Les dons naturels viennent-ils de Dieu ?

Les dons naturels viennent-ils de Dieu ?
Stéphane Zehr

« Que vous soyez musicien ou comptable, enseignant ou cuisinier, Dieu vous a donné ces aptitudes pour que vous les mettiez au service des autres. »[1] Cette exhortation, assez représentative de l’idée que l’on peut se faire des « dons » dans l’Église, repose cependant sur une confusion. Elle met sur le même plan des dons naturels et les « dons de l’Esprit » dont parle l’apôtre Paul.

1.     Le problème posé

Les dons mentionnés (« musicien », « comptable »…) n’appartiennent pas aux listes de référence que l’on trouve dans les épîtres (1Co 12.8-11 ; 1Co 12.28 ; Rm 12.6-8 ; Ep 4.11 ; 1P 4.11). Même si ces listes ne sont pas exhaustives, elles évoquent des « grâces » liées au don du Saint Esprit. Or les aptitudes à la musique ou à la comptabilité se retrouvent chez de nombreuses personnes qui ne sont pas régénérées.

Il est donc nécessaire de distinguer entre dons « naturels » et dons « spirituels », chacun d’eux appartenant à un ordre différent. Les Écritures sont quasiment muettes sur les dons naturels ; mais elles sont très claires sur la destination des « charismata » : ils sont accordés en vue de l’utilité commune, pour l’édification spirituelle de l’Église. Ainsi, qu’il s’agisse de charismes de fonction (« Apôtres », « pasteurs »…) ou de dons répandus « selon la volonté de Dieu », sur tous, en rapport avec le sacerdoce universel (« enseignement », « consolation », « diaconie »…), ces « grâces » servent dans la majeure partie des cas la construction de l’Église par la Parole de Dieu.

Comme le souligne Samuel Coppieters[2], nous risquons, en confondant dons naturels et dons spirituels, de ne pas exercer de dons spirituels et de nous contenter d’aptitudes dont les incroyants jouissent tout autant.

2.     Les dons naturels dans le plan de Dieu

La question se pose alors : les dons naturels ne viennent-ils pas de Dieu ?

En effet, Dieu est bien le dispensateur de toutes choses ; il « fait pleuvoir sur les bons et sur les mauvais » ; il nous forme dès le ventre de notre mère. Il peut donc conduire un processus génétique ou pourvoir quelqu’un d’une aptitude (compter ou chanter) afin qu’elle serve un jour à son Église. Dieu peut certes, s’il le veut, employer comme instruments certains de nos dons naturels ; il ne nous court-circuite pas complètement dans notre nature.

Le problème vient de ce que nos dons naturels sont inséparables de notre nature corrompue. Ils sont attachés à ce que Paul appelle la « chair », et sont au service de la gloire de celui qui les possède, même cachés derrière les bonnes intentions religieuses. S’il arrive que l’orgueil s’attache à la présence de charismes spirituels (1 Corinthiens), il semble être indissociable de la compétence.

Il ne suffit donc pas de rediriger nos capacités de notre propre gloire à celle de Dieu. Si Dieu choisit de l’utiliser, cela se fera au travers d’une purification constante, de rappels à l’ordre et d’humiliations. L’exaltation et le plaisir que nous procure la mise en valeur de nos facultés risque de laisser la place à la difficulté. Car Dieu ne donne pas sa gloire à un autre ; et l’œuvre de la Croix est nécessaire pour que son œuvre soit effectivement son œuvre, par son Esprit et non par nos propres forces : « Ce n’est ni par la puissance ni par la force, mais c’est par mon esprit, dit l’Eternel des armées » (Za 4.6).

3.     Dons naturels, surnaturels et discernement

La difficulté est particulièrement aigue dans le cas de dons naturels « extraordinaires », comme certains dons artistiques, une intelligence hors-norme, des aptitudes physiques éblouissantes, une capacité particulière « à faire de l’argent » ou un charisme. Leur origine peut être héréditaire, et le succès auquel ils contribuent avoir été obtenu par des pactes occultes ou des engagements idolâtres.

De la même manière, certains dons surnaturels ressemblent à des dons de l’Esprit, et n’en sont que des contrefaçons diaboliques. Voilà pourquoi les Écritures enseignent la nécessité du discernement, qui est lui-même un don de l’Esprit.

Voilà pourquoi les Écritures enseignent la nécessité du discernement, qui est lui-même un don de l’Esprit.

Tout « don » ne vient pas de Dieu, et les esprits doivent être éprouvés : « Bien-aimés, n’ajoutez pas foi à tout esprit; mais éprouvez les esprits, pour savoir s’ils sont de Dieu, car plusieurs faux prophètes sont venus dans le monde. » (1Jn 4.1) On reconnaît un arbre à ses fruits.

