dans la vidéo).

On peut penser que cet accent n’est pas sans lien avec la tradition luthérienne (d’où est issu Søndergaard) d’un baptême de régénération. On notera alors que le retour à la « simplicité chrétienne » du livre des Actes n’est pas indemne de toute tradition théologique et confessionnelle. L’insistance sur la démarche et l’expérience personnelle pourrait bien occulter la nécessité d’une réflexion biblique et théologique approfondie sur la doctrine de l’Église.

L’insistance sur la démarche et l’expérience personnelle pourrait bien occulter la nécessité d’une réflexion biblique et théologique approfondie sur la doctrine de l’Église

L’accent sur la persévérance…

Selon ce mouvement, pour vivre le plein salut, l’œuvre de Jésus et le baptême sont encore à compléter par une obéissance fidèle et persévérante. La formule choc du fondateur est : « Nous devons être sauvés, sauvés et sauvés ». C’est une sorte de salut en trois étapes, qu’il explique ainsi : « Les Israélites ont d’abord été sauvés par le sang qu’ils ont mis sur les linteaux de la porte ; par ce sacrifice, ils ont été libérés de la captivité d’Égypte, ils ont été libérés de leur ancienne vie. Puis ils ont dû être sauvés de nouveau, car l’Égypte – l’ancienne vie – revenait pour les tuer. C’est pour cela qu’ils ont été baptisés dans la mer Rouge. Ils sont sortis de l’eau en disant qu’ils étaient sauvés. Mais ils devaient marcher dans cette nouvelle vie. Et seuls quelques-uns sont entrés dans le pays promis

Ainsi, pour Søndergaard, nous devons être sauvés par le sacrifice de Jésus, sauvés par l’acte du baptême et sauvés par l’effort de persévérance tenu jusqu’au bout. La persévérance étant pour beaucoup d’évangéliques le produit de l’œuvre du Saint-Esprit dans les cœurs, ils ne pourront suivre le Danois sur ce terrain où le rôle de Jésus-Christ paraît minimisé par le curseur placé sur les décisions et actions humaines permettant de mobiliser, et même actionner la puissance du salut.

Pour Søndergaard, nous devons être sauvés par le sacrifice de Jésus, sauvés par l’acte du baptême et sauvés par l’effort de persévérance tenu jusqu’au bout

Une interpellation pour les chrétiens

Il n’en faut pas moins se laisser interpeller par ce mouvement.

Le mouvement est constitué de plusieurs générations qui se retrouvent, non pour une activité intra-muros de l’Église, mais pour sortir et agir dans la ville auprès des gens. La tendance à se replier dans nos locaux est connue, mais le souci du passant inconnu, de sa souffrance, de son salut semble plus rare. Nous prions pour le monde, mais peut-être passons-nous trop facilement notre chemin dans une indifférence dénoncée par le célèbre Samaritain.

Il n’en faut pas moins se laisser interpeller par ce mouvement

On peut aussi s’interroger sur la peur souvent observée dans les milieux évangéliques piétistes, pour qui tout miracle est nécessairement suspect, et dans le même temps sur une certaine quête du surnaturel qui pourrait être déclenché sur commande. Car dans les deux cas, on affaiblit la souveraineté et la puissance de Dieu !

Le succès de The Last Reformation, signe d’une fragilité évangélique?

Mais avant tout, le mouvement de Søndergaard pointe peut-être du doigt une fragilité évangélique : la compréhension du salut. Ne faut-il pas en effet se demander dans quelle mesure ce mouvement met en cause aussi directement le cœur de ce que nous croyons ? Avec cette présentation du salut en trois étapes, la foi en Christ devient une entrée en matière mal articulée avec l’œuvre de l’Esprit qui régénère, renouvelle et conduit dans toute la vérité. C’est ce qu’Il fait par toute Sa Parole que nous sommes appelés à fidèlement lire, prêcher et incarner individuellement et dans l’Église.

Avant tout, le mouvement de Søndergaard pointe peut-être du doigt une fragilité évangélique : la compréhension du salut

Ne serions-nous pas tentés de délaisser le cœur de ce que nous devrions enseigner, la relation simple, parfois ordinaire mais si vitale et si fondamentale avec le Christ, au profit d’une compréhension « instrumentale » de la foi que nous pourrions utiliser à discrétion pour déclencher la puissance divine ? Ceux qui ont rejoint Søndergaard ont peut-être sous-estimé le fait qu’au fond, dans ce mouvement, l’accent a tendance à se déporter de grâce vers quelque chose de l’ordre des œuvres – l’action humaine suscitant l’action de Dieu – dans la compréhension du salut et de la vie chrétienne, une tentation récurrente dans l’histoire de l’Eglise.

Semper Reformata

Je ne rejette pas la grâce de Dieu car si c’est l’obéissance à la loi [ou une œuvre humaine] qui permet d’être déclaré juste, alors Christ est mort pour rien!” (Ga 2.21)


[1] Le « kickstart © » est présenté comme une sorte de réveil personnel, authentifié par le parler en langue. Selon le mouvement, le kickstart est nécessaire pour vivre une vie de disciple actif, aimant les gens dans la rue et priant pour eux, et est opposé au chrétien endormi, parfois bercé d’enseignements théoriques pour qu’il reste dans l’Église.

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