Panser le péché avec The Good Place

Panser le péché avec The Good Place
Thomas Poëtte

La question du salut dans la série américaine The Good Place est vraiment intéressante. J’ai trouvé qu’à plusieurs égards, tout comme je l’avais dit à propos du « péché » dans un premier article, on pouvait rapprocher cette manière de parler du salut de la manière dont la Bible en parle (salut… “panser” le péché… vous saisissez ? Bon, ok, je sors). Au-delà donc de son côté burlesque, la série continue de poser de bonnes questions.

Si vous n’avez pas vu les deuxième et troisième saisons et que vous ne comptez pas les voir, pas de panique, vous pouvez quand même lire l’article. Je vais commencer par un petit résumé.

Alerte spoiler: si vous comptez voir la série et que vous n’avez pas encore vu les saisons 2 et 3, fermez vite cette page ! Je vais spoiler.

The Good Place, saisons 2 et 3

[Si vous avez déjà vu les saisons 2 et 3, vous pouvez directement sauter à la prochaine partie : « Le salut par l’accumulation de bons points ». Pour un résumé de la première saison, voir Penser le péché avec The Good Place.]

Dans l’au-delà, quatre personnages (Eleanor, Jason, Chidi et Tahani) pensent être au Bon Endroit (le paradis), alors qu’ils sont en fait dans un Mauvais Endroit expérimental. Un démon du nom de Michael les a mis ensemble pour qu’ils se torturent psychologiquement entre eux. Mais à la fin de la première saison, Eleanor comprend le subterfuge. Michael efface alors la mémoire des quatre protagonistes pour recommencer l’expérience.

La saison 2 voit donc l’aventure se répéter pas moins de 800 fois, mais systématiquement, Eleanor finit par mettre en lumière le plan diabolique de Michael. Le démon commence à craindre pour son poste, car il doit rendre des comptes à Shawn, son supérieur, sur les résultats de son expérience.

Acculé, et de plus en plus attaché aux quatre humains, Michael s’allie à ces derniers. Ils fuient ensemble vers l’anti-chambre du Mauvais Endroit, afin de rencontrer la Juge céleste et de plaider leur mérite d’une place dans le (vrai) Bon Endroit.

La Juge refuse, mais Michael arrive tout de même à la convaincre de renvoyer Eleanor, Jason, Chidi et Tahani sur Terre afin de leur donner une seconde chance, sûr qu’en les faisant se rencontrer dans leur vie ici-bas, ils deviendront suffisamment bon pour aller au Bon Endroit lors de leur deuxième mort.

Seulement, cette nouvelle expérience non plus ne fonctionne pas comme prévu. Les quatre humains ne s’améliorent pas vraiment, et Michael et Janet (une intelligence artificielle de l’au-delà) doivent braver l’interdit d’intervenir sur Terre, afin d’aider les quatre cobayes à changer. Cela nécessite une attention constante, tant les humains s’éloignent du chemin du Bon Endroit dès qu’ils ne reçoivent pas un petit coup de pouce céleste (il faut dire aussi que des démons du Mauvais Endroit viennent leur mettre des bâtons dans les roues).

Le salut par l’accumulation de bons points

Le système de salut de base dans l’univers de la série est donc un système de comptage des bons points. Un immense bureau céleste, employant une foule innombrable de gens, s’occupe d’enregistrer les points accumulés par les êtres humains. Une mauvaise action, des points en moins. Un geste altruiste, des points en plus.

Bien sûr, cette vision du salut, que l’on retrouve dans une majorité des religions du monde, ne correspond pas à ce qu’enseigne l’Écriture. Le système de salut « de base » de la Bible est plutôt l’obéissance totale à la Loi. Impossible de compenser une mauvaise action par une bonne. Comme le rappelle Paul aux Galates : « je l’atteste encore une fois à tout homme qui se fait circoncire : il est tenu de mettre en pratique la loi tout entière » (Ga 5.3). Et devant l’impossibilité pour l’être humain à accomplir toute la Loi, Dieu devient homme afin d’accomplir la Loi (Mt 5.17), et de payer à la place de l’humanité le châtiment prévu par la Loi (Rm 3.21-26).

On peut aussi questionner la logique interne du système de points. Au nom de quel principe une bonne action compenserait-elle une mauvaise ? Au nom de quoi une bonne œuvre accomplie sans aucun lien avec une mauvaise action vaudrait-elle réparation pour cette dernière ? Pourrait-on parler de justice dans ce cas-là ? Imaginez qu’on gracie un homme qui a violé une femme simplement parce qu’en parallèle, il reverse la moitié de sa fortune à des orphelinats. Est-ce vraiment là la justice que nous voulons pour notre monde ?

Imaginez qu’on gracie un homme qui a violé une femme simplement parce qu’en parallèle, il reverse la moitié de sa fortune à des orphelinats.

Cependant, The Good Place pose tout de même une question intéressante, puisque ce système de points ne fonctionne pas. Michael, après avoir enquêté sur le sujet, se rend compte qu’avec ce système, personne n’a été envoyé au Bon Endroit depuis… le Moyen-Âge. Mais il y a plus intéressant encore.

L’aide céleste

Ce qui m’a le plus interpellé dans les saisons 2 et 3 de la série, c’est l’incapacité des personnages humains à s’améliorer pour tenter de gagner le Bon Endroit, alors même que toutes les conditions ont été réunies pour cela. Après avoir reçu une seconde chance, ils sont rassemblés autour de Chidi pour recevoir un enseignement éthique solide. Mais rien n’y fait, les circonstances de la vie (aidées par des interventions de démons) les empêchent de changer en profondeur.