Conclusion

Dans une époque qui valorise l’expression de soi, l’exercice des dons ne doit pas s’éloigner d’une saine compréhension de la sanctification. Dieu n’approuve pas nécessairement nos aptitudes ; il ne souhaite pas forcément les employer à son service. Dans l’ordre des choses, c’est l’Église qui sollicite en fonction des besoins. Et si l’Église est défaillante au point de ne pas reconnaître un don de Dieu, l’humilité et la foi sont de mise : Dieu est souverain, il fera de nous ce qu’il a prévu.

Comme le disait le prophète Jérémie : « Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme ma bouche » (Jr 15.19). Le discernement prémunira l’Église de la confusion. Nos dons serviront alors vraiment l’édification spirituelle de l’Église, et non pas l’exaltation de ce qui enorgueillit l’homme.

Pour aller plus loin :

  • Samuel Coppieters, Les dons naturels et spirituels, Québec, Impact, 1998.
  • Collectif, De l’Eglise et des ministères, « Les choses apprises », Anduze, Mission Timothée, 2008.

 

Pour une autre approche de cette question, voir l’article de Christophe Paya : https://point-theo.com/dons-spirituels-et-dons-naturels-le-debat/. Le débat continue sur Point-Théo.

 

[1] https://www.topchretien.com/la-pensee-du-jour/que-faites-vous-de-vos-talents/

[2] Samuel Coppieters, Les dons naturels et spirituels, Québec, Impact, 1998.

16 Commentaires

  • Alain 4 juillet 2018 15 h 12 min

    Certaines parties de cet article m’interrogent:

    “Les dons mentionnés (« musicien », « comptable »…) n’appartiennent pas aux listes de référence que l’on trouve dans les épîtres.” Certes l’auteur reconnaît que les listes des épîtres ne sont pas exhaustives. J’ajouterais que bien des dons listés peuvent s’apparenter à des capacités naturelles: les enseignants, les aptitudes à secourir, à diriger, le don d’encourager, le don de donner généreusement, d’exercer la bienveillance… Alors pourquoi penser que le don de jouer de la musique ou de bien gérer les ressources que Dieu nous confie, n’auraient pas pu figurer dans ces listes, si elles ne sont pas exhaustives ?

    “Or les aptitudes à la musique ou à la comptabilité se retrouvent chez de nombreuses personnes qui ne sont pas régénérées.” Est-ce que cela veut dire que La distinctions entre capacités naturelles et “dons de l’Esprit” serait, d’après l’auteur, que les dons de l’Esprit ne peuvent pas se trouver chez des personnes non régénérées ? Mais que dire alors des dons de l’Esprit cités plus haut ? Aucun don d’enseignant ou de direction chez les non régénérées ?

    “[Dieu] ne nous court-circuite pas complètement dans notre nature.” Je trouve ce “pas complètement” assez effrayant. Personnellement, je dirais que Dieu ne nous court-circuite que rarement dans notre nature. C’est Lui qui nous a créés à son image, c’est lui qui inspire par son Esprit le psalmiste qui s’écrire: “je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse”.

    “S’il arrive que l’orgueil s’attache à la présence de charismes spirituels (1 Corinthiens), il semble être indissociable de la compétence.” Cette affirmation n’est nullement justifiée bibliquement. Je dirais si l’on se réfère à l’église de Corinthe, et à certains excès contemporains dans des milieux qui mettent une grande emphase sur les dons de l’Esprit, c’est clair que l’orgueil peut s’attacher assez facilement à l’exercice des dons spirituels. Pourquoi l’orgueil serait-il indissociable de l’exercice des dons naturels ? N’est-ce pas la nature humaine non régénérée de s’enorgueillir, quelle que soit la date à laquelle on a reçu un don ? Un chrétien spirituel mature, serait-il incapable de mettre au service de Dieu des dons qu’il a reçus à la naissance ?

    “l’œuvre de la Croix est nécessaire pour que son œuvre soit effectivement son œuvre, par son Esprit et non par nos propres forces”: AMEN ! Mais cela s’applique aussi aux dons spirituels.

