La Bible Nouvelle Français courant : une révision approfondie, mais pour quel public ?

La Bible Nouvelle Français courant : une révision approfondie, mais pour quel public ?
Katie Badie
Auteur:

Encore une « nouvelle » traduction de la Bible ? La Nouvelle Français Courant est en réalité une révision de la Bible en Français Courant, parue dans les années 80. Quels sont les principes fondamentaux de traduction de cette Bible ? Quels ont été les critères qui ont présidé à sa révision ? Quel intérêt pour un public évangélique ?

Quelques éléments de réponse nous sont apportés par Katie Badie, Pasteur et bibliste, qui est la directrice éditoriale la Société biblique française – Bibli’O, branche commerciale de l’Alliance biblique française, et la responsable éditoriale de la Bible Nouvelle Français courant, parue en septembre 2019. Étudiante à la FLTE entre 1992 et 1995, elle y a soutenu son mémoire en 2005. Pasteur adjoint à l’Église évangélique libre de Paris-Alésia depuis 1997, elle est consacrée pasteur de l’Union des évangéliques libres en 2005 et poursuit son ministère pastoral à Paris-Alésia jusqu’en 2013. De 2013 à 2017, elle est responsable du Service biblique de la Fédération protestante de France. Elle a contribué aux ouvrages La Foi chrétienne et les défis du monde contemporain et Dictionnaire de théologie pratique, ainsi qu’aux fascicules Aventure Formation, tous publiés par Excelsis.

Qu’est-ce que l’Alliance Biblique Française?

L’Alliance Biblique Française propose depuis deux siècles des Bibles en un français accessible et à un prix abordable. Les traductions historiques sont celles d’Ostervald et de Louis Segond. Aujourd’hui, vous découvrez sur son site https://lire.la-bible.net/ le texte biblique selon les versions la Nouvelle Segond révisée dite la Colombe (1978), la Traduction œcuménique de la Bible – TOB (1975, 1988 et 2010), La Bible en français courant (1997), La Bible Parole de Vie (2000), la Nouvelle Bible Segond – NBS (2002) et, maintenant, La Bible Nouvelle Français courant – NFC, une révision approfondie de la Bible en français courant (et qui la remplace). Cette offre illustre la conviction que plusieurs traductions de la Bible sont souhaitables en fonction des méthodes de traduction et des public cibles différents.

Plusieurs traductions de la Bible sont souhaitables en fonction des méthodes de traduction et des public cibles différents

Une traduction « à équivalence dynamique »

La Bible en français courant, parue initialement en 1982, faisait partie des premières traductions utilisant la méthode de traduction à équivalence fonctionnelle ou dynamique. Cette méthode se basait sur les travaux de linguistes des années 1960 et 1970 qui montraient qu’il était important de traduire non seulement selon l’équivalence grammaticale, mais aussi en cherchant dans le fonctionnement plus large d’une langue des équivalences de sens, en sorte que la réaction du lecteur ou de l’auditeur dans la langue réceptrice soit semblable à celle de l’auditeur original. Pour illustrer, une traduction formelle de Jérémie 17.10 : « Moi, le Seigneur, j’éprouve le cœur, je sonde les reins », devient, à équivalence fonctionnelle : « Je vois jusqu’au fond du cœur, je perce le secret des consciences ». Le lecteur expérimenté de la Bible sait interpréter ce que « sonder les reins » veut dire, mais le lecteur novice de la Bible, si l’expression n’existe pas dans la langue courante, reste perplexe. La Bible en français courant communique le sens de l’expression et, en l’occurrence, communique une vérité essentielle de la relation à Dieu qui interpelle sans ambiguïté le lecteur.

Cette méthode se basait sur les travaux de linguistes des années 1960 et 1970 qui montraient qu’il était important de traduire non seulement selon l’équivalence grammaticale, mais aussi en cherchant dans le fonctionnement plus large d’une langue des équivalences de sens

Depuis une bonne trentaine d’années, la Bible en français courant a trouvé son public parmi les jeunes de l’école du dimanche et du catéchisme, protestant et catholique, et pour introduire des nouveaux publics à la lecture personnelle de la Bible. Qu’en est-il de la NFC ?