C’est là que décident d’intervenir Michael et Janet, ces deux êtres arrivés tout droit de l’au-delà. Cela m’a rappelé à quel point la situation est la même pour nous. Sans une intervention extérieure et divine, le salut nous est complètement inaccessible. Nous sommes esclaves du péché (Rm 6.6) et donc incapables de persévérer sur le chemin du bien. Il faut que l’Esprit, dans son amour, vienne agir en nous afin que nous soyons unis à Christ par la foi (Ep 1.13 ; Ga 3.2-3). C’est par l’œuvre de l’Esprit seulement que l’on peut appeler Dieu « Père » (Rm 8.15‑16), et confesser Jésus comme Seigneur (1 Co 12.3 ; voir aussi 1 Co 2.12). C’est Dieu encore qui, en nous, « opère le vouloir et le faire », en vue du bien (Ph 2.13).

Sans une intervention extérieure et divine, le salut nous est complètement inaccessible.

Et l’œuvre de l’Esprit est sans commune mesure avec celle de Michael et Janet. L’Esprit n’est pas une créature céleste, il est Dieu lui-même. Il dispose donc de toutes les qualités de Dieu pour accomplir son œuvre. Il est souverain, omnipotent, omniscient, etc. En outre, il agit non pas seulement sur les circonstances autour de nous, pour tenter tant bien que mal de nous diriger vers la bonne voie, mais il agit aussi à l’intérieur de nous, dans et par notre volonté. Nous ne sommes pas des marionnettes conduites par un marionnettiste, même bienveillant, mais des créatures rendues libres dans leur union avec leur Créateur.

Reste à voir si la saison 4 (qui sera la dernière de la série), et dont la diffusion a commencé en France le 27 septembre, posera elle-aussi de bonnes questions théologiques…

1 Commentaire

  • Max 16 novembre 2019 5 h 12 min

    Je me permets de recadrer à la lueur des Ecritures certaines choses que la série met en avant :
    Rien ne laisse penser qu’un démon puisse avoir l’envie d’aider des humains.
    Il n’y a pas non plus de seconde chance d’évoqué après la mort. Ce qui compte est, semble-t-il, ce qu’aura fait l’homme dans son corps (2 Co 5:10).
    J’ai trouvé la juge pas très « catholique » et influençable (par les démons).

    Par rapport au système de comptage de points : (ne pas hésiter à me contredire si besoin)

    Oui l’obtention du salut ne se fait pas ainsi mais… une fois la démarche de repentance amorcée (acceptation de suivre Jésus) est-ce si éloigné que ça ?
    On aura à rendre compte de chacune de nos actions, bonnes ou mauvaises : elles sont donc bien enregistrées et seront comptabilisées
    « le feu éprouvera ce qu’est l’oeuvre de chacun » 1Co 3:13
    « afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu’il aura fait » 2 Co 5:10
    « au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute parole vaine qu’ils auront proférée. Car par tes paroles tu seras justifié, et par tes paroles tu seras condamné » Mat 12 :36-37
    « rendra à chacun selon ses oeuvres; réservant la vie éternelle à ceux qui, par la persévérance à bien faire, cherchent l’honneur, la gloire et l’immortalité; mais l’irritation et la colère à ceux qui, par esprit de dispute, sont rebelles à la vérité et obéissent à l’injustice » Romains 2 :6-8 (passage écrit par Paul et pas Jacques !).
    Je vois arriver les objections concernant le salut par la foi. Je dirais alors que les œuvres révèlent la foi des gens. Donc après avoir considéré l’œuvre de Jésus à la croix, la valeur de la foi est identifiable aux œuvres. C’est pourquoi à mon avis il est écrit que nous serons justifiés ou condamnés par nos paroles (révélatrices/matérialisatrices de la foi). Donc un chrétien qui, au regard de la série, aurait un faible nombre de points (relativement à son « temps de conversion ») risque à mon avis de ne pas être sauvé (la faiblesse des œuvres ayant révélé l’absence de foi véritable).
    Le point qui me paraît central c’est la possibilité de se repentir auprès des hommes et de Dieu, même après la démarche de départ, car Dieu pardonne (évidemment à partir du moment que nous pardonnons aussi). D’ailleurs Jésus parle des œuvres des différentes Eglises citées dans l’Apocalypse. Le salut semble bel et bien compromis en l’absence de conversion (changement d’attitude=œuvre). Ce qui me paraît donc essentiel, c’est la capacité à se remettre continuellement en question pour pouvoir nous repentir/convertir dès que nécessaire, afin d’être pardonnés et d’être dans la vérité (et dans la mise en pratique).
    Je mettrais néanmoins un joker sur ce qui se passe lorsqu’on pêche volontairement en partant du principe que Dieu nous pardonneras par la suite (Héb 10:26), qui révèle une certaine hypocrisie.
    Je terminerai par dire qu’en tant que chrétien, la recherche de points ne doit pas être une fin en soi. On ne doit pas chercher à gagner des points POUR aller au paradis, tout comme on ne doit pas le faire pour éviter l’enfer ; car à mon avis ce serait être animé par de mauvaises motivations (son propre intérêt, indépendamment de notre considération pour Dieu). Si notre désir est de plaire à Dieu, si on aime Dieu, tout cela devrait suivre ; non sans difficultés mais cela devrait suivre.

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