    “La difficulté est particulièrement aiguë dans le cas de dons naturels « extraordinaires », comme certains dons artistiques, une intelligence hors-norme, des aptitudes physiques éblouissantes, une capacité particulière « à faire de l’argent » ou un charisme. Leur origine peut être héréditaire, et le succès auquel ils contribuent avoir été obtenu par des pactes occultes ou des engagements idolâtres.” Je suis perplexe devant cette affirmation. Je connais l’existence de dons de guérison d’origine diabolique, mais penser que les dons cités puissent être liés à une influence occulte me surprend. Il aurait fallu développer et citer des sources en référence. En tout cas, si ces dons sont “spirituels occultes”, ils ne peuvent pas être “naturels”. Le mot “héréditaire” me semble maladroit, car s’il s’agit de véritables dons naturels, et non de dons spirituels occultes, ils sont bien sûr héréditaires, car hérités de nos gênes, donc de nos parents.

    “Dieu n’approuve pas nécessairement nos aptitudes”. Avec le contexte, on peut comprendre ce que voulait dire l’auteur: Dieu ne va pas nécessairement utiliser tous nos dons naturels dans la vie de l’Église rassemblée. Mais attention à ces formulations qui énoncent des contre vérités. Dieu est notre créateur, il approuve toutes nos aptitudes naturelles, puisque c’est lui qui nous les a données. Et attention aussi à une vision trop étroite de l’Église. Le chrétien sanctifié porte avec lui l’Église sur son lieu de travail, dans sa famille, son voisinage, etc. L’Église est parfois rassemblée, elle est la plupart du temps dispersée dans le monde, où elle ne cesse pas d’être Église. Une sœur ou un frère qui a reçu un don naturel et développé des compétences pour la médecine (capacité à mémoriser, une certaine intuition, capacité d’écoute et de bienveillance, etc.) ne trouvera pas nécessairement l’occasion d’exercer son don dans l’église rassemblée, mais il existe dans quantités de possibilités de les exercer dans l’église dispersée et a mission. Quel dommage si à la suite de cet article, il comprenait à tort que Jésus ne lui demandera pas des comptes sur la façon dont il a utilisé son don pour l’avancement du Royaume de Dieu à son retour.

    • Perrot Antony 5 juillet 2018 11 h 26 min

      Je rejoins généralement les remarques d’Alain. Au delà du parti pris, l’argumentaire de cet article ne me semble pas assez solide pour être publié sur Point Théo.

    • Point-Théo 6 juillet 2018 19 h 47 min

      Bonjour Alain,
      La question des dons naturels / dons spirituels n’est pas évidente et nous souhaitons encourager la réflexion au travers notamment de la diversité des points de vue sur le sujet. Pour exprimer l’un de ces points de vue, Stéphane a fait un beau travail de synthèse et de pédagogie malgré la difficulté de l’exercice. Il a aussi pris le temps de te répondre dans les commentaires plus bas. Pour continuer la réflexion au travers d’un autre angle, nous avons publié aujourd’hui un nouvel article que tu pourras trouver ici : https://point-theo.com/dons-spirituels-et-dons-naturels-le-debat/
      J’espère que ces 2 articles nous permettront de continuer à réfléchir en profondeur sur les dons, pour qu’ils soient pleinement utilisés pour Sa gloire.
      Au plaisir de te retrouver sur le blog

      Manu, pour Point-Théo

      • Alain 7 juillet 2018 12 h 57 min

        Merci pour la publication du deuxième article, présentant une position dont je me sens plus proche. Je me réjouis que Point-Théo, que j’apprécie, soit ainsi ouvert au débat.

  • Mic 5 juillet 2018 11 h 27 min

    Je suis très surpris de trouver un article tel que celui-là sur point théo. Il avance des positions tout à fait discutables sur la question des dons spirituels. Je veux bien croire que l’on puisse penser ainsi, mais au minimum il faut travailler un peu plus et présenter d’autres positions quand on a un dossier théologique aussi faible.

  • AnaM 6 juillet 2018 1 h 24 min

    D’une part en tant qu’artiste je suis ébranlée par ces propos d’autre part en tant que soeur je suis terrifié du manque d’amour que j’y trouve.

    De quoi parle-t-on ici précisément ?

    Je vous cite: La difficulté est particulièrement aigue dans le cas de dons naturels « extraordinaires », comme certains dons artistiques, une intelligence hors-norme, des aptitudes physiques éblouissantes, une capacité particulière « à faire de l’argent » ou un charisme. Leur origine peut être héréditaire, et le succès auquel ils contribuent avoir été obtenu par des pactes occultes ou des engagements idolâtres.

    Vous sous entendez ici que d’une part on peut mettre sur le même étage le don de chanter et celui de “faire de l’argent”…
    L’un étant un cadeau de Dieu et l’autre étant un enseignement du monde…

    D’autre part l’héréditaire obtenu par des pactes occultes condamne tout l’être et lui interdit de cette façon le salut… Or l’héréditaire se contre par le vécu et le salut vient de Dieu seul et est offert à tous. Artistes, comptables et mêmes criminels …si si je vous assure !