Le sens de cette révision conséquente (plus de 60 biblistes expérimentés y ont travaillé pendant trois ans) est d’abord de revisiter le langage en fonction de l’évolution de la langue française. Certains termes n’ont pas bien vieilli ou ont acquis des connotations très loin du sens du texte biblique. Il fallait également corriger quelques maladresses de la Bible en français courant qui, parfois, surchargeait la traduction d’une explication ou d’une paraphrase. Pour toutes ces questions visant à trouver la traduction la plus juste possible, il était important de revenir au grec et à l’hébreu et de faire une nouvelle proposition entièrement respectueuse de la langue originale mais qui tenait compte de l’utilisation contemporaine de la langue française en divers milieux.

Les principes de révision de la traduction

Une attention particulière, et probablement nouvelle, a été portée sur la lecture orale du texte biblique – ce qui devient plus critique aujourd’hui, non seulement pour que la lecture de la Bible au culte soit bien suivie, mais aussi pour favoriser la présence de la Bible en format audio sur les supports numériques. L’autre attention particulière, à comprendre dans le sens de l’évolution de la langue et de la sensibilité du public, a concerné le langage non-genré. Mais les choix dans ce domaine ont respecté les langues originales : là où le grec ou l’hébreu utilise le mot général pour l’être humain, et pas le mot spécifique à l’être masculin, et en fonction du contexte, la traduction le suit en proposant « gens », « personnes » plutôt que « hommes ». Parallèlement, comprenant que le mot « frères » dans le NT, utilisé pour désigner l’assemblée chrétienne, incluait les hommes et les femmes, la NFC traduit « frères et sœurs », comme d’ailleurs le fait déjà la version Parole de Vie.

Une attention particulière, et probablement nouvelle, a été portée sur la lecture orale du texte biblique

Enfin, la révision de la NFC a voulu revenir à certains termes théologiques riches qui sont importants dans le vocabulaire chrétien, comme « bénir », « alliance », « résurrection ».

Le résultat est une traduction fluide, contemporaine mais d’un certain point de vue plus classique, moins “jeune”. D’ailleurs, de nouvelles introductions vont dans ce sens : elles présentent brièvement chaque livre biblique et la pertinence de son message et, si possible, elles notent son influence sur une œuvre artistique ou musicale pour faire le lien avec la culture générale.

Le résultat est une traduction fluide, contemporaine mais d’un certain point de vue plus classique, moins “jeune”.

En quoi la NFC devrait-elle intéresser le monde évangélique ?

D’abord, parce que c’est une traduction sérieuse et fiable qui s’efforce de rendre avec exactitude le sens des langues originales du texte biblique. Les réviseurs et le comité scientifique sont bien qualifiés, soucieux tous d’une traduction de qualité. Parmi ces réviseurs sont de nombreux évangéliques reconnus, y compris Valérie Duval-Poujol, chef du projet. Cependant, discuter des traductions proposées avec des personnes d’autres milieux confessionnels me semble une bonne façon d’arriver à une traduction plus juste, moins subjective.

Puis, parce qu’elle offre une version de la Bible agréable à lire, mais percutante, que ce soit à haute voix ou personnellement, en version papier ou numérique (la NFC est disponible avec l’app YouVersion). Les gens veulent comprendre rapidement ce qu’ils lisent et il me semble que la NFC offre l’interface pour la lecture de la Bible aujourd’hui.

Il me semble important pour les évangéliques de la connaître et de l’utiliser pour pouvoir lire la Bible avec d’autres chrétiens, en toute simplicité

Enfin, puisque la NFC est une Bible reconnue au-delà du monde évangélique, il me semble important pour les évangéliques de la connaître et de l’utiliser pour pouvoir lire la Bible avec d’autres chrétiens, en toute simplicité.

L’ABF propose également des traductions de la Bible à équivalence formelle, plus calquées sur la structure grammaticale des langues originales et plus adaptées à l’étude approfondie du texte, mais pour la lecture de tous les jours, pour tout le monde, la NFC me semble un nouvel outil de qualité pour la mission des Églises.

Ajouter un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'un *

Abonnez vous à notre Newsletter et recevez gratuitement les nouveaux articles par mail