    Alors oui je consens qu’il faille sans cesse se soumettre au discernement et à la remise en question mais cela doit être pour toute personne vivant sa foi dans une monde de tentations perpétuelles … et non dirigés vers ceux qui Gloire à Dieu ont un talent au travers duquel ils peuvent toucher les âmes leur parlant un langage autre que la parole…

    Dieu ne m’humilie pas lorsque j’exprime son amour au travers du geste de création, car je suis à son image tout comme vous et le reste de l’humanité.

  • Trackback: Dons spirituels et dons naturels : le débat | Point-Théo
  • ZehrS 6 juillet 2018 14 h 39 min

    Je regrette que mon article suscite de telles réactions. Cela n’était pas intentionnel. Il me semble pourtant que les éléments avancés reposent sur de nombreux textes bibliques. Peut être aurais-je dû en citer davantage.

    La Parole dissipe toute confusion entre ce qui vient de l’homme et ce qui vient de Dieu. Depuis la chute, ce qui vient de l’homme, ce qui est naturel, est charnel et soumis à la corruption (lire Rm 3.9-18) ; cela ne peut plaire à Dieu. « La chair ne sert de rien. » (Jn 6.63). « Leurs plus belles oeuvres ne servent à rien » (Es 449), est-il dit au sujet de l’art des idolâtres ; or l’homme non régénéré, même de valeur, est idolâtre. Dieu est bien le créateur, mais Il dit que « Tout ce qui est dans le monde ne vient pas du Père mais vient du monde » (1Jn2.16). A mon sens, une saine compréhension de ce que l’on appelle le « mandat culturel » devrait en tenir compte.

    Dans le service chrétien, seul ce qui est sanctifié par l’Esprit, c’est-à-dire soumis à l’action de la croix (qui fait mourir la chair et vivre d’une autre ressource, l’Esprit) peut être agréé : « Or ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu. » (Rm 8.8). Paul l’avait accepté en ce qui concerne ses capacité naturelles d’orateur (1Co2.1-5), il avait même considéré comme de la boue tout ce qui aurait pu être pour lui un gain (son éducation, sa culture et ses études religieuses, sa perfection de caractère) (Ph 3.4-7) et mettait en garde les chrétiens eux même, contre leur potentielle intelligence et sagesse naturelle : « Je détruirai la sagesse des sages, et j’anéantirai l’intelligence des intelligents […] Dieu n’a-t-il pas frappé de folie la sagesse du monde ? » (1Co1.19, 20) ; « Cette sagesse n’est point celle qui vient d’en haut ; mais elle est terrestre, charnelle, diabolique. » (Ja 3.15). Si ces nombreux passages ne vont pas dans le sens de l’article, alors il faut les expliquer, car ils sont absolus et inspirés.

    Nous comprenons peut être mieux la nécessité de distinguer dons spirituels et talents naturels (distinction qui n’est pas nouvelle, d’autres, comme Alfred Kuen par exemple l’ont enseigné). Ce qui vient de l’homme (que ce soit inné ou acquis) est corrompu par la chair et devrait être maintenu dans la sanctification pour que ça plaise à Dieu. Ce qui est naturel peut bien orienter au niveau professionnel (et ma façon de travailler doit honorer le Seigneur) mais n’est pas, par essence, spécifiquement dirigé vers l’édification du corps du Christ, puisque ces mêmes qualités peuvent servir le bien comme le mal, le profane comme le Saint. Or, les dons que Dieu accorde par son Esprit à des hommes régénérés (tels que présentés dans les épitres) sont purs et parfaits. Le fait que le chrétien puisse aussi en faire mauvais usage et s’enorgueillir nous instruit seulement sur la nécessité de marcher par l’Esprit, même dans l’exercice des dons spirituels.

    En conclusion, si « Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qu’on méprise, celles qui ne sont pas, pour réduire à rien celles qui sont » (1 Cor 1.28), c’est que les talents naturels n’ont probablement pas l’importance qu’on leur prête. Bien au contraire, la justice de Dieu, dans l’économie de la rédemption, abaisse ce qui est élevé aux yeux des hommes, et relève ceux qui sont méprisés par le monde, notamment parce qu’ils ne jouissent d’aucun talent, ou que les difficultés de leur vie n’ont pas permis qu’ils s’expriment. L’esprit du service chrétien est lié au sacrifice, au don, au dépouillement, y compris de ce qui nous semble légitime selon la chair. N’est-ce pas ce qui a rendu triste le jeune homme riche? Pourtant, Christ lui-même, qui jouissait d’une gloire bien légitime auprès du père, a accepté ce dépouillement ; il est à l’origine de notre salut.

    • Alain 7 juillet 2018 13 h 03 min

      Merci pour votre réponse, qui rend votre position plus compréhensible.

    • Mic 9 juillet 2018 14 h 47 min

      Merci de votre réponse.

      Je crois que mon commentaire mérite quelques précisions. Tout d’abord, il était assez péremptoire et manquait de tact. Je voudrais donc commencer par m’en excuser.

      Ensuite, concernant le contenu de votre article, il y a deux conclusions en particulier que je ne partage pas. La première est votre affirmation que, puisque les compétences comptables et musicales n’appartiennent pas aux listes bibliques et se trouvent aussi dans le monde, elles ne peuvent être des dons spirituels. Les dons de générosité ou de service se trouvent aussi dans le monde et sont pourtant listés comme dons spirituels. Je conclurai plutôt qu’une compétence peut être un don spirituel ou naturel en fonction de sa destination : la construction de l’Église (1Co 14.12) et avec vous qu’il n’y a pas forcément recoupement entre les deux, à savoir qu’un bon instituteur ne sera pas forcément moniteur d’école du dimanche. Je rajouterai que Dieu a donné à certains hommes, dans l’Ancien Testament, les capacités artistiques et de construction pour bâtir le tabernacle (Ex 30.30-35), le Temple ou encore reconstruire les murailles de Jérusalem. Ces compétences existent avant leur utilité pour le peuple de Dieu et sont clairement données par l’Esprit. Il me semble possible ici de conclure que les dons naturels de Betsaléel lui ont été donnés par Dieu et qu’il en a fait des dons spirituels lorsque ceux-ci ont été utilisés pour l’accomplissement de son plan. Je ne crois pas que cet exemple soit anecdotique, mais au contraire qu’il est plus que courant, car l’action de Dieu quand il crée est cohérente avec ce qu’il fait quand il sanctifie.

      La seconde conclusion de votre article que je ne partage pas est liée à ce que vous déduisez des passages que vous citez pour dire qu’aucune œuvre humaine, fruit d’un don naturel ne saurait plaire à Dieu. Il me semble que les passages que vous citez ont comme contexte la question du salut et affirment, sans équivoque, que l’être humain ne peut être sauvé par ses œuvres. Mais en conclure que rien de ce qui vient de l’être humain naturel ne peut être bon me semble sortir du sens de ces passages. Par exemple, Jésus s’adresse à des hommes méchants reconnaissant pourtant qu’ils savent donner de bonnes choses à leurs enfants. Cette œuvre ne leur vaudra pas le salut, mais elle est pourtant bonne aux yeux de Dieu. Le fait que l’être humain soit contaminé par le péché dans toutes les dimensions de son être n’implique pas que le bon que Dieu a placé et vu en lui à la création ait été annihilé. Il en va de même pour la création, elle aussi soumise au mal, et que pourtant Dieu nous appelle à observer pour le reconnaître comme Dieu (Rm 1 ; les psaumes de la création ; Job 38ss). Le Dieu qui tisse chaque être humain dans le ventre de sa mère lui donne une capacité à faire le bien, des dons naturels que nous pouvons utiliser pour le bien. Bien sûr, nous naissons aussi avec la propension à faire le mal et, y cédant, nous nous excluons de la présence de Dieu et le bien dont nous sommes capables n’a aucun pouvoir pour nous sauver. Mais il me semble impossible d’en conclure que les dons naturels sont automatiquement et complètement mauvais.

      Ainsi, afin de faire la différence entre dons naturel et spirituel, j’ai le sentiment que vous forcez le trait et que votre article est sous-tendu par une vision du monde dualiste. La présence du mal en chacun de nous, nous sépare de Dieu et il n’y a clairement pas de salut en dehors de Jésus-Christ. Cependant, dans sa providence, Dieu a fixé une limite au mal et toutes les bonnes choses qui sont dans ce monde disent la gloire de celui qui les a données, y compris les dons naturels.

  • Guilhem Jaussaud 9 juillet 2018 18 h 27 min

    Bonjour Quentin,
    Pouvez-vous, s’il vous plait, expliciter davantage ce que vous entendez par des « présupposés dualistes neo-platonique » ? Cela me permettrait de répondre plus précisément à votre remarque.

  • Guilhem Jaussaud 9 juillet 2018 19 h 40 min

    Bonjour Quentin,

    Je vous remercie pour votre remarque et espère y répondre correctement. J’imagine que par « présupposés dualistes neo-platonique » vous entendez « présupposés dualistes néo-platoniciens ».

    Nous retrouvons bien différentes distinctions dans la Parole :

    -Entre la chair (en tant que tendance mauvaise, liée à notre ancienne nature) et l’Esprit (de Dieu): «Marchez par l’Esprit et vous n’accomplirez pas les désirs de la chair. Car la chair a des désirs contraires à ceux de l’Esprit, et l’Esprit en a de contraires à ceux de la chair ; ils sont opposés entre eux, afin que vous ne fassiez point ce que vous voudriez » (Ga 5.16-17). Ce n’est pas que la matière soit mauvaise et l’esprit humain soit bon. C’est une opposition entre deux principes: celui de la chair qui enveloppe l’homme entier corps âme et esprit et celui de l’Esprit de Dieu qui accomplit en l’homme l’œuvre de Christ, sa mort et sa résurrection (Rm 8). Pour
    le dire autrement, le mal n’est pas lié ontologiquement à la création et à l’homme, mais depuis la chute, il est lié à sa nature, comme la maladie au malade. « Nous qui étions par nature, des enfants de colère. » (Ep 2.3). La chair n’est pas à force égale avec l’Esprit, ni le mal avec Dieu. Celui qui marche par l’Esprit triomphe de la chair, en attendant la victoire totale, lors de la résurrection.

    -Dans l’AT, entre le sacré et le profane (« afin que vous puissiez distinguer ce qui est saint de ce qui est profane, ce qui est
    impur de ce qui est pur », Lv 10.10). Et dans le NT, entre le saint et le mal, ce qui est dédié au culte de Dieu et ce qui ne l’est pas (2 Co 6.14-18)… La sainteté et la purification n’étant plus conférées par des rituels et sacrifices mais par l’Esprit Saint et la foi en Jésus Christ.

    -Entre le terrestre et le céleste (« Tel est le terrestre, tels sont aussi les terrestres ; et tel est le céleste, tels sont aussi les célestes » 1Co15.48. «Pensez à ce qui est en haut et non à ce qui est sur la terre » (Col 3.2).

    -Entre le visible et l’invisible (« nous ne regardons non point aux choses visibles mais à celle qui sont invisibles » 2Co4.18).

    -Entre le royaume de Dieu et celui du monde (« mon royaume n’est pas de ce monde » Jn 18.36), les ténèbres et la lumière, etc…

    Il me semble que l’on peut maintenir ces distinctions et en tirer différentes implications pour la pratique chrétienne, sans pour autant aller au-delà de ce qu’elles signifient, ni être influencé par la philosophie idéaliste à laquelle vous faites référence. Une distinction, même catégorique, n’est pas nécessairement un dualisme. Si vous souhaitez connaitre davantage la façon dont la Mission Timothée comprend la doctrine de la Chair et de l’Esprit, je vous propose de consulter l’ouvrage qu’elle a édité à ce sujet.

    • Quentin Langrand 10 juillet 2018 2 h 23 min

      Merci pour votre réponse, oui il s’agissait bien de «neo-platoniciens» pardonnez ma maladresse!

      Au delà de ces distinctions bibliques que vous rappelez très bien, ce que je tends à remettre en question, c’est la mise en pratique dans la vie du croyant visant à faire la distinction entre ce qui est pour le service de Dieu, et ce qui ne peut l’être, à partir de cette distinction entre le profane et le sacré.

      Car voilà, la restauration que Dieu opère en nous a une dimension holistique, elle atteint tous les domaines de notre être. Dans ce sens, le croyant n’a donc pas à faire de séparation entre le profane et le sacré, car tout est réorienté pour le service de Dieu, toutes les occupations de sa vie revêtent un caractere sacré. Toutes nos oeuvres, qu’elles soient dans le domaine séculier autant que le domaine spirituel sont appelées à être vécus pleinement en Dieu et pour Dieu, par son Esprit.

      Cette compréhension est alors ce qui permet de reprendre des moyens d’expressions “profanes” même les plus tordus dans leur contenu tel que le rap, et de les réorienter par l’Esprit pour rendre gloire à Dieu, dans une forme empreinte de sobriété bien-sûr, et éloignée de toute extravagance.

      Cela cependant n’est pas envisageable si l’on catégorise le profane comme étant impropre à être renouvelé pour le service de Dieu. Et là, on arrive je pense à un dualisme.

      • Guilhem Jaussaud 10 juillet 2018 17 h 06 min

        Il me semble difficile de répondre à votre commentaire en deux mots. Les réalités bibliques du sacré et du profane, et leur devenir dans la Nouvelle Alliance mériteraient une réflexion approfondie. Je vous propose de répondre à l’aide de quelques extraits (plus ou moins retouchés, par soucis d’intelligibilité) d’un article qui va paraître dans la revue de la Mission Timothée et qui porte spécifiquement sur ce sujet.

        Dans l’Ancienne Alliance, le sacré était la matérialisation de ce qui est saint, la transcription de ce qui est consacré à Dieu dans le domaine matériel (temporel, spatial et fonctionnel). Il se manifestait surtout au travers du ritualisme, de
        cérémonies religieuses, liturgies précises, etc. Les rituels étaient donc indispensables pour qu’un peuple corrompu par le péché puisse servir un Dieu saint, sans nier, ni mépriser Sa sainteté, sans Le profaner. Tout non-respect de ces conditions liées au culte, était une profanation (Ez 22.36, Ez 44.7, Ag 2.12, Lv 10.1-2).

        La venue et l’œuvre de Christ, incarnation du Saint, qui fit irruption dans le monde profane (Jn 10.36) entraina une évolution fondamentale jusque dans la façon de servir Dieu. Christ n’a pas annulé la séparation entre le domaine de Dieu et celui des hommes – le sacré et le profane – mais Il s’est offert comme le médiateur. Il est lui-même le
        point de rencontre : par Lui Dieu se donne à connaitre aux hommes sans se profaner et par Lui nous entrons dans Sa présence et le servons dans notre quotidien, sans Le profaner. A compter du don de Sa vie à la croix et de celui de Son Esprit à la Pentecôte, le culte relatif au sacré et aux ordonnances charnelles (Hb 9.10) a été remplacé par le service spirituel. Plus de sacré ! Désormais, c’est « en Christ » et « par l’Esprit » que nous servons Dieu. L’Esprit purifie et consacre (sanctifie) de façon à ce que les chrétiens offrent à Dieu, un culte « agréable », c’est-à-dire, dans la forme
        qu’Il veut et accepte.

        C’est toujours à la seule condition de la sanctification que notre accès dans la présence de Dieu n’est pas une intrusion profanatrice et que nos offrandes « directes » ne sont ni souillures ni abominations. Ainsi, ce n’est pas parce que « tout est sanctifié par la foi, que nous pouvons tout offrir à Dieu ». Il ne faudrait pas que la simplification de l’accès auprès de Dieu introduit par Jésus Christ, devienne le terrain de prédilection d’une piété légère et désinvolte. Pour prendre une image un peu choc, l’œuvre de Christ n’est pas une formule magique qui transforme nos « excréments » en « pains bénis ». Il ne suffit pas de dédier une chose à Dieu ou là lui offrir « en son nom » pour qu’elle soit pure et recevable (Pr 21.27 ; Es 1). La loi révélait une réalité inverse : alors que le simple contact avec le consacré ne suffit pas pour consacrer une chose, le contact avec l’impureté suffit à la rendre impur. Parce qu’il a souvent nié ce principe, le peuple a offert au Seigneur des œuvres et des sacrifices impurs (Ag 2.11-14). Pour que la sanctification soit authentique et efficace, encore faut-il que nous nous séparions concrètement de toute forme de mal : « Que celui qui prononce le nom du Seigneur, s’éloigne de l’iniquité » (2Ti 2.19). Peut être est-ce évident, mais Dieu ne consacre pas et n’agrée pas notre souillure, notre péché, nos passions ou notre mondanité, mais il nous en purifie, pourvu que nous nous en séparions réellement. L’attitude inverse qui consiste à justifier l’impureté et à la tolérer au point de l’introduire dans le culte, d’une manière ou d’une autre, serait une profanation en règle. « Montrons notre reconnaissance en rendant à Dieu un culte qui lui soit agréable, avec piété et avec crainte, car notre Dieu est aussi un feu dévorant (Hb 12.28).

        Il semble que chacun souhaite offrir, dédier au Seigneur sa vie ainsi qu’un culte qui lui soit agréable. Chacun rendra compte à Dieu pour lui-même (Rm 14.12). A chacun donc, la responsabilité d’exercer son discernement sur qui semble plaire ou non au Seigneur et l’entière liberté d’en juger personnellement.

        Si malgré la longueur de la réponse (je m’en excuse…), vous souhaitez en lire davantage, vous pourrez
        trouver l’article d’origine en cliquant sur le lien suivant : https://www.dropbox.com/s/uf9aigvquszz4yx/Le%20devenir%20du%20sacr%C3%A9%20et%20du%20profane%20dans%20la%20Nouvelle%20Alliance.pdf?dl=0

        • Quentin Langrand 11 juillet 2018 2 h 33 min

          «Par contre, tout ce que le monde profane génère (la culture en particulier) n’est pas aussi neutre, mais très certainement animé de « l’esprit qui agit maintenant dans les fils de la rébellion » (Ep 2.2; Ph 2.15; Rm 16.19). »

          Je suis d’accord, mais qu’en est il de l’homme régénéré, sachant que ce qu’il génère dans la culture n’est plus animé de cet esprit mais de l’Esprit de Dieu, peut il encore être appelé profane dans son cas? Ses fruits dans ces domaines peuvent ils encore être considérés ainsi pour Dieu?

          «Ainsi, ce n’est pas parce que « tout est sanctifié par la foi, que nous pouvons tout offrir à Dieu » […] Il ne suffit pas de dédier une chose à Dieu ou là lui offrir « en son nom » pour qu’elle soit pure et recevable (Pr 21.27 ; Es 1). »

          Je suis d’accord à nouveau, mais encore une fois, pouvons nous en théorie considérer qu’un homme régénéré puisse prendre ce qui est profane et le dedier d’une manière saine et pure devant Dieu?

          La lacune pour moi dans cette présentation (ou en tout cas dans cette partie car ce n’est qu’un extrait) c’est que le lien principal qu’il nous fasse faire lorsque l’on considère le thème du sacré et du profane ne doit pas tant être entre l’ancienne alliance et la nouvelle alliance (même si celui-ci a sa place), mais entre l’homme avant la chute et l’homme après la régénération et sa pleine révélation historique (Christ).
          Ainsi, la genèse nous apprend qu’à l’origine, la création entière est sacré, en tant qu’elle est bonne (le jardin peut être considéré comme un temple), et que de même le mandat culturel que reçoit l’homme est sacré en tant qu’il sert à refleter l’image de Dieu. Sur ce principe, toute discipline généré par la nature humaine, comme la philosophie ou la science par exemple auraient été dignes de porter le statut de sacré et bon. La seule chose qui rende alors une discipline humaine profane, c’est le péché, d’où le fait que certaines disciplines post-chute nécessairement pécheresses dans leur essence n’auraient pas pu être présentes avant celle-ci. C’est pourquoi, depuis l’arrivé de la réconcilation qui est en Jésus-Christ, et par l’Esprit qui vient, régénère, et habite l’homme, nous pouvons considérer que toutes les disciplines humaines se voient réhabilitées et retrouvent leur statut de sacré, tant que c’est l’Esprit de Dieu qui agit, anime les oeuvres, et qu’elles ne présentent pas de péché dans leur essence. Toutes ces disciplines quelles qu’elles soient de manière autonomes redeviennent donc tout à fait propre à être utilisées pour le service de Dieu.

          Or, continuer de faire cette séparation entre sacré et profane sans prendre en compte ce renouvellement à caractère holistique, ne sera pas sans conséquence. Cela va alors nous faire aboutir à une vision qu’on pourrait nommer séparatiste (je ne sais pas si il se trouve un vrai terme, je commence juste à creuser la question). On va ainsi avoir le présupposé que la seule matière digne de faire appel au renouvellement du Saint Esprit pour le service de Dieu sera le domaine stricte et objectif du sacré. Or la seule chose pouvant encore être qualifié de sacré dans ce monde de manière objective étant la Parole de Dieu, on va alors considérer que toute étude, toute discipline, toute oeuvre pour le service de Dieu devra provenir, concerner et tourner autour de la Parole seule, et que toute autre discipline ne pourra être utilisée que dans le cadre de sa liaison directe à la Parole. Ce sera alors le cas de la dogmatique ou de la théologie pratique par exemple, qui auront leur place. Mais en dehors de ce cadre, toute discipline ne provenant pas à proprement parler directement de la parole Dieu devra être rejeter comme profane, humaine, charnelle. Ce sera le cas de la philosophie, ou de la science par exemple. De ce fait, on va logiquement aboutir au rejet de l’apologétique, car bien que cette discipline souhaite s’enraciner dans la Parole de Dieu, celle ci reste cependant basée sur la philosophie en tant que discipline apparentière, elle sera donc vu comme une production savante humaine, car inapte à être utilisée sous l’Esprit et servir pour Dieu de manière autonome.

          • Thomas Poette 12 juillet 2018 16 h 38 min

            Bonjour Quentin,

            juste pour information : nous avons fait le choix de supprimer de tes commentaires les parties qui concernent la Mission Timothée d’une manière générale. Nous préférons que les commentaires restent des lieux de débat sur le thème des articles, et non sur les unions d’Eglises. Merci de ta compréhension.

            Thomas, pour l’équipe Point-Théo